[ENQUÊTE] La prépa a-t-elle un avenir ?

Face à une augmentation importante des alternatives à la classe prépa pour intégrer une Grande Ecole, la question mérite d’être posée : la classe prépa a-t-elle un avenir ou est-elle vouée à disparaître ? En effet, les écoles continuent de développer leurs bachelors, à accepter de plus en plus d’étudiants AST en licence et en master, rendant ainsi les étudiants de prépa minoritaires dans certaines écoles.

Face à ce constat alarmant, Mister Prépa s’est penché sur la question de l’avenir des prépas. Grâce à la participation de nos partenaires académiques, nous avons pu apporter une réponse argumentée au problème.

Comment expliquer ce désintérêt de la prépa, alors qu’elle constitue, aujourd’hui plus que jamais, une voie d’accès royale aux grandes écoles ?

 

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Un constat alarmant : la prépa perd en popularité

D’où vient ce constat ? Dans un premier temps, des lycées. En effet, les inscriptions en prépa EC ont diminué de 6% sur Parcoursup entre 2021 et 2022. La prépa attire moins qu’avant et subit donc une baisse importante, et surtout continue, depuis plusieurs années.

Analysons, parcours par parcours, ces statistiques :

  • ECG maths appliquées + ESH : 61 141 en 2022 vs 65 469 en 2021 = 7,1% de perte
  • ECG maths approfondies + HGG : 43 889 en 2022 vs 45 519 en 2021 = 3,7% en moins
  • ECG maths approfondies + ESH : 39 395 en 2022 vs 41 147 en 2021 = 4,5% de baisse
  • ECG maths appliquées + HGG : 39 006 en 2022 vs 42 276 en 2021 = 8,4% en moins

 

Comment expliquer ce phénomène ?

Dans un premier temps, cela se comprend par le manque de communication et d’informations sur la prépa EC au lycée. En effet, les prépas pour intégrer des écoles d’ingénieurs sont assez connues et valorisées, là où les prépas économiques et commerciales sont inconnues à une majorité de la population. Selon Christine Pires, Vice-Présidente de l’APHEC, la « réforme du lycée, sans mathématiques dans le tronc commun, rend plus difficile la projection en CPGE », et ce d’autant plus dans en prépa EC. Ainsi, les étudiants qui souhaitent réaliser de grandes études et qui ont suivi la spécialité maths au lycée vont plus naturellement se diriger vers une prépa ingénieur, même s’ils ne se pensent pas avoir un profil « scientifique », car elle est plus connue. Comme l’explique Anne Rivière, Directrice du PGE de TBS, « les mathématiques au lycée sont un choix naturel pour ceux qui se destinent à des métiers scientifiques, ce n’est pas nécessairement le cas pour ceux qui se destinent au management. De nombreux lycéens ont ainsi pensé qu’un choix combinant « sciences économiques et sociales » et « histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » était une bonne préparation à une future carrière de manager en entreprise, or cette combinaison n’existe pas pour l’instant dans la filière ECG ».

De plus, les médias ont tendance à descendre la classe prépa, présentée comme « archaïque » et « déconnectée de la réalité ». En effet, avec l’explosion des cursus qui proposent des parcours internationaux et des expériences professionnelles valorisés sur le CV, la prépa semble bien peu attractive. En effet, « la structure du marché post bac est certainement responsable d’une partie du phénomène avec un développement très conséquent de l’offre : BBA, Bachelor, Programme Grande Ecole post bac en cinq ans, l’essor et la reconnaissance des DUT qui deviennent depuis des BUT, mais également l’attirance pour l’international. Le vivier de candidat est donc réduit par le développement d’une offre en dehors de la CPGE » explique Alexandre Pourchet, Directeur du Programme Grande Ecole d’Audencia.

