Affaire Peng Shuai : la Chine s’est-elle mise dans de beaux draps ?

Peng Shuai, est une joueuse de tennis professionnelle qui est désormais à 35 ans proche de la retraite.

Elle a acquis une certaine renommée sur le circuit de simples dames avec quatre titres et une demi-finale à l’US Open, l’un des quatre tournois du grand chelem, comme point d’ordre de sa carrière en 2014, année durant laquelle elle occupera le meilleur classement de sa carrière avec la quatorzième place mondiale.

Elle s’est également distinguée sur le circuit de double féminin, remportant deux tournois du Grand Chelem à Wimbledon en 2013 et à Roland-Garros en 2014. Elle sera un temps numéro un mondiale de double, ce qu’aucune joueuse chinoise n’avait réussi avant elle.

Récemment, elle a défrayé la chronique dans le cadre d’une affaire qui est rapidement devenue une crise diplomatique qui a pris une ampleur internationale.

 

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Une accusation d’agression sexuelle puis un silence inquiétant

Le début de cette crise arrive le 2 Novembre 2021 : la joueuse de tennis publie sur Weibo, équivalent de Facebook en Chine, un message dans lequel elle accuse l’ancien vice premier ministre et ex-membre du comité permanent du bureau politique du Parti Communiste Chinois de viol.

L’information fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le monde du sport, étant donné qu’il s’agit là d’une des personnes les plus influentes du gouvernement chinois. Son message est très vite supprimé du réseau social qui est sous le contrôle quasi-total du gouvernement.

 

Très vite, la joueuse qui dispose d’une communauté de fans très importante ne donne plus signe de vie, ce qui inquiète le monde du sport que ce soit les instances ou les fans qui craignent pour la liberté ou la vie de celle qui vit dans un régime encore loin d’être démocratique.

Ce lourd silence dure près de deux semaines, jusqu’à ce que 18 Novembre un message rassurant où elle prend la parole soit diffusé par la télévision d’État chinoise (la CGTN).

 

De multiples réactions du monde sportif qui n’a cette fois pas voulu passe à côté du sens de l’histoire

C’est peu de dire que l’affaire Peng Shuai a ému le monde du sport. Après les premiers embryons de réaction, la vraie tempête médiatique s’est abattue sur le gouvernement chinois après la diffusion du message du 18 Décembre.

Deux entités majeures du sport mondial se sont opposées. D’un côté le CIO (comité international olympique) qui n’a pas voulu à quelques mois des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin qui débuteront en février 2022 se mettre à dos l’organisateur de cette manifestation sportive.

 

De l’autre, la WTA, organisation en charge du tennis féminin s’est emparée de la situation à laquelle elle a voulu réagir avec diligence. Le 19 Septembre soit le lendemain de la mise en ligne du présumé message de Peng Shuai, le président de la WTA menaça d’annuler tous les évènements du circuit mondial de tennis féminin prévus en Chine.

Par ce biais, il a mis en doute la véracité des messages, car ce type de méthode est courante en Chine pour faire disparaître sans remous les opposants politiques.

 

Alors que le président du CIO Tomas Bach expliquait fin novembre avoir eu un entretien avec Peng Shuai (là encore douteux vu l’utilisation d’un traducteur… pour retranscrire les propos d’une joueuse qui parle couramment anglais), il persiste et signe en mettant sa menace à exécution le 1erdécembre.

Depuis le combat à trois continue entre les médias chinois tentant sans succès de convaincre le reste du monde, le CIO appelant au calme et la WTA faisant pression sur le régime de Pékin.

 

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Le monde politique s’en mêle et la crise de sportive devient diplomatique

Forcément, à l’heure où les dénonciations  pour non respect des droits de l’homme flambent contre divers états, il n’était pas possible pour les gouvernements de passer à côté d’un tel évènement.

Certes, la Chine est une puissance majeure de la scène internationale contemporaine et un partenaire économique important pour la plupart des autres puissances. Pour autant des voix se sont élevées face à cette situation.

 

Le gouvernement américain (comme d’ailleurs très souvent dans le cas de telles crises) a été le premier à faire entendre sa voix par le biais du porte parole de la Maison Blanche :

« Nous savons que le gouvernement chinois n’a aucune tolérance pour les personnes qui s’expriment, et qu’il y a des antécédents quand il s’agit de réduire au silence ceux qui s’expriment ».

Liz Throsell, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme estimait « important d’avoir des preuves sur le lieu où Peng Shuai se trouve et de savoir si elle va bien ».

 

Notons également que le boycott diplomatique des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin par cinq pays :

  • États-Unis
  • Australie
  • Japon
  • Royaume-Uni
  • Canada

 

Ce boycott intervient pour protester contre le non-respect des droits de l’homme par le gouvernement chinois, même si il a d’abord été décidé au vu de la situation au Xinjiang a pu être influencée par l’affaire Peng Shuai.

Julien Vacherot

Étudiant à HEC Paris en année de césure et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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