Demain est un autre conflit – Les tensions entre l’Arabie saoudite et le Qatar

Aujourd’hui est le jour du lancement d’une nouvelle rubrique qui vise à combattre un préjugé des plus tenaces pour la plupart des étudiants en classe préparatoire ECS qui étudient la géopolitique : le monde aujourd’hui est plus sûr qu’il ne l’était auparavant. Alors certes, le second et dernier conflit mondial remonte à 1945. Certes, jamais plus d’organisations internationales et ONG n’ont lutté pour maintenir la paix. Pourtant, force est de constater que des conflits continuent de pulluler. Premier épisode aujourd’hui de ce passage en revue avec le conflit méconnu opposant actuellement l’Arabie Saoudite et le Qatar.

 

La zone géographique

Un conflit très étonnant qui on le verra est finalement plus diplomatique et culturel que géographique ! Toutefois, il ne s’étend pas plus loin que le territoire des deux États                           

 

Les acteurs

Ils sont ici au nombre de deux concernant les acteurs principaux :

  • L’Arabie Saoudite : encore et toujours dirigée par la famille des Saouds et son représentant actuel Mohammed ben Salmane, le pays demeure aujourd’hui encore une monarchie pétrolière profondément ancrée dans la rente d’hydrocarbures, qui peine à diversifier ses sources de revenus.
  • Le Qatar : puissance ayant par son soft power (notamment dans le domaine du sport avec l’organisation de la prochaine Coupe du Monde de football en 2022) pris une dimension plus internationale depuis les années 1980, le Qatar est également une monarchie pétrolière dirigée par Tamid ben Hamad.

 

Les causes

  • Le conflit entre sunnites et chiites, et la nouvelle « guerre froide » qui couve au Proche et Moyen-Orient entre l’Iran et l’Arabie Saoudite : c’est sans doute la principale raison du conflit entre les deux puissances voisines. En effet, le régime saoudien s’oppose du point de vue religieux à son homologue iranien et les velléités des deux puissances font que celles-ci entretiennent donc des rivalités de plus ou moins grande intensité depuis plusieurs décennies. Le Qatar a souvent été accusé par son voisin saoudien de complaisance à l’égard de la puissance iranienne, notamment car les deux pays ont dans le détroit les séparant le premier gisement de gaz naturel mondial (le Nors Dome South Park).
  • Un duel entre deux puissances souvent concurrentes sur la scène internationale : les deux pays ont toutes les deux l’ambition d’acquérir un rayonnement sur la scène internationale, notamment par ce que Joseph Nye appelait le « soft power ».

 

Le conflit

  • On observe entre les deux états une montée des tensions depuis maintenant quatre ans dans une véritable crise diplomatique majeure. Tout commença après des propos élogieux de membres du gouvernements qataris au sujet de l’Iran. Dès lors, les saoudiens et leurs alliés des Émirats Arabes Unis décidèrent de couper leurs relations diplomatiques avec leur voisin du Qatar. Une supposée fuite d’emails en provenance de hauts gradés émiratis fit même craindre un temps une invasion du pays par les forces conjuguées des deux puissances.
  • Aujourd’hui, la crise continue même à une intensité moindre. Ainsi, un embargo terrestre sur le Qatar a été mis en place par l’Arabie Saoudite (la frontière entre les deux états étant en fait la seule frontière terrestre que possède le Qatar). De plus, certains projets fous ont été pensés depuis 2017. Par exemple, les autorités saoudiennes ont réfléchi pendant un temps à créer un gigantesque fossé entre les deux pays pour y laisser entrer la mer. Cela aurait eu comme effet immédiat de faire du Qatar… une île.
  • Autre point intéressant du conflit, cette fois plus économique et culturel, la guerre mené par l’Arabie Saoudite aux médias Qataris. Celle-ci prend sa source dans la politique d’ouverture menée par la chaîne qatarie Al Jazeera qui s’efforce d’offrir la parole à tous les acteurs du monde arabe, y compris aux chiites avec lesquels l’Arabie Saoudite est en conflