Le boycott diplomatique des JO de Pékin : symbole de puissance ou d’impuissance ?

Que sa réaction était attendue ! Alors que cinq pays représentant des puissances majeures de la scène internationale contemporaine avaient décidé de ne pas envoyer de représentants diplomatiques, en raison d’atteinte au droit de l’homme par le pays d’accueil, la Chine, aux Jeux Olympiques d’hiver 2022 qui se dérouleront à Pékin, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères Wang Wenbin a finalement réagi le 09 décembre dernier. Il a au cours d’une déclaration à la presse expliqué que « Le recours des États-Unis, de l’Australie, du Royaume-Uni et du Canada à la scène des Jeux olympiques à des fins de manipulation politique est impopulaire et revient à s’isoler soi-même ». Il faut depuis ajouter à cette liste le Japon qui a emboité le pas aux quatre premiers. Comment analyser ce « coup » tenté contre la Chine ? A-t-il une réelle efficacité ou cache-t-il en fait la faiblesse de ceux qui y ont recouru face à la puissance chinoise qui devient majeure sur la scène mondiale aujourd’hui ?

 

Une réaction nécessaire aux actes chinois

C’est peu dire que la Chine ces derniers temps s’est faite remarquer et pas dans le bon sens du terme concernant les droits de l’homme. On citera notamment le cas des Ouighours qui a défrayé la chronique et ému une grande partie de la communauté internationale. Il s’est beaucoup posé alors la question des réactions à cette situation de la part de la communauté internationale. Mais la plupart du temps au vu des intérêts communs de beaucoup de pays avec la Chine, la riposte n’a pas dépassé la simple condamnation verbale. Emmanuel Macron écrivait notamment en septembre 2020 son horreur devant des pratiques allant « contre les principes universels inscrits dans les conventions internationales relatives aux droits de l’homme ».

Ces JO accueilli par la Chine à Pékin (les deuxièmes en quatorze ans, la ville ayant déjà accueilli les JO d’été en 2008) représentaient une occasion quasi-immanquable de donner plus de force à ces critiques qui restaient souvent peu audibles. Les américains ont lancé le bal, expliquant par le biais de la porte-parole de la Maison Blanche Jen Spaki « la représentation diplomatique américaine traiterait ces Jeux comme si de rien n’était, malgré les violations flagrantes des droits humains et les atrocités de la Chine au Xinjiang. Et nous ne pouvons tout simplement pas faire cela ». Quatre autres pays, suivirent le pas, annonçant eux aussi qu’aucun représentant de leur gouvernement respectif ne sera envoyé à Pékin pendant toute la durée des Jeux Olympiques.

 

Néanmoins, une réaction sans doute trop faible et en ordre dispersé

Imaginez un peu la scène : la cérémonie d’ouverture des prochains Jeux Olympiques d’hiver s’ouvre en grande pompe en février prochain à Pékin dans le légendaire stade du nid d’oiseau à Pékin. Seulement dans la tribune présidentielle, aucun représentant étranger, seulement des hauts dignitaires du parti communiste chinois. Là on aurait pu avoir un véritable impact, un véritable moyen de pression sur le gouvernement chinois. Malheureusement, on a été très loin d’une telle unanimité au sein de la communauté internationale. Le secrétaire général des Nations Unies Antonio Gutteres a par exemple confirmé sa venue à Pékin en Février, expliquant « Le secrétaire général a reçu une invitation du Comité international olympique à assister à l’ouverture des Jeux d’hiver à Pékin et l’a acceptée ». Le ministre de la jeunesse et des sports français Jean-Michel Blanquer lui emboita le pas, annonçant fermement vouloir envoyer lui emboita le pas tout comme bon nombre de chefs d’états. Au bout du compte, ils ne sont pour l’instant que cinq à avoir annoncé un boycott. Manquent à l’appel de grandes puissances internationales comme la Russie, la France, le Brésil et tant d’autre, mais aussi des nations qui sont habituées à faire de véritables moissons de médailles aux Jeux Olympiques d’hiver (Norvège, Suède…)

Finalement, c’est peut-être le président français qui résume peut être le mieux le principal problème de la situation actuelle et de la décision du gouvernement américain « Il faut être clair, soit on fait un boycott complet, on n’envoie pas d’athlètes, soit on essaie de réengager les choses et d’avoir une action utile. Comme toujours à l’international, je suis plutôt pour faire des choses qui ont un effet utile. » On ne peut pas lui donner tort : quel serait l’effet d’un boycott diplomatique, même complet sur le bon déroulement des jeux ? Une tribune officielle vide ? Le gouvernement chinois peut clairement continuer de dormir sur ses deux oreilles ! Tant que la communauté internationale en restera là et ne prendra pas de mesures plus fortes contre la Chine, la situation continuera de stagner et aucune évolution réelle ne sera à signaler. En 1980, pour protester contre l’intervention soviétique en Afghanistan, les États-Unis avaient décidé de boycotter les Jeux Olympiques de Moscou en n’y envoyant aucun athlète. Là on avait pu voir une décision forte, courageuse et avec un réel retentissement. Malheureusement on en est encore aujourd’hui bien loin… Les temps ont changé, les forces de volonté aussi…

Julien Vacherot

Étudiant à HEC Paris en année de césure et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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