Les enjeux d’intégration européenne dans la mondialisation

 

 

Sujet très large du fait des nombreux thèmes à traiter. Il faut d’abord partir de la notion d’enjeux, ce que l’on gagne ou l’on perd d’un phénomène, en l’occurrence l’intégration dans la dynamique de la mondialisation et du système international.

Donc la problématique ne pouvait être que :

En quoi l’Europe participe-t -elle au processus de mondialisation ?

Un sujet qui nécessitait de faire apparaître les trois dimensions du programme : géohistoire, géoéconomie et géopolitique. Il fallait comme l’intitulé le proposait de ne pas oublier de parler de trois thèmes : économie, social et géopolitique, mais aussi les différentes échelles : continentale ou communautaire mais aussi nationale.

Les bornes géographiques étaient à l’échelle continentale, mais la Communauté européenne était au centre du sujet.

Les bornes historiques devaient se limiter aux années 1970 même si on pouvait revenir un peu sur le rôle de l’Europe dans les premières phases de la mondialisation.

Les accroches ne manquent pas, mais une référence au TAFTA ou au CETA paraissait intéressante par rapport à l’actualité.

 

Analyse du sujet 

 

Proposition d’accroche :

En avril 2022, la revue Alternatives Économiques titre : « l’Union Européenne ne veut plus être l’idiote utile de la mondialisation. » En effet, Face à la montée en puissance technologique chinoise et américaine, qui menace de déclassement son industrie, Bruxelles commence à revoir ses fondamentaux, notamment celui de la concurrence libre et non faussée.

 

Analyse et définition des termes du sujet :

 

  • Enjeux: Les enjeux représentent ce qui est en-jeu, c’est-à-dire ce qui est à perdre ou à gagner. Ici, dans le cadre de l’Union Européenne, les enjeux représentent ce que les différentes économies européennes auraient à perdre ou à gagner au sein de la dynamique de la mondialisation.
  • Mondialisation : Laurent Carroué définit la mondialisation comme « un processus historique d’extension progressive du système capitaliste dans l’espace géographique mondial, un processus hiérarchique, conflictuel et producteur d’inégalités. »

Nous vous rappelons qu’il vous est permis de ne pas utiliser une définition référencée de la mondialisation, cependant toute définition doit recouvrir l’intrication de 5 mouvements :

  1. Émergence d’un marché́ mondial de biens et de services
  2. Transnationalisation des firmes
  3. Globalisation financière
  4. Révolution de l’information
  5. Intensification des flux internationaux
  • Intégration européenne : rassemblement d’éléments dans une entité́ : 1/ De personnes dans une société (mais chacun conserve identité́ ≠ assimilation) ; 2/ Intégration ttechnique ou financière : rassemblement d’entreprises dans une firme ; 3/ Intégration éco : créer un système dans lequel les éléments ont rapports qui mènent à un même résultat ; 4/ Intégration géo : relation des lieux entre eux ou par un chef-lieu.

Plan : 

1/ L’Union Européenne, actrice et centre d’impulsion de la mondialisation

A – Par son histoire

  • Rôle des économies-monde européennes autour de villes comme Anvers, Bruges, Londres, villes italiennes, Diffusion du capitalisme à partir de l’Europe du Nord-Ouest dès le XVIIe siècle avec l’essor de la colonisation dès cette époque
  • Actrice de la première mondialisation entre 1870 et 1914 (présence dans tous les flux)
  • Poids dans la reconstruction après la WW2 dans toutes les instances internationales (ONU, FMI, GATT…)

B – Par sa place occupée dans le commerce mondial et la globalisation

  • Premier ensemble commercial du mondial (on n’oubliera pas de chiffrer) 15 % des échanges mondiaux
  • Des échanges surtout de produits manufacturés (à 87 %) signe d’un pays développé
  • Puissance dans les services, dans la globalisation financière (poids des bourses européennes)
  • Impact des FTN européennes dans la DIT/DIPP mondiale

ZOOM sur la puissance commerciale de l’UE :

  • Le commerce extérieur des pays européen fait de l’UE un géant commercial (grâce aux exportations) mais la part de l’Europe dans les exportations mondiales diminue depuis 1990 : 45% en 1980 / 35% en 2019.
  • L’UE accorde une haute importance aux échanges réciproques dans le commerce extérieur européen : en effet, le taux d’intégration régionale a atteint : 61% en 2020 (très élevé comparé à ALENA ou ASEAN).
  • En 2020, les exportations de biens ont représenté 1 932 milliards d’euros (baisse de 9,4 % par rapport à 2019) alors que la somme des importations atteignait 1 714 milliards d’euros (baisse de 11,7 %), soit un excédent commercial de 218 milliards d’euros. Une diminution due à la crise du Covid-19.

