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En Bulgarie, des élections cruciales pour l’UE et l’Ukraine

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Le 2 avril auront lieu de nouvelles élections législatives en Bulgarie. Le pays le plus pauvre de l’Union Européenne revêt malgré tout une place géopolitique capitale dans le contexte de la guerre en Ukraine. Les liens historiques du pays avec Moscou et la présence de forts mouvements pro-russes peuvent en effet menacer les différents accords de soutien à l’Ukraine à l’échelle de l’UE et les trains de sanction à l’égard de la Russie. De plus, la Bulgarie est le seul pays de l’UE, avec la République Tchèque et la Roumanie, à produire des munitions compatibles avec les armes de conception soviétique de Kiev. Autant dire que les mouvement politiques dans le pays sont scrutés avec attention par les partenaires européens.  

 

Une longue crise politique

Le 2 avril, c’est avec une certaine résignation que les Bulgares devront se rendre aux urnes. Et pour cause : le pays connaît ses cinquièmes élections législatives en deux ans. Cette profonde crise politique a éclaté il y a deux ans, quand des scandales majeurs de corruption ont éclaboussé le Premier ministre Boïko Borissov, au pouvoir pendant 10 ans, et son parti de droite GERB. Un mouvement de contestation massif a permis l’émergence de nouveaux partis contestataires et la perte de majorité du GERB lors des élections d’avril 2021. Depuis, c’est l’impasse : face à un Parlement éclaté, la majorité est introuvable, plongeant le pays dans l’instabilité alors que le contexte est critique.

En novembre 2021, le ministre de l’économie du gouvernement intérimaire Kiril Petkov parvient enfin à former un gouvernement. Centriste et pro-occidental, il fonde un nouveau parti (Nous continuons le changement, PP) qui arrive en tête des élections. Il forme alors une coalition avec le parti socialiste BSP et le parti antisystème ITN.

 

Un soutien à l’Ukraine fondamental mais fragile

Au début de la guerre en février 2022, Petkov soutient sans ambiguïté l’Ukraine, plaçant son pays dans le camp occidental malgré les inclinations pro-russes du BSP, hériter de l’ancien parti communiste. Toutefois, la guerre déchire la société bulgare, alors que la Russie a joué un rôle important dans l’indépendance du pays à la fin du 19ème siècle. Le BSP menace ainsi de faire tomber la coalition si la Bulgarie livre la moindre arme à l’Ukraine.

Le Premier ministre doit alors manœuvrer en coulisses et parvient à assurer des livraisons indirectes. Des intermédiaires américains et britanniques achètent des armes aux sociétés de production d’armement privées Arsenal et VMZ. Ces armes sont ensuite livrées gratuitement à l’Ukraine grâce à un pont aérien avec la Pologne mis en place par les autorités. La Bulgarie a ainsi joué un rôle essentiel dans la résistance ukrainienne au début de la guerre. Les exportations d’armes du pays ont atteint un record de 2.5 milliards d’euros en 2022.

La fragile coalition du Premier ministre finit par s’effondrer au bout de sept mois à cause des multiples désaccords et tensions qui la traversent. Les élections d’octobre 2022 n’ont pas donné de majorité pour trois raisons. D’une part, les partis de l’ancienne coalition ont tous perdu des voix dans un contexte d’inflation et de crise énergétique. Ensuite, une nouvelle coalition est rendue impossible par l’hostilité du camp réformiste de Kiril Petkov envers Boïko Borissov, qualifié de mafieux, alors que leurs partis partagent la même ligne euro-atlantiste en termes de diplomatie. Enfin, l’émergence d’un parti ultra-nationaliste pro-russe, Renaissance, très hostile à l’Ukraine, a encore accentué l’éclatement du Parlement.

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Quelles suites après ce nouveau scrutin ?

Aujourd’hui, les sondages donnent le PP (centre), en coalition avec son allié Bulgarie Démocratique (DB, centre-droit), légèrement en tête à 27% devant le GERB (droite) à 25%, Renaissance (extrême-droite) à 13%, le parti de la minorité turque DPS à 13% et le BSP (socialiste) à 8%.

Si l’instabilité se poursuit, le soutien du pays à l’Ukraine continuera à être fragile, surtout au vu de l’ambiguïté du Président Roman Radev envers Moscou. En effet, en l’absence de majorité au Parlement, le Président de la République doit nommer un gouvernement intérimaire chargé d’expédier les affaires courantes. Or, Roman Radev s’oppose toujours à un envoi franc et assumé d’armes à l’Ukraine, se posant dans le « camp de la paix », et le gouvernement actuel affiche une attitude moins hostile envers Moscou.

Cette instabilité persistante retarde également l’adhésion de la Bulgarie à l’euro et à l’espace Schengen. L’adhésion à l’euro a ainsi récemment été repoussée à 2025 au lieu de 2024, et l’adhésion à Schengen rejetée par les autres pays membres à la fin décembre 2022 en l’attente de conditions plus favorables. La suite des événements dépendra probablement de la capacité du PP et de GERB à s’entendre pour un gouvernement pro-européen malgré l’animosité politique persistante envers l’ancien parti dominant.

 

Ces élections sont donc importantes à plus d’un titre pour l’Union Européenne, qui a tout intérêt à voir la crise politique prendre fin du côté de Sofia.

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Mehdi Lahiani
Etudiant en première année à HEC Paris après deux ans de prépa ECS.
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