Analyse : L’avenir des inégalités au coeur de la mondialisation

Quel est l’avenir des inégalités ? Sont-elles vouées à perdurer ? Quel est l’impact de la mondialisation sur les inégalités ? C’est à ces questions que nous allons tenter de donner une piste de réponse. 

Réflexion fondée sur le chapitre 5 (Et après ? : Dix brèves réflexions sur l’avenir des inégalités de revenus et de la mondialisation) du livre de Branko MILANOVIC Inégalités mondiales, paru en 2019.

Rappel

Inégalités mondiales = inégalités entre les pays + inégalités au sein des pays. De nos jours, les inégalités au sein des pays développés augmentent (autrement dit, les riches deviennent plus riches et les pauvres, plus pauvres). En revanche, les inégalités mondiales semblent diminuer grâce à l’augmentation du niveau de vie dans les pays auparavant sous-développés. 

  1.    Quelles sont les forces qui déterminent les inégalités mondiales au 21ème siècle ?

La convergence et les vagues de Kuznets sont des explications théoriques qui peuvent déterminer les évolutions des inégalités. Par exemple, le rattrapage de l’Occident par l’Asie semble être une piste sérieuse même si la croissance de la Chine pourrait faire penser à une hausse de inégalités mondiales. Ce rattrapage était d’abord faible, mais selon ce qui se passera en Afrique, et si l’écart entre la Chine et les pays pauvres très peuplés se creuse, cet effort deviendra de plus en plus fort. Pour que les inégalités diminuent, le monde à besoin d’une croissance forte dans d’autres pays que la Chine. De plus, on ne peut pas être sûr que ces inégalités aient atteint leur niveau maximal sur la courbe de Kuznets. D’autant plus que des problèmes politiques pourraient causer une chute du taux de croissance. 

 

          2. Qu’arrivera-t-il aux classes moyennes des pays riches ? 

Les classes moyennes des pays riches sont pris en étau entre les riches qui tirent profit de la mondialisation et les travailleurs des pays pauvres qui arrivent. Cela résulte en une polarisation des sociétés en deux groupes à attendre. L’éducation ne changera rien car beaucoup sont déjà au maximum de leur capacité. Les dotations économiques familiales et les réseaux comptent beaucoup plus par exemple. Le nouveau capitalisme ressemblera à un grand casino sauf pour ceux qui ont déjà gagné quelque chose et qui auront donc plus de chance de regagner. Selon certaines études, le parcours d’un enfant est d’ores et déjà déterminé à son 5ème anniversaire. Il est difficile de croire que ce système sera stable mais tout dépendra si le progrès technique vient en faveur des plus pauvres. Il faut que les pauvres s’organisent et se fassent entendre sinon rien ne changera. 

 

          3. Comment les inégalités dans les Etats-providence riches pourraient-elles être réduites ?

La seconde vague de Kuznets montre que les inégalités dans les Etats-providence pourraient être réduites mais la mondialisation rend cela plus compliqué, notamment en raison de la taxation dûe à l’hyperinflation. Les interventions avant impôts et transferts sociaux semblent être meilleurs pour le 21ème siècle. Dans les pays occidentaux, les différences d’inégalités en matière de revenus disponibles résultent de différences dans le montant de la redistribution. Les politiques qui pourraient rendre plus équitables le système : la taxation des successions et les politiques d’imposition des entreprises et politiques et impôts qui permettraient aux pauvres et aux classes moyennes de conserver leur patrimoine financier et d’en avoir un. La propriété plus largement dispersée et la distribution plus égalitaire de l’éducation permet d’égaliser la qualité de l’éducation et de rendre plus facile d’accès les grandes écoles quelque soit le revenu des parents. Il faudrait davantage travailler sur les dotations en capital des parents (cf. analyse de Bourdieu

 

         4. Les gagnants continueront-ils à rafler toute la mise ? 

Il n’y a qu’une faible différence entre celui qui rafle tout et celui qui n’a presque rien. Une explication à cela peut se faire grâce à la courbe d’extensibilité > une unité peut désormais être vendu plus de fois qu’auparavant. On observe ainsi une hausse du nombre d’activités extensibles (qui peuvent toucher bcp de gens et être utilisées). Exemples avec les professeurs qui travaillent 1 fois et vendent leur travail à des milliers de gens à travers le monde.

