« Aimer » au sens de Pedro Almodóvar

Cette année, le thème de culture générale est « Aimer ». Pour préparer ce thème en douceur, nous te conseillons de regarder quelques films du talentueux cinéaste Espagnol Pedro Almodóvar. Ce réalisateur dresse dans ses œuvres sa propre définition du verbe « Aimer ». Voyons comment exploiter sa vision en s’appuyant sur sa comédie dramatique La Loi du Désir, sortie en 1987.

Résumé du film : Pablo, jeune cinéaste en devenir, est épris de Juan, qui le quitte à cause de son comportement. Pablo enchaîne alors les conquêtes et rencontre Antonio, qui va vite s’attacher au jeune artiste. Possessif et jaloux, ce dernier ira même jusqu’à tuer Juan pour n’avoir Pablo que pour lui.

 

  • Aimer, c’est au-delà du genre et de l’interdit

C’est dans une ère de changement que sort ce film dans les salles. Après l’adhésion de l’Espagne à la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1985, actuelle Union Européenne, et alors que la transition démocratique progresse difficilement (attentat de l’ETA en juin 1987), Almodóvar révolutionne de son côté le 7ème art.

En matière de culture, le mouvement de La Movida s’étend dans toute l’Espagne dans le but de moderniser le pays et d’offrir un véritable renouveau. Les œuvres d’Almodovar s’inscrivent dans cette lignée puisqu’il octroie toujours plus de liberté à ses personnages, qui s’éloignent des traditions.

Il met d’ailleurs en scène dans la plupart de ses films la question de l’identité sexuelle, qui, à l’époque, ne jouit pas d’une reconnaissance. Rappelons que l’Espagne, même après avoir légalisé en 2005 le mariage pour tous, reste très proche de la religion, ce qui est un frein à la liberté de l’orientation sexuelle.

 Dans La loi du désir, nous pouvons d’abord voir l’homosexualité du personnage principal, Pablo. Nous nous rendons vite compte qu’il s’agit là d’un amour charnel et physique, puisqu’il connaît à peine Antonio. Cela interroge quant aux relations entre l’amour et la sexualité, entre l’amour et l’interdit, entre l’amour et la connaissance de l’autre.

En second plan, nous vivons la transsexualité de Tino qui devient Tina, sœur de Pablo, et vit une relation avec son propre père. L’amour paternel est ainsi mélangé avec l’Amour avec un grand « A ». Une telle situation pose question : Tina a-t-elle réellement choisi d’aimer ? N’était-ce pas plutôt par devoir ?

 

  • Aimer, c’est vouloir

Aimer, en tant que verbe, suppose une action directe. Pour Almodóvar, aimer, c’est vouloir quelqu’un ou quelque chose pour soi. L’amour est une force, qui nous rend actif et nous motive. Peut-être d’ailleurs aime-t-on plus la personne que l’on n’a pas encore plutôt que celle que l’on a.

Aimer suppose donc possession et égoïsme. En effet, si j’aime, je veux cet être aimé pour moi seul(e), sans prendre en compte ce que ressentent les autres ni même celui que je désire. Dans le long-métrage La Loi du Désir, le triangle amoureux pose problème : Antonio aime Pablo ; Pablo aime Juan ; Juan n’aime ni l’un ni l’autre.

Il n’y a jamais de réciprocité ! Aimer n’est pas être aimé, et aimer ne veut pas dire vouloir le bonheur de l’autre. Aimer, c’est vouloir une personne quoi qu’il en coûte.

Chez Almodóvar, la passion est si forte qu’elle n’est pas toujours raisonnable. Les sentiments nous détournent de nos centres d’intérêt et nous rendent aveugles. Pablo le dit lui-même : « L’amour monopolise les 24 heures d’une journée, il t’empêche de te concentrer sur autre chose ».

 

  • Aimer, c’est aussi haïr, souffrir voire mourir

Aimer entraîne des sentiments ambivalents voire opposés. Si l’amour est gai et libérateur d’abord, cette euphorie du début peut tourner à l’orage. Du fait de l’amour, nous pouvons ressentir de la jalousie ou de la peine en voyant l’être aimé proche d’un(e) autre.

Pour continuer l’histoire de Tina, celle-ci est vite laissée seule et se met à suivre ses penchants amoureux, qui se soldent par de nombreux échecs. Tina vit des scènes de violence et souffre de ses passions.

L’amour est donc mêlé à la douleur et peut même s’avérer dangereux. En effet, il donne lieu à des actes impulsifs ou spontanés dont les conséquences n’ont pas été pensées. Poussé à l’extrême, l’amour inconditionnel d’Antonio pour Pablo le pousse à assassiner Juan. Aimer nous transcende. L’amour nous domine, mais domine également la loi et la morale. Pour autant, l’amour peut-il justifier la mort ?

Antonio a un véritable appétit d’aimer, de l’ordre du besoin physiologique. Sachant que Pablo ne l’aimera jamais, celui-ci finit par se suicider après une dernière nuit avec son amant. Cette fin tragique questionne le lien dual entre Eros et Thanatos et la possibilité d’un amour éternel.

 

 

En résumé, Almodóvar met en lumière une vision plutôt ambivalente de l’amour. Aimer rend créatif, met en action et permet de s’exprimer librement. Toutefois, sous ses airs aguicheurs, l’amour cache en fait un côté sombre, marqué par le manque de discernement et la souffrance.

Soleana Mesnil

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