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Pourquoi acceptons-nous la violence selon Pierre Bayard?

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La violence

Pierre Bayard dans Aurais-je été résistant ou bourreau ? , cherche à découvrir ce qu’aurait été sa vie s’il avait été plongé dans la seconde guerre mondiale. Il va alors réfléchir aux modalités de l’engagement des résistants et expliquer pourquoi, malgré les nombreuses raisons qui poussent les individus à agir, la grande majorité d’entre eux ne s’engage pas.

 

Quelles sont les forces qui nous poussent à agir face à la violence ?

La condition nécessaire à toute action de résistance est le désaccord idéologique avec le gouvernement. Naturellement, si l’on est en accord avec le gouvernement (ou si le désaccord n’atteint pas un certain niveau) on ne fait rien de particulier. Cependant, le désaccord idéologique ne suffit pas pour expliquer un engagement d’ordre politique. Il faut qu’il franchisse un certain seuil, à tel point que la situation devienne psychiquement intenable. Le sujet doit se sentir personnellement impliqué. Il doit alors trouver la force de transformer cette indignation en action concrète.

Pour cela, la décision de s’engager peut reposer sur le sort des autres autour de nous. C’est ici la personnalité altruiste qui est mise en avant. Daniel Batson a par ailleurs démontré que nous sommes d’autant plus poussés à éprouver de l’empathie pour quelqu’un, que nous nous identifions à cette personne.

Cependant la force puisée en soi-même ne suffit pas. Elle va de pair avec celle puisée dans le regard des autres. En effet l’image de soi est souvent renforcée ou affaiblie par celle que les autres nous renvoient. L’auteur utilise la guerre de Bosnie et le Général Jovan Divjak (qui représente l’armée de Bosnie-herzégovine), en guise d’exemple. Celui-ci puise la force de son engagement dans la représentation positive que les habitants de Sarajevo avaient de lui ou au contraire de la représentation hostile de ses adversaire. 

Enfin, la force de s’engager est aussi puisée dans la croyance en Dieu. La foi peut jouer un rôle déterminant : la conviction que l’être humain est sacré, conviction à laquelle peut adhérer un non-croyant.

Cependant malgré toutes ces raisons qui nous poussent à agir, très peu d’entre nous en sommes capables. D’autres éléments interfèrent en sens contraire.

 

Pourquoi la majorité décide de ne pas agir ? 

L’auteur étudie la réticence intérieure qui dissuade les sujets de s’engager, même ceux qui sont en désaccord complet avec l’idéologie de l’époque. 

  • L’élément principal est la peur. La peur physique d’être maltraité, torturé, arrêté. Il est évident que la terreur pèse sur tous ceux qui tentent de mener des actions de résistance. Cela peut donner le sentiment qu’un individu est indifférent aux crimes alors que en fait c’est la peur qui l’empêche d’intervenir.
  • De plus, le défaut de créativité est un élément qui dissuade le sujet d’agir. En effet les actes d’opposition ne se limitent pas à dire non, mais à se frayer une voie originale qui ne se présentait pas avant d’être inventée. Comme exemple de l’importance de la créativité pour s’engager, l’auteur note qu’il n’existait aucun modèle quand André Trocmé mobilise tout un village (la communauté du Chambon-sur-Lignon) pour sauver des enfants juifs.

Attention, il est important de préciser qu’il est nécessaire de prendre en compte les différents contextes. En effet les marges de manoeuvre diffèrent en fonction de celui-ci. Par exemple, l’auteur montre que les policiers allemands pouvaient refuser de tuer sans subir de conséquences graves. Cependant lors du génocide cambodgien ou rwandais, toute opposition aux ordres était immédiatement punie de mort. Il y régnait une atmosphère de terreur absolue qui pesait donc sur le processus de décision. Les résistants de ces génocides étaient d’autant plus courageux qu’ils n’avaient pas de réseau d’aide organisé, ils étaient placés seuls face à eux-mêmes.

 

Lire plus: La violence comme cercle vicieux

 

Exemples pertinents

Son analyse s’appuie sur différentes expériences et exemples:

  • L’expérience de Milgram vise à tester la soumission à l’autorité. Milgram démontre la facilité avec laquelle il est possible de devenir un criminel simplement en obéissant sans réfléchir à des ordres (surtout lorsqu’ils apparaissent comme une évidence puisque provenants d’une autorité morale).
  • L’ouvrage de Browning Des hommes ordinaires (1992) complète les travaux de Milgram. Les hommes étant devenus des criminels auraient agit par crainte des sanctions (on retrouve l’idée de peur) et de par l’idéologie dans laquelle ils baignaient, bien que cela ne suffise à expliquer leur comportement. Ce qui transforme un homme ordinaire en monstre est surtout le souci d’imiter les autres: le conformisme de groupe (volonté de ne pas se faire remarquer).
  • Isabelle Hausser s’interroge sur les raisons qui ont poussé Hans et Sophie Scholl, profondément croyants et en désaccord avec le régime hitlérien, membres de la Rose Blanche (groupe de résistants allemands) à vaincre la peur. Suivant l’exemple de leur père, c’est leur milieu familial qui les a disposés à l’action. Ils sont une des preuves que l’on peut s’engager sans agresser personne physiquement: en s’exprimant par écrit (ils distribuaient des tracs à l’université).
  • Enfin, dans son documentaire de 2010 « Au nom du père, de tous, du ciel » Marie Violaine Ringard a interrogé cinq  « Justes » rwandais qui décrivent leur acte comme une évidence qui ne peut être justifiée. En particulier l’un d’entre eux, Augustin Kamageri, affirme que la responsabilité du génocide revient à ceux qui possédaient l’intelligence. « On ne savait pas ce qui se passait, ceux qui avaient fait des études le savaient; comment j’aurais pu savoir qu’il fallait tuer de gens […] Si j’avais été intelligent, j’aurais peut-être tué aussi ».

Voilà de nombreux exemples pertinents et originaux à utiliser en copie pour se distinguer au concours lors de l’épreuve du culture générale.

 

Lire plus: La violence: les meilleures références littéraires 

 

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Emma Ruff
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