Comment qualifier les relations entre les Etats-Unis et le Mexique ?

Paradoxal. Voilà le mot qui pourrait le mieux décrire les relations entre les Etats-Unis et le Mexique. Ces deux pays ont une histoire liée, leur économie sont dépendantes, et pourtant, les campagnes électorales de leur président sont, en partie, fondées sur le façon dont ils vont séparer leur pays. « Build that wall ». Voilà sur quelle phrase le président Donald Trump s’est fait élire en 2016. Un axe majeur de sa campagne était de séparer physiquement le Mexique et les Etats-Unis. Pourquoi ces deux pays, pourtant si dépendants, ont-ils tant besoin d’afficher leur séparation ?

 

Une histoire liée

Les Etats-Unis et le Mexique ont une histoire liée. En l’espace de 200 ans, la superficie du territoire des Etats-Unis a été multipliée par 3. Comment est-ce possible ? Ils ont récupéré la moitié du territoire du Mexique et ainsi créé 8 nouveaux Etats : le Texas, le Nouveau-Mexique, le Colorado, le Wyoming, la Californie, l’Utah, le Nevada et l’Arizona. Cela explique pourquoi le Sud des Etats-Unis est plutôt hispanique, pourquoi Hillary Clinton avait mené une partie de sa campagne en espagnol et pourquoi la question de l’hispanisation du sud des Etats-Unis est aussi récurrente dans les débats politiques. En effet, beaucoup d’habitants des Etats-Unis se sentent bien plus Mexicains qu’Américains et ne s’estiment donc pas représentés par les hommes politiques des Etats-Unis. Selon le site Statista, 18% de la population états-unienne serait hispanique. Or, toute cette partie de la population n’est que très peu représentée dans la vie politique américaine, et seulement dans le camp démocrate.

 

Des relations commerciales nécessaires

Les relations commerciales entre les Etats-Unis et le Mexique sont très étroites. En effet, les Etats-Unis sont le premier partenaire commercial du Mexique. Ils représentent 47% des importations du Mexique, là où 81% des exportations mexicaines sont à destination des Etats-Unis. Ces derniers sont donc vitaux à l’économie mexicaine, qui est dépendante des Etats-Unis. A l’inverse, même si le Mexique est un des premiers partenaires commerciaux des Etats-Unis, les parts qu’il représente dans les relations commerciales américaines sont bien moins importantes : 14% des exportations des Etats-Unis sont à destination du Mexique, là où 12% de leurs importations viennent du Mexique. On est donc très loin d’une égalité dans le rapport de force entre les Etats-Unis et le Mexique. On ne peut pas réellement parler de relations bilatérales entre ces deux pays, puisque les Etats-Unis sont bien en capacité d’imposer certaines mesures au Mexique. Par exemple, Donald Trump a décidé unilatéralement de renégocier l’ALENA, jugeant ce traité trop libéral et ne mettant pas assez en avant la production états-unienne. En effet, l’USMCA, le nouveau traité établi pour remplacer l’ALENA, est en réalité la continuité de l’ALENA. Le seul changement majeur est que la notion de « libre échange » n’apparaît plus dans le nom de l’alliance, permettant ainsi à Donald Trump de pouvoir affirmer qu’il a réussi à protéger la production américaine.

Les maquiladoras sont certainement le meilleur exemple des relations commerciales ambiguës qu’entretiennent les deux pays. Les maquiladoras sont des usines qui se situent à la frontière nord du Mexique et qui exportent leur production aux Etats-Unis. Il s’agit d’un type de délocalisation intra-continentale : les Etats-Unis produisent au Mexique pour bénéficier d’une main d’oeuvre moins chère et de coûts de production plus bas. Les deux pays étant au sein de l’USMCA, les droits de douane sont pratiquement inexistants, ce qui assure donc un bon transit des marchandises. Ce modèle de délocalisation entre deux pays voisins, avec des avantages comparatifs aussi importants pour les deux pays, est unique. Cela souligne une fois de plus les relations commerciales interdépendantes qu’entretiennent les Etats-Unis et le Mexique.

 

Des relations politiques paradoxales

Au sein du territoire états-unien, les immigrés hispaniques se retrouvent le plus dans la politique du camp démocrate. En effet, les démocrates prônent plus largement une politique d’intégration des immigrés dans la société américaine, là où les républicains cherchent à les renvoyer dans leur pays d’origine. Cela sous-tend donc que les présidents mexicains seraient plus à même de s’entendre avec les présidents démocrates. Cependant, le président actuel du Mexique, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) s’est révélé être plus proche de Donald Trump que de Joe Biden. En effet, il a mis 41 jours à appeler Joe Biden pour le féliciter de son élection et il a passé les premières minutes de cet appel à faire l’éloge du président sortant des Etats-Unis. Pourquoi ? AMLO prône la non-ingérence et n’apprécie donc pas la tendance des présidents démocrates à vouloir à tout prix s’infiltrer dans les affaires internes mexicaines. Pour affirmer au monde entier son indépendance, AMLO a fait passer une loi qui limite la marge de manoeuvre des agents américains en territoire mexicain. Le message est clair : l’élection d’un nouveau président ne doit pas signifier le retour de l’ingérence. En effet, si Donald Trump n’a pas fait l’unanimité au Mexique en annonçant vouloir construire un mur à la frontière financé entièrement par le Mexique, il n’a toutefois pas cherché à s’occuper des affaires internes du pays. Ainsi, il n’a pas dénoncé la politique mexicaine lorsqu’elle ne respectait pas les droits de l’Homme et il n’a pas réagi lorsque AMLO faisait passer des lois peu respectueuses de l’environnement. Le Mexique a donc tenu à signifier son inclination pour la politique étrangère de Trump, alors même que ce dernier avait renvoyé des milliers d’immigrés à la frontière et séparé des familles entières. Il semble que le plan de Biden de régulariser la situation de 6 millions de Mexicains et de restaurer le statut des « Dreamers » ne soit pas pris en compte dans l’appréciation de AMLO. On peut difficilement trouver des relations plus paradoxales que celles-ci.

 

Pour conclure

Même si le président mexicain ne semble pas beaucoup apprécier la politique de son homologue américain, il faut tout de même souligner la volonté de Joe Biden de lier ces deux pays. Il est le premier président de l’histoire des Etats-Unis à nommer un secrétaire à la sécurité intérieure hispanique. Ce poste ayant été créé suite aux attentats du 11 septembre 2001, il témoigne de la volonté des Etats-Unis de vouloir se protéger de l’extérieur et de la menace qu’il peut représenter. Alejandro Mayorkas devient donc le premier hispanique à occuper ce poste et représente ainsi la détermination de Joe Biden à vouloir renouer avec l’étranger, et notamment ses voisins latino-américains.

Elise Casado

J'ai intégré TBS après 2 ans de prépa ECS. J'ai à coeur de partager avec vous mon expérience "prépa" afin de vous aider à profiter à 100% de ces deux ou trois années inégalables de votre vie !

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