Airbus : Symbole de l’Europe industrielle

Dans les années 1960, plusieurs pays choisissent de réunir leurs forces pour donner naissance à une filière aéronautique européenne. L’ambition des pays à l’initiative est de faire concurrence au géant américain Boeing qui domine le marché et obtenir une certaine indépendance industrielle.

Voyons comment Airbus est parvenu à devenir un puissant symbole de la réussite industrielle européenne.

Vous êtes prêts ? Décollage imminent ?

La naissance d’un futur mastodonte

En pleine construction européenne, le 26 septembre 1967, les ministres de l’industrie anglais, allemand et français signent à Londres le « protocole d’accord lançant la phase de définition du projet d’Airbus européen ». Le but est d’accroître la coopération européenne dans l’aérospatiale.

Le 29 mai 1969, les ministres français et allemands se rapprochent afin de développer l’A300. Ils seront ensuite rejoints pas l’Espagne et le Royaume-Uni.

En décembre 1970, le groupement d’intérêt économique (GIE) Airbus Industrie voit le jour ce qui permet de rassembler la maitrise d’œuvre, la commercialisation sans pour autant fusionner. Par la suite, la Belgique, les Pays-Bas et l’Espagne s’ajoutent au consortium. Airbus est né !

Le premier vol a lieu le 28 octobre 1972. Le groupe paneuropéen fournit son premier avion, un A300, à Air France en 1974.

Un décollage timide

Le succès n’est pas immédiat. Beaucoup ne croient pas au projet. Il faut attendre 1979 lorsque l’avionneur rencontre un véritable succès aux Etats-Unis grâce à la compagnie américaine Eastern Air Lines qui passe d’importantes commandes.

Ce n’est qu’en 1981 que l’A320 arrive sur le marché, inauguré en grande pompes par le Prince Charles et la princesse Diana. C’est un réel succès : 7000 exemplaires vendus. Il se différencie grâce à son avance technologique (commandes électriques, écrans de contrôle cathodiques).

Airbus : un succès européen

Le succès

Depuis sa création, Airbus a su s’imposer comme le premier constructeur mondial d’avions face à Boeing. Le groupe, dont le siège mondial se trouve à Toulouse, produit 50 % des avions commerciaux à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, un Airbus décolle ou atterrit dans le monde toutes les deux secondes.

Grâce à ce géant de l’aéronautique, l’Europe de manière globale et la France en particulier avec Toulouse, berceau historique de l’aviation civile, ont un fantastique leader. Avec le luxe, le vin et les spiritueux, Airbus est une des principales sources d’exportation en France

Tous ces chiffres sont le résultat d’efforts politiques à l’échelle européenne.

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Un volontarisme politique

Ce colosse est le fruit d’une volonté politique et industrielle forte.

En effet, les échanges sont permanents au sein du groupe qui est implanté dans 4 pays de l’Union européenne. Ces interactions permettent de renforcer la cohésion mais aussi de profiter du meilleur des compétences de chaque pays. Toute cette chaine de valeur n’est possible que grâce à la libre-circulation des biens, des marchandises et des travailleurs au sein de l’UE.

En 2015, Airbus Group prend le statut de société européenne. Cela lui permet d’abandonner de nombreuses procédures spécifiques à chaque pays où elle exerce des activités pour lui permettre de réaliser, plus simplement, des partenariats entre les entreprises européennes ou encore de mieux répondre aux appels d’offres européens.

En 2015, Airbus Group a obtenu le soutien de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour financer des programmes de recherche, de développement et d’innovation en Europe.

Lire plus : L’intégration économique en Europe

Airbus : acteur aux multiprogrammes européens

Airbus est très connu pour ses avions et ses hélicoptères. Mais le groupe prend aussi part dans plusieurs programmes européens à l’instar de Copernicus (système d’observation de la Terre), Galileo (GPS européen) ou encore Clean Sky (partenariat public/privé européen pour un système aérien plus propre).

En juillet 2022, la division Airbus Defence and Space a même obtenu du Pentagone une commande de 42 satellites destinée à l’armée américaine.

Airbus fournit donc des satellites à l’Union Européenne mais aussi à Washington.

Conflits avec les Etats-Unis

Concurrence commerciale : Boeing

Lockheed et McDonnell Douglas, anciens constructeurs aéronautiques ayant disparu, Boeing et Airbus forment à l’heure actuelle un duopole. Le géant américain est donc le principal concurrent de Airbus même s’il est à souligner la montée en puissance de la Chine dans le domaine aéronautique et spatiale. Airbus semble prendre le pas devant Boeing qui a dû faire face non seulement à la pandémie mais aussi au fiasco du 737 max.

Concurrence déloyale

Dès l’entrée d’Airbus sur le marché américain, le groupe doit faire face à un bras de fer commercial avec les autorités américaines qui jugent le soutien financier des gouvernements du vieux continent injuste, donnant lieu a une concurrence déloyale.

Finalement, après des longues procédures et le soutien de la Commission européenne à l’OMC, le gendarme du commerce mondial reconnait d’abord en 2019 puis en 2020 des tords partagés. Les deux sociétés sont alors autorisées à surtaxer les produits concurrents. Mais la pandémie et l’interminable course à la surtaxe conduisent les deux entreprises à trouver un terrain d’accord.

De nombreux défis pour Airbus

Le Brexit 

Airbus s’est toujours positionné contre le Brexit. Le groupe réalise de nombreux échanges (ingénieurs, matériels) outre-manche où il y produit ses ailes d’avions. Le Brexit ne s’est pas achevé sur un No Deal permettant à Airbus de poursuivre son activité sans trop d’encombres.

Reprise post-covid

On le sait, le secteur aérien a été touché de plein fouet par la pandémie de Covid-19. Airbus n’a pas échappé au séisme même si le groupe estime que le « secteur ne parviendra pas à se rétablir entièrement avant 2025 ».

En dépit de la pandémie, de la baisse de l’activité liée à la guerre en Ukraine, et après deux ans dans le rouge, Airbus est de retour en 2022 avec un objectif de 720 livraisons, soit une augmentation de 18 % signe de sa confiance envers l’avenir.

Airbus compte par ailleurs embaucher 6000 personnes pour répondre à un robuste carnet de commandes qui s’élevait à 7 036 appareils fin janvier 2022, de quoi s’assurer une production pour de nombreuses années.

Cependant la reprise économique d’Airbus ne concerne que les petits et moyens courriers. Pour le moment l’activité des longs courriers prend le temps à redémarrer, signe d’un ralentissement des flux aériens mondiaux.

 

Ecologie

Aviation durable, plus propre et électrique : voici les principaux défis auxquels doit faire face aujourd’hui le groupe. En effet, l’aviation civile représente 3 % des émissions de CO2 mondiales.

Airbus, avec l’aide de l’Etat français qui a libéré 15 milliards d’euros pour soutenir le secteur aérien, prévoit de commercialiser des avions à hydrogène d’ici 2035.

 

En définitive, la saga européenne Airbus se poursuit ! Malgré quelques déboires, Airbus est un grand nom de l’aviation mondiale qui confère une certaine indépendance au vieux continent. Aujourd’hui beaucoup rêvent d’un « airbus de la défense », d’un « airbus du train » ou encore d’un « airbus des batteries ». Comme quoi, l’Union européenne est capable de donner naissance à des géants. Le réel défi est de s’en donner les moyens, avec un véritable volontarisme politique.

Nathan Henriot

Après 2 ans de classe préparatoire ECS à Dijon, je suis actuellement étudiant à TBS. A présent, j’ai pour objectif de vous accompagner durant votre prépa pour maximiser vos résultats.

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