Chili : En route vers une nouvelle constitution !

La constitution chilienne de 1980, en vigueur depuis 1981 et rédigée sous le régime de Pinochet, a été contestée lors des manifestations de 2019 (contre des mesures d’augmentation des prix des services publics) qui ont entraîné l’organisation d’un référendum le 25 octobre 2020.

 

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D’où viennent le rejet de la classe politique et les contestations populaires ?

Les liens entre les partis politiques et la société civile se sont dégradés. En effet, les gouvernements récents (Bachelet, Piñera puis Bachelet et de nouveau Piñera) n’ont pas su prendre en compte les demandes populaires. La constitution en vigueur est critiquée car elle entérine la gestion de biens communs par des acteurs privés dans des secteurs qui relèvent du domaine public dans de nombreux pays. Elle ne garantit pas l’accès des Chiliens à l’éducation supérieure ni à un système public de retraites. Ceci a entraîné des manifestations « No Mas AFP », Administratrices de Fonds de Pension, depuis 2013, et des manifestations étudiantes depuis la Révolte des Pingouins, en 2006.

En octobre 2019, les manifestants réclament la non-augmentation du prix du billet de métro, qui est accordée. Ils réclament ensuite la démission du président Piñera à la suite d’une répression violente (26 morts et plus 2000 blessés), mais également l’adoption d’une nouvelle constitution ainsi qu’une réforme du système des retraites et une déprivatisation de l’accès à l’eau.

Des mots d’ordre sont alors apparus : il faut « dépinochétiser » le Chili, il faut « dénéolibéraliser » le Chili.

 

Première étape : La victoire du « Apruebo »

Appelés à se prononcer sur un changement de Constitution (Oui ou Non) et sur la nature de l’assemblée constituante (mixte ou élue), plus de 7,5 millions de Chiliens ont voté (50,98% des inscrits) le 25 octobre 2020. Le « Oui » l’a emporté avec 78,31% des suffrages et l’assemblée constituante élue a été choisie par 79,18% des votants. La rue a exercé une forte pression sur le changement de la Constitution, à la suite des manifestations d’octobre 2019.

De plus, le choix de l’assemblée constituante élue confirme le rejet des partis politiques en place. Ces derniers pourront alors présenter leurs candidats lors de l’élection de l’assemblée, mais pâtiront de l’image qu’ont les Chiliens des politiques.

 

Deuxième étape : L’élection des 155 rédacteurs

Les 15 et 16 mai 2021, les Chiliens ont élu les membres chargés de rédiger la nouvelle constitution.

La droite au pouvoir a essuyé un large rejet des électeurs chiliens, qui se sont détournés des partis politiques traditionnels et ont plébiscité des candidats indépendants pour réécrire la constitution. Les élus sont à 46,24% (48 sièges + 17 réservés aux dix peuples autochtones) des candidats non-encartés.

En effet, selon le politologue Claudio Fuentes, parmi ces candidats indépendants, « 40% ne sont affiliés à aucun parti politique, bien que beaucoup d’entre eux ont des affinités vers le centre-gauche, et 60% sont liés aux partis traditionnels » de gauche, sans s’être présentés aux noms de ces partis.

La liste de la droite unie « Chile Vamos » (20,56% des suffrages, 37 sièges) du président Piñera, défendant le maintien de la constitution actuelle, qui, selon elle, a favorisé la croissance économique du pays, a été balayée au profit d’aspirations de gauche. Ce suffrage est inférieur à la minorité de blocage du tiers (les deux tiers des voix seront requis pour valider les articles de la nouvelle loi fondamentale).

Les deux listes de gauche (« La liste J’approuve » du parti communiste et la liste « J’approuve avec dignité » du centre-gauche) ont obtenu 25 et 28 sièges (33,20% des voix) et veulent proposer un nouveau modèle pour le pays, en garantissant l’éducation, la santé et le logement.

Ces résultats marquent donc la diversité du Chili et le rejet des partis politiques traditionnels.

Rappelons aussi que l’assemblée constituante devait être paritaire (composée par au moins 45% et maximum 55% de femmes). Les 78 citoyens et 77 citoyennes élus auront entre 9 et 12 mois pour rédiger un nouveau texte, qui sera soumis à l’approbation du peuple à travers un nouveau référendum.

Selon Marta Lagos, directrice de l’institut Latinobarometro, « Qui a gagné cette élection ? Mille minorités, la diversité ». Pour Kevin Parthenay, professeur de sciences politiques à l’université de Tours, « On voit se dessiner un nouveau paysage politique électoral au Chili. Ce n’est pas juste un changement politique : on assiste à l’arrivée au pouvoir de toute une génération qui avait commencé à lutter lors du mouvement des étudiants de 2011, et qui est devenue la nouvelle ère politique ».

 

Troisième étape : Le processus de rédaction de la nouvelle Constitution

« Cette Constituante va transformer le Chili » : c’est ainsi que, le dimanche 4 juillet, la linguiste mapuche Elisa Loncon a lancé le processus de rédaction de la nouvelle loi fondamentale, après avoir été élue présidente de l’assemblée constituante chilienne.

Elisa Loncon, professeure de linguistique, a été élue au second tour avec 96 voix sur 155 et occupe l’un des 17 sièges réservés aux peuples autochtones.

La convention paritaire réfléchira à la place des femmes, des personnes LGBT et à l’égalité de l’accès aux biens communs (eau, santé, éducation). Des sujets relégués, comme les droits sexuels et reproductifs ou encore la restitution de leurs terres aux 10 peuples indigènes qui composent le pays, seront également abordés.

 

Conclusion

La rédaction de cette nouvelle constitution marque le début d’une nouvelle ère au Chili : celle d’un pays dont la Carta Magna est le fruit d’un combat mené par le peuple, depuis les manifestations jusqu’à la rédaction de cette constitution.

Le Pérou connaît des débats similaires autour de la constitution héritée d’Alberto Fujimori, en 1993. Selon Kevin Parthenay, il est « difficile de parler d’émulation régionale, mais, au Chili comme au Pérou, ces demandes d’une réforme répondent à un vrai manque de consolidation de la démocratie ». On considérait les régimes politiques en place à la fin des dictatures comme des démocraties « parce qu’il y avait des élections à échéances régulières ».

 

Les mots et expressions à connaître :

En vigueur : vigente

Citoyen lambda : ciudadano de a pie

Manifester : protestar

La Constitution : La Constitución/La Carta Magna

« Cette Constitution va transformer le Chili » : « Vamos a refundar Chile »

Assemblée Constituante : Asamblea Constituyente

Lucas Chevasson

Etudiant à Kedge BS sur le campus de Marseille après une Prépa ECE, je compte vous aider dans l'apprentissage des langues.

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