 

Enfin, et ce dernier élément est certainement le plus important auprès des lycéens, la prépa est perçue comme une filière ultra compétitive, où chacun se tire dans les pieds et fait tout pour faire échouer les autres. « La classe préparatoire souffre certainement de son image « élitiste », et dans la perception de beaucoup de bacheliers il s’agit d’une formation « réservée » à une certaine catégorie d’étudiants et ils s’autocensurent ! », appuie Alexandre Pourchet. La réalité est toute autre. La prépa est un moment d’entraide, où les étudiants d’une même classe se soutiennent et se motivent chaque jour pour donner le meilleur de soi-même au quotidien.

 

Selon Stephan Bourcieu, Directeur Général de BSB, ce phénomène s’explique par « l’imagerie populaire des classes prépas, imaginées comme étant le bagne pendant deux ans. Cette image est véhiculée par des personnes ayant une vision passéiste des classes prépas (parfois pour les avoir faites il y a 40 ans) ou ne connaissant pas la réalité de cette formation. Les classes prépas sont exigeantes, à raison, mais ce n’est pas le bagne et les élèves en sortent enrichis et grandis ». Alain Joyeux, président de l’APHEC, le confirme « Beaucoup de clichés éculés circulent sur les classes préparatoires. Celles-ci renvoient des valeurs qui sont moins à la mode : le travail, le dépassement de soi, la persévérance, l’approfondissement. Pourtant, la prépa constitue deux années de découvertes, de réflexions, de curiosité assouvie. C’est aussi une aventure humaine : solidarité et coopération au sein des classes, accompagnement bienveillant et personnalisé de la part de professeurs hautement qualifiés ».

 

Les écoles participent à cette baisse de la prépa en ouvrant des filières alternatives

La raison pour laquelle la prépa perd en popularité est la multitude d’alternatives plus « fun » à ce parcours, qui permettent pour autant d’arriver au même point : un Master du PGE d’une grande école reconnue. Stephan Bourcieu le confirme d’ailleurs totalement « Soyons lucides, en développant les Bachelors, les Grandes Ecoles de management ont en partie contribué à la baisse du nombre d’inscrits en classe prépa ». En effet, toutes ces filières alternatives participent à la rupture du continuum CPGE – Grande Ecole. « Il faut pouvoir promouvoir la filière Prépas + Grande Ecole dès la seconde et présenter le continuum » défend Béatrice Nerson, Directrice PGE de Grenoble EM. C’est à cause de ce manque d’informations, au profit des filières alternatives, que ces dernières gagnent en popularité.

 

Mais, quelles sont ces filières ?

  • Les Bachelors des écoles, qui permettent aux étudiants d’avoir une continuité entre leurs années d’études et de bénéficier, dès le post-bac, à la vie associative des grandes écoles et à leurs expériences internationales et professionnelles
  • Les BUT / DTS, dont les étudiants titulaires ont pu profiter pour réaliser des stages et avoir des cours professionnalisants
  • Les licences à la fac, qui permettent d’intégrer le PGE d’une école prestigieuse

Ces filières représentent des alternatives bien réelles à la prépa, puisque près de la moitié des étudiants du Programme Grande Ecole ne sont pas passés par une classe prépa.

EcoleProportion de CPGE dans l’effectif français du PGECPGEAST
HEC Paris94%40025
ESCP BS84%42080
EDHEC BS77%670200
ESSEC 74%430155
emlyon BS64%615350
Audencia59%540380
Grenoble EM59%550385
NEOMA BS57%770585
SKEMA BS54%580500
EM Strasbourg51%235230
TBS49%350365
ICN BS49%285300
Rennes SB47%350400
IMT-BS44%160200
KEDGE BS40%575855
BSB40%250380
Montpellier BS37%290500
SCBS31%55120
ESC Clermont24%70220
Excelia23%95320
EM Normandie21%95365
Brest BS13%30200
INSEEC GE11%1301030
ISC Paris10%40375

 

Le constat est clair, à part le Top 4 qui privilégie réellement les prépas, les étudiants AST représentent environ la moitié des effectifs des PGE, voire la majorité pour les écoles hors Top 12.

