Le resserrement anticipé des politiques monétaires des banques centrales sud-américaines a porté ses fruits

Les banques centrales sud-américaines ont mené des politiques monétaires restrictives plus rapidement que leurs homologues américaine, européenne, anglaise, japonaise et canadienne, dans le but de lutter contre l’inflation galopante et de maintenir la stabilité des prix. En promulguant un resserrement monétaire anticipé, les pays d’Amérique Latine semblent avoir réalisé la bonne opération.

Les banques centrales sud-américaines ont remporté leur combat contre l’inflation

Le 3 août 2023, l’édito économique Financial Times publie un article intitulé « Latin Amercia’s central banks declare victory in war on inflation ». S’appuyant notamment sur les politiques monétaires menées par le Brésil et le Chili, on y découvre comment ces pays émergents d’Amérique du Sud ont anticipé leur combat contre l’inflation, à l’inverse de la FED et de la BCE par exemple.

 » Même si la lutte contre l’inflation n’est pas terminée, les banques centrales d’Amérique latine peuvent commencer à crier victoire « , a déclaré Ernesto Revilla, économiste en chef pour l’Amérique latine chez Citi à New York.  » Ils se sont distingués au cours de ce cycle… par leur discipline, leur autonomie, leur engagement et leur communication claire. La politique monétaire menée au Chili, au Brésil, au Mexique, au Pérou et en Colombie donne une leçon au monde « .

« C’est ironiquement en Amérique latine que cela a été le plus réussi, car les banques centrales n’avaient pas la crédibilité dont jouissait la Fed et n’avaient pas la possibilité de dire : ‘Ah, il s’agit simplement d’un phénomène transitoire, l’inflation augmentera et diminuera d’elle-même' », a déclaré Claudio Irigoyen, responsable de l’économie mondiale à la Bank of America à New York. « La Fed avait probablement un an de retard dans le jeu. »

Vendredi 28 juillet, le Chili est devenu la première grande économie de la région à réduire ses taux d’intérêt directeur après la pandémie, en abaissant les abaissant d’un point pour les porter à 10,25 %. Le Brésil lui a emboîté le pas en commençant le resserrement de sa politique monétaire quelques jours après. Les économistes interrogés de la banque Citi s’attendent à ce que la Banco de México reporte les baisses de taux jusqu’en décembre, puis qu’elle les réduise de seulement un quart de point.

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Le Brésil, symbole du succès du resserrement anticipé des politiques monétaires

Un vent d’optimisme souffle actuellement sur le Brésil. Alors que la Banque centrale du Brésil (BCB) a relevé ses taux d’intérêt dès mars 2021, soit un an avant la Réserve fédérale américaine, mercredi 2 aout 2023, cette dernière a commencé à assouplir sa politique monétaire en annonçant une réduction d’un demi-point, portant son taux d’intérêt directeur à 13,25 %. Cette baisse est plus importante que la baisse de 25 points anticipée par la plupart des économistes, signe du succès de la gestion de la politique monétaire brésilienne de ces derniers mois. La banque centrale a également souligné que d’autres réductions de la même ampleur étaient probables dans les mois à venir.

En juin 2023, la banque centrale avait revu à la baisse ses projections d’inflation pour 2023 à 3,2% et réhaussé sa prévision pour la croissance de 2023 de 2,3%. En parallèle, depuis la fin du mois de mars la Bourse affiche une progression supérieure à 16% tandis que le real brésilien s’est apprécié d’environ 10% contre le dollar à la fin juin. Enfin, la récente approbation d’une version plus contraignante de la réforme des règles budgétaires, conjuguée à la présentation de la très attendue réforme sur la fiscalité et à la baisse des tensions entre le gouvernement et la Banque centrale participent à l’embellie notable pour le Brésil.

Bien que la Banque centrale du Brésil ait été saluée à l’échelle internationale pour avoir maîtrisé l’inflation, elle a fait face à de vives critiques à l’intérieur du pays en raison de son attitude restrictive. Le président Luiz Inácio Lula da Silva avait accusé le gouverneur Roberto Campos Neto de « jouer contre l’économie brésilienne » et a remis en question l’indépendance de la banque centrale, qui lui avait été accordée il y a deux ans sous son prédécesseur, Jair Bolsonaro.

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Pour conclure, les pays d’Amérique Latine voyant s’éloigner de plus en plus les pressions inflationnistes, les banques centrales sud-américaines commencent peu à peu à assouplir leur politique monétaire, signe que le resserrement anticipé a porté ses fruits.

Damien Copitet

Je suis étudiant à SKEMA BS après deux années de classe préparatoire au lycée Gaston Berger (Lille). Nous nous retrouvons toutes les semaines pour l'actualité en bref

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