 

 ZOOM sur la puissance économique de l’UE dans la globalisation financière :

L’Europe est devenue le premier émetteur mondial d’IDE avec néanmoins une forte dissymétrie entre les entreprises européennes et américaines pour flux d’IDE durant les années 1970, qui s’efface durant les années 1980 :

  • Part des flux sortants d’IDE (au niveau mondial) : 1970-1979 : 43% (Europe) / 44%(EU) et 1990-1999 : 55%(Europe) / 20% (EU). L’Acte Unique (1986) va permettre l’accélération des fusions-acquisitions internationales (FAI) et  
  • Les flux d’IDE intracommunautaires représentent environ 60% des flux totaux sortants depuis 1993. Mais, les entreprises européennes investissent massivement sur les autres continents (hausse d’IDE en Afrique et en Asie). Ce qui s’accompagne d’une accélération des FAI extra-européennes → méga-groupes planétaires (Daimler-Chrysler- Mitsubishi ou Renault-Nissan-Samsung-Dacia-Autovaz).
  • Ces firmes ne sont pas vraiment multinationales car les maisons mères sont ancrées dans l’histoire du pays. L’Europe reste très attractive pour les investisseurs extérieurs car UE : destination privilégiée des IDE (1970s :40% du monde, 2012 : 20%. Flux extra-communautaires sortants > entrants depuis 1990s (en volume).

C – Par sa fonction et sa position de carrefour

  • Premier marché mondial, premier foyer touristique mondial
  • Place forte aéroportuaire et portuaire
  • Essaim de villes globales

 

ZOOM sur l’Europe comme point nodal des réseaux de transport et de communication :

Le carrefour européen : Insertion de l’Europe dans la mondialisation selon 3 modalités géo-économiques emboîtées :

  • Vision continentale : approfondissement interne, intégration économique & coopération entre Etats membres.
  • Vision centre-périphérie : intégration de la périphérie proche (Russie, Méditerranée, Afrique subsaharienne dont le but : soutenir la compétition avec d’autres zones de prospérité.
  • Vision réticulaire : S’inscrit dans les réseaux de la globalisation qui relient les archipels mondiaux + 1 des 3 principaux nœuds du maillage qui structure la mondialisation (avec Asie du Sud Est et Amérique du Nord). L’audience linguistique de l’Europe : 24 langues officielles dans l’UE. 3 principales langues parmi les 5 langues les plus parlées au monde : français, espagnol et anglais (qui est devenu la lingua franca de la mondialisation). Importance francophonie 220 millions de locuteurs, avec l’Organisation Internationale de la Francophonie depuis 1970 (80 Etats dont 57 Etats membres). Le défi de la bibliothèque numérique : En 2004, Google lance Google Book, un projet de bibliothèque numérique : il s’agit de numériser 15 millions de livres. Mais ces normes restent déterminées par la culture américaine, c’est un défi idéologique pour l’Europe. REACTION : en 2008, l’UE pense à la constitution d’une bibliothèque numérique européenne (Europeana). La France est le pays qui mène la politique la plus volontariste avec d’importants crédits. → Projet de moteur de recherche européen « Quaero » initié par le couple franco-allemand en 2005.

 

II – Cependant son intégration dans la dynamique de la mondialisation et le système international semble vécue 

A – Comme un déclassement ou une sortie de l’Histoire

  • Croissance du PIB plus faible par rapport aux autres puissances notamment émergentes
  • Désindustrialisation, Délocalisation, Chômage
  • Décrochage dans le cadre des NTIC
  • Vieillissement de la population


Lire plus : Les mutations démographiques au sein de l’UE.

 

B – Comme un abandon de son modèle social

  • Dérégulation liée à la mondialisation
  • Mais aussi aux multiplications des élargissements entraînant du dumping social et différentes zones en Europe (centres et périphéries)
  • Avec évidemment des résistances (souverainistes, altermondialistes, etc.)

C – Comme un signe de manque d’ambition géopolitique

  • Echec de la PESC et de la PESD
  • Dépendance de l’OTAN
  • Difficultés dans les instances internationales : FMI, OMC face aux exigences des pays émergents

 

III – Pour ne pas décliner, l’UE tente de rebondir

A – En s’affirmant comme laboratoire de la mondialisation

  • En se dotant d’une personnalité internationale
  • La puissance par la Norme : économique, politique, environnemental
  • Projet commun en matière aéronautique, en matière de défense 

B – Par un modèle alternatif et attractif

  • En multipliant les accords de coopération avec l’ensemble des espaces mondiaux (de l’ASEM)
  • En inspirant d’autres intégrations : Mercosur, UA
  • En étant le premier contributeur de l’APD
  • En diffusant les critères de Copenhague

 

ZOOM sur le double enjeu de gouvernance et de la mondialisation :

  • Conserver avantages libre circulation en minimisant effets négatifs. Prise en compte de l’émergence de « biens publics globaux » : respect des droits de l’homme, bien-être social, manipulations génétiques, protection environnement, lutte contre criminalité internationale. Dans ce jeu, UE = protagoniste majeur.

C – Mais Est-ce encore possible ?

  • Difficultés de signature des traités transatlantiques
  • Montée des souverainismes : Brexit et autres
  • Vers une géométrie variable ou/et un éclatement de l’UE


Lire plus : Retrouvez une analyse du sujet ESCP 2017 portant sur l’Union européenne face aux effets destabilisateurs de la mondialisation.

 

Conclusion

En définitive, deux défis se posent à l’Europe communautaire en 2022 :

  • Passer de la puissance civile à la puissance à part entière qui lui permettront de peser encore.
  • Peser face au lourd voisin Russe qui la menace dans ses frontières proches.
  • Éviter l’éclatement, le détricotage du bricolage inventif européen.

 

 

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