 

Et pourtant, la prépa est encore considérée comme la voie d’accès royale aux Grandes Ecoles

Malgré les constats réalisés précédemment, la prépa est encore considérée par beaucoup comme la voie d’accès royale aux Grandes Ecoles. Cela s’explique par un raisonnement purement mathématique : le nombre d’étudiants en prépa est globalement stable, voire décroissant, alors que le nombre de places réservé aux prépas en école augmente.

Evolution du nombre de prépas en Grande Ecole sur 10 ans - Mister Prépa®

Comme on peut le voir sur le graphique, le nombre de places accordé aux étudiants issus de prépa augmente dans quasiment toutes les écoles. A l’exception de TBS, de l’INSEEC, de l’ISC Paris et de KEDGE, toutes les écoles ont fait le choix d’ouvrir de plus en plus de places aux prépas.

Les maths entrent alors en jeu :

  • Le nombre d’étudiants en classe préparatoire est stable, voire diminue depuis 10 ans
  • Le nombre de places ouvertes aux étudiants de prépa en grande école a augmenté de 11% en 10 ans

 

La conclusion est évidente : aujourd’hui plus que jamais, la prépa permet d’intégrer les meilleures écoles et de profiter des formations les plus prestigieuses. Prenons l’exemple très concret d’HEC. Un étudiant de prépa inscrit à HEC a 7,3% de chance de l’intégrer là où un étudiant issu d’AST n’a que 3% de chance d’être admis. De même pour l’ESCP, un candidat issu d’AST a entre 6 et 7% de chances d’intégrer l’école alors que ce chiffre monte à 18% pour les prépas. Alexandre Pourchet le confirme d’ailleurs : « Point important également, un candidat issu d’une classe préparatoire a plus de chance d’intégrer une grande école qu’un étudiant qui passe par un autre type de concours ».

Ainsi, bien que la voie AST semble plus simple pour intégrer une Grande Ecole, on voit qu’il en est tout autre. Là où 10 étudiants d’une même promotion peuvent intégrer les écoles parisiennes en prépa, il faudra bien être « le meilleur » de la classe pour un étudiant issu d’un BTS ou DUT.

  

Lire plus : Anouar : HEC Paris, Sciences Po Paris et l’ENS après une prépa

 

Une différence qui se voit lors de l’entrée des étudiants sur le marché du travail

En effet, bien que diplômés de la même école à la fin de leurs études, les candidats ayant d’abord suivi une classe prépa sont privilégiés sur le marché du travail dans les domaines très sélectifs. Sur ce point précis, les réponses sont quasi-unanimes : le profil prépa est valorisé par les recruteurs. Christine Pires explique « Il suffit de regarder le temps de recherche d’emploi à l’issu d’un PGE en étant passé par une CPGE. Nos étudiants ont une employabilité très recherchée. Nombre d’entre eux reçoivent des propositions avant même la fin de leur master. Les recruteurs ne s’y trompent pas : ils savent valoriser les compétences et la capacité d’analyse et de travail acquises en CPGE ». Cette différence entre prépa et AST se concrétise notamment dans le cadre de recrutements très sélectifs. En effet, « c’est le cas notamment des grands cabinets de conseil ou des banques d’affaires, qui ont un processus de recrutement très compétitif dans lequel le passage par une classe préparatoire est considéré comme un plus », explique Anne Rivière (TBS). Alexandre Pourchet (Audencia) confirme cette distinction « le distinguo est certainement encore réalisé par des recruteurs qui sont passés par une classe préparatoire et qui recrutent un volant d’étudiant relativement faible comme dans le M&A, ou encore le conseil (BCG, McKinsey) ».

De même, Stephan Bourcieu (BSB) cite le fait que la plupart des recruteurs sont, eux-mêmes, passer par une classe prépa et connaissent donc les valeurs d’un tel parcours. Cependant, la raison principale tient, selon lui, au fait que « un étudiant passé par une classe préparatoire a, dans l’ensemble, une qualité d’expression, de syntaxe et orthographique qui ne manque pas d’être remarquée par des recruteurs qui sont parfois désespérés par la faiblesse orthographique et lexicale des candidatures ». Alain Joyeux complète « par leurs acquis pluridisciplinaires, les diplômés passés par une classe préparatoire disposent de grilles d’analyses beaucoup plus larges, ce qui leur permet de gérer mieux que d’autres la complexité. ».

