L’affaire de l’Arc de triomphe, réel débat ou simple joute politique ?

Il y a un peu plus d’un mois, le premier Janvier 2021, la France prenait la présidence de l’Union Européenne (poste tournant que le pays des droits de l’homme n’avait plus occupé depuis 2008.

Pour célébrer cet évènement rare et la forte implication de la France dans le projet européen (nous faisons partie des six pays fondateurs de la CEE signataires du traité de Rome de 1957), le gouvernement d’Emmanuel Macron avait pris deux mesures :

  • Pendant une semaine (donc du 1er au 7 Janvier) de nombreux monuments parisiens comme la tour Eiffel seraient illuminés la nuit au couleur de l’Union Européenne.

 

  • De plus, le président français avait aussi décidé que le drapeau européen flotterait sous l’Arc de triomphe, à côté de la tombe du soldat inconnue.

 

Cette seconde mesure a attisé de nombreuses critiques, au point que dès le 2 Janvier au matin, le fameux drapeau avait été retiré. Pourquoi l’étendard européen n’a-t-il pas plus d’un sous l’Arc de triomphe ?

Y-a-t-il derrière cette polémique aux proportions énormes de réelles raisons historiques ou mémorielles, ou s’agit-il tout simplement d’une opposition de style purement politique comme les nombreuses qui vont agiter le pays durant les prochains mois qui nous conduiront à l’élection présidentielle ? Le débat est ouvert !

 

Un débat intense pendant deux jours jusqu’à ce que le drapeau soit retiré

Très vite, la décision d’Emmanuel Macron de mettre un drapeau européen sous l’arc de triomphe a été attaquée de toutes parts. Certains ont simplement exprimé leur désaccord, comme Manuel Bompard (directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise à la prochaine élection présidentielle… et pourtant député européen) qui expliquait sur le plateau de BFM TV « C’était une mauvaise décision ».

 

Certains étaient beaucoup plus véhément et voulaient faire annuler cette mesure qu’ils jugeaient offensante, comme Marine Le Pen (présidente du Rassemblement National) qui se fendait d’un tweet rageur expliquant « Remplacer le drapeau français par le seul drapeau européen sous l’Arc de Triomphe est un attentat à l’identité de notre pays, un outrage aux morts pour la Patrie. J’attaque devant le Conseil d’État cette décision qui ne peut émaner que d’Emmanuel Macron. »

 

D’autres enfin se permettaient d’attaquer beaucoup plus personnellement le président de la République française comme Éric Ciotti (finaliste malheureux du congrès des Républicains en décembre dernier) qui affirmait sur le plateau de LCI juste après le retrait du drapeau le 02 Janvier « Emmanuel Macron n’aime pas la France » ou Éric Zemmour, lui aussi sur tweeter expliquant « L’Arc de Triomphe sous Macron : après le saccage et l’empaquetage, l’outrage. »

 

Bref, devant une telle levée d’étendard de ce que beaucoup appelaient une offense terrible à la mémoire nationale et au souvenir des soldats tombés pour la patrie, le gouvernement fit marche arrière et retira dès le lendemain de son installation le drapeau de la discorde.

 

Une simple guerre des mots pour préparer à la prochaine élection présidentielle ?

Il convient de souligner ici un point tout bonnement majeur : certes l’Arc de triomphe représente le symbole du sacrifice des soldats français tombés au combat pour la patrie, sacrifice en fait plus certainement symbolisé par la tombe du soldat inconnu (sélectionné parmi les victimes d’une bataille de la première guerre mondiale) qui se trouve en dessous du monument.

Pour autant, y avait-il besoin de faire une telle levée de bouclier face à une décision dont l’importance ne semblait qu’esthétique ? De plus, il est nécessaire de faire une remarque dure mais pour autant tout ce qu’il y a de plus vraie : les opposants politiques du gouvernement ont été bien plus prompts à réagir pour un drapeau européen flottant sous l’arc de triomphe plutôt que pour le saccage de celui-ci par des gilets jaunes il y a de ça près de quatre ans maintenant… époque à laquelle leurs premières réactions avaient été contre le gouvernement. Bref, il semble que la raison de ces critiques soit tout autre.

 

 

Et finalement, elles apparaissent très clairement : quels sont les points communs entre Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon (représenté ici par son directeur de campagne) et Marine Le Pen ?

Ils affronteront tous le président de la république (dont la candidature en Avril prochain ne fait guère de doute) à la prochaine élection présidentielle dans à peine deux mois.

Pour les eurosceptiques que sont ces trois candidats, la mise d’un drapeau sous l’arc de triomphe représentait une bien trop belle occasion de critiquer durement le président de la République.

Éric Ciotti dont le cas est quelque peu différent ne cache même pas dans sa diatribe contre Emmanuel Macron qu’il cherche ici à décrédibiliser le président français au profit de Valérie Pécresse puisque si l’on prend sa phrase précédemment citée dans son intégralité, on obtient « Emmanuel Macron n’aime pas la France, Valérie Pécresse aurait mis les deux drapeaux ».

Dès lors, plus qu’un réel débat autour de la mémoire de notre pays ou même de son appartenance à l’Europe, il convient surtout de voir cette « crise de l’Arc de triomphe » comme le symbole d’une campagne qui commence sur les chapeaux de roue.

Julien Vacherot

Étudiant en seconde année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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