 

          5. Pourquoi ne faut-il pas se focaliser exclusivement sur les inégalités horizontales ? 

Les pays riches ont été meilleurs à supprimer les inégalités existentielles (couleur de peau, religions…) que les inégalités de revenus. Exemple > plus d’apartheid en Afrique du sud, droits des homosexuels de plus en plus reconnus… Mais se focaliser sur celles-ci est une erreur puisqu’il ne faut pas oublier :

> la mise en place de politiques identitaires,éclatant les groupes qui ont un intérêt à se battre pour que les choses changent. 

> laisse le problème de fond sans répondre car la question est mal posée > exemple avec la prostitution qui n’est abordée que sous le sujet du genre par les féministes alors que les causes de la prostitution sont davantage les problèmes de revenus et de patrimoine. Facile d’un point de vue politique car n’atteint pas le coeur du problème : les politiques ne s’intéressent qu’à la concrétisation d’une égalité juridique. De plus, l’inégalité existentielle sert les capitalistes.

 

        6. Le travail restera-t-il différent des autres facteurs de production ?

On peut observer un manque d’institutions en matière de travail et de migrations même si OIT et OIM existent. On doit changer le caractère binaire des normes en matière de citoyenneté nationale. Les citoyens des pays riches pourraient se montrer plus ouverts à l’immigration si un niveau de citoyenneté intermédiaire pourrait être créé avec plus d’obligations et moins de droits. 

 

          7. La croissance économique restera-t-elle une question très importante ? 

L’instrument le plus puissant pour réduire les inégalités mondiales et la pauvreté. Ceux qui souhaitent un ralentissement de la croissance sous prétexte environnemental sont souvent ceux qui polluent le plus ou qui ne font rien pour l’environnement. Plus de la moitié des émissions polluantes sont le fruit des 10% les plus riches du monde. Des taux forts de croissance sont indispensables pour des pays tels que ceux en Afrique ou en Asie mais il faut un équilibre entre le taux de croissance des pays pauvres , les flux migratoires et la soutenabilité environnementale. 

 

         8. L’intérêt pour la question des inégalités disparaîtra-t-elle du champ des inégalités ? 

Selon l’auteur, une baisse de l’intérêt pour les inégalités ne disparaîtra pas : 

  • progrès méthodologiques grâce à la réintroduction des inégalités dans le mode de pensée des économistes et il serait difficile de les oublier. 
  • changement idéologique majeur : on ne regarde plus seulement les similitudes mais aussi les différences entre les personnes. On essaie de dévoiler les dissemblances. Il serait impossible de revenir en arrière quand on commence à voir le monde avec de nouveaux yeux. 

 

          9. Pourquoi le nationalisme méthodologique devient-il moins pertinent ?

On prends souvent l’État comme unité d’analyse naturelle. Si parfois c’est pertinent, parfois non. Exemple : introduction de l’euro ou règlements de l’UE qui supplantent les économies nationales, problème aussi avec les mouvements transfrontaliers de personnes : les habitants des Philippines ne sont pas les mêmes personnes qui y sont forcément nés et leur revenus est différent.

Les changements du monde vont affecter de plus en plus les outils économiques que nous utilisons. On a besoin de nouvelles manières de mesurer les choses.

 

          10. Les inégalités disparaîtront-elles avec la poursuite de la mondialisation ?

Selon l’auteur, les inégalités ne disparaîtront pas avec la poursuite de la mondialisation car les gains tirés ne sont pas redistribués de manière équitable. Il faudrait pour cela une autre répartition des biens et des profits afin que tout le monde en bénéficie, et non plus seulement les ploutocrates mondiaux. 

 

Auteurs clés à mentionner sur un sujet portant sur les inégalités : 

  • Lorenz (courbe de Lorenz et indice de Gini)
  • Thomas Piketty 
  • Boudon
  • Samuelson (cf. théorème de Stolper Samuelson)
  • Hecksher-Ohlin-Samuelson

Auteurs pour se différencier

  • Paul Krugman
  • François Bourguignon, La mondialisation de l’inégalité, 2012
  • Pierre-Noël Giraud. La mondialisation, émergences et fragmentations. 2012
  • François Dubet, Les places et les chances. Repenser la justice sociale, 2010
  • Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995

 

N’hésitez pas à compléter votre cours et cette analyse par d’autres articles présents sur notre site. 

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