Mythologie et culture générale #1 – Le mythe de Tantale

Alors oui, la mythologie pour la plupart d’entre vous, ça rappelle surtout divers petits souvenirs comme des cours sur Ulysse et Hercule qui se transformaient en grandes séances de sieste collective pendant que le professeur comptait ces légendes somme toute bien sympathiques. Pour d’autres, c’est surtout le souvenir charmant de soirées devant la télévision avec vos parents où votre père ressortait fièrement une cassette d’un autre âge en vous expliquant vouloir agrandir votre culture et où vous découvriez mi-moqueur moi-ennuyé un vieux film des années 60 où les montres ressemblaient plus à de vulgaires marionnettes qu’aux horreurs que les héros semblaient avoir tant de mal à combattre. D’autres enfin ont découvert cet univers fantastique en se plongeant à l’intérieur de la célèbre saga romanesque de Rick Riordan Percy Jackson, avec le grand nombre de déformations que cela implique. Pourtant, il s’agit surtout de références réutilisables dans de nombreux sujets que ce soit dans une copie de Culture Générale aux concours ou encore dans un oral d’HEC. Premier épisode aujourd’hui d’une série sur ces mythes trop souvent injustement méconnus avec le personnage fascinant de Tantale.

 

Présentation du mythe

Tantale est un des plus célèbres personnages de la mythologie grecque. Il est le fils de Zeus, dieu du ciel et roi des dieux et de la nymphe Ploutô. Son père le traite très richement et il côtoie fréquemment les autres immortels à la cour des dieux. Bref, la vie de rêve surtout qu’il mange et boit les mêmes produits que les dieux, le nectar et l’ambroisie, ce qui lui assure de multiples bienfaits et en tout premier lieu une vie éternelle. Mais, et c’est là que le bât blesse, Tantale ne se satisfait pas de cette seule situation. Cela ne lui suffit plus. Il en veut plus. Il veut défier les dieux et leur pouvoir. Il invente donc un monstrueux stratagème pour assouvir cette envie.

Voici donc que le grec convie toute la troupe des immortels à un grand banquet chez lui, indiquant vouloir les remercier de tous leurs bienfaits. Le jour J, il sert aux dieux un magnifique rôti dont la vue les ravit tous. Mais bientôt, des frissons d’effroi parcourent l’assemblée des divins personnages. Ce n’est pas un simple rôti que Tantale a servi aux dieux ! Le forban a mis son propre fils, Pelops, à cuire au four.

La punition ne se fait pas attendre. Tantale va être très sévèrement puni pour son appétit toujours plus dévorant. Il va être envoyé au plus profond des enfers, au Tartare. Il va être attaché à un pommier qui pousse au bord d’un cours d’eau. Il ne manquera de rien me direz-vous. Loin de là ! A chaque fois qu’il tente de lever la main en direction des magnifiques fruits de l’arbre, les branches de celui-ci s’éloignent hors de sa portée. De même, le ruisseau prend un malin plaisir à éviter ses malheureuses tentatives pour l’atteindre. Voici le supplice de Tantale, censé durer l’éternité.

 

Liens et analyses possibles

  • L’appétit vorace et le désir non contrôlé sont dangereux pour l’homme. Tantale, dans une dérive comparable à celle de personnages plus modernes tels que Dom Juan chez Molière n’arrive pas à contrôler ses désirs. Il a déjà un sort on ne peut plus enviable : il partage la table et l’amitié des dieux, mange les mêmes plats qu’eux. Ce n’est donné à aucun homme à part lui. Pourquoi ne peut-il donc pas s’arrêter ? Plusieurs analyses sont ici possibles mais une chose demeure sûre au final : c’est ce désir irrépressible, ce désir permanent de transgression qui va causer sa perte comme il a causé la perte du personnage de Molière des siècles plus tard. Dom Juan meurt emporté par la main du commandeur, sorte de représentation divine ou en tout cas surhumaine qui n’est pas sans rappeler la main de Zeus qui s’est chargée personnellement de châtier l’impie Tantale.
  • L’hybris est ce qui détruit l’homme. La plupart de vous ignorent sans doute ce que ce terme veut dire. Il s’agit pourtant d’un élément central de toute la mythologie grecque et qu’il peut vous être très utile de maîtriser. L’hybris désigne le péché ultime dans la Grèce antique, celui d’orgueil. L’hybris, c’est l’erreur de l’homme qui veut s’élever au-dessus de sa condition d’homme, atteindre les dieux. Allez lire l’excellent article que j’ai publié il y a un peu plus d’un an sur Bellérophon, il avait exactement rencontré ce même problème. Ici c’est exactement l’erreur dans laquelle tombe le personnage de Tantale. Il a déjà tout ce qu’un homme peut désirer, mais commet finalement l’irréparable. En tentant de tromper les dieux, il s’estime automatiquement supérieur à eux et cherche à les dépasser. Il quitte donc sa condition d’humain, devient du coup inhumain (faire cuire son fils au four avant de le servir en rôti, avouez que cela n’est pas courant). Sa perte est dès lors inévitable.
Julien Vacherot

Étudiant en seconde année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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