 

Cependant, comme le rappelle Béatrice Nerson (GEM) les recruteurs tiennent énormément compte « de l’étudiant en lui-même de son parcours en Grande Ecole, des expériences qu’il aura effectuées ».

 

Lire plus : ENQUÊTE : Les classements des Grandes Ecoles, quelles perceptions des recruteurs ?

 

Alors, comment faire pour que la prépa retrouve sa splendeur passée ?

Rappelons tout d’abord que les écoles se battent farouchement pour le maintien de la classe prépa et pour sa renommée. Alain Joyeux le confirme : « Les grandes écoles réaffirment fréquemment leur farouche volonté de continuer à recruter au maximum des étudiants de classe prépa. Les ministères concernés disent vouloir soutenir la filière. De nombreuses entreprises valorisent les diplômés passés par une prépa. Donc, si tous ces acteurs mettent en conformité leurs actes à leurs discours, il n’y a vraiment aucune raison de penser que les prépas soient vouées à disparaître »

 

Comment faire pour revaloriser la prépa auprès des étudiants du secondaire ?

La revalorisation de la prépa passe par différents vecteurs, tels que :

  • Une meilleure connaissance de la filière et une présentation dès la seconde, afin d’aider les lycéens à choisir leurs spécialités. Comme le rappelle Anne Rivière, « il y a un effort de pédagogie et de communication à faire, en parallèle d’une réflexion réelle sur les contenus académiques de la filière »
  • Rappeler que la prépa a évolué. Ce n’est plus le bagne où chacun se tire dessus, mais bien un parcours d’entraide et de soutien. Alexandre de Navailles, Directeur Général de KEDGE BS, rappelle encore une fois que « l’encadrement est favorable : les professeurs sont impliqués, bienveillants, présents et disponibles. Peu de formations peuvent offrir un tel niveau d’accompagnement mais les élèves ne le perçoivent pas suffisamment. ».
  • Signifier le rôle de la prépa comme ascenseur social : tous les acteurs de l’éco-système prépa – GE ont rappelé ce rôle primordial de la prépa. « Pour certains étudiants, la classe préparatoire joue pleinement son rôle d’ascenseur social –voire de fusée sociale – et contribue ainsi à la mission qui est celle de l’Ecole », rappelle Christine Pires. De son côté, Alexandre de Navailles appuie aussi sur ce point « Les classes préparatoires jouent également un rôle essentiel dans la diversité et la mixité sociale de l’enseignement supérieur et elles conduisent tous leurs étudiants à la réussite : cela nous importe beaucoup ».
  • En faire une formation diplômante ? En effet, un des gros inconvénients de la prépa est qu’elle suppose une poursuite d’études après, puisqu’elle ne confère aucun diplôme. Or, il n’est pas toujours évident de savoir que l’on veut se lancer dans 5 ans, voire 6 ou 7, d’études, directement après le bac. Ainsi, accorder un grade licence à la prépa peut être une façon de stimuler l’intérêt des lycéens pour la prépa

 

Pour conclure, nous reprenons les mots de Christine Pires qui rassure chacun, et notamment les étudiants de prépa, sur l’avenir de la prépa : « Chaque acteur semble tenir à cette préparation de qualité. Nous travaillons précisément en ce moment avec la CDEFM [Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises de Management] à rétablir l’image des prépas, ce qu’elles apportent aux étudiants et aux Grandes Ecoles. De plus, elle est, à mon sens, la seule formation qui, par un maillage territorial tel, est la véritable source d’égalité des chances ».

Elise Casado

J'ai intégré TBS après 2 ans de prépa ECS. J'ai à coeur de partager avec vous mon expérience "prépa" afin de vous aider à profiter à 100% de ces deux ou trois années inégalables de votre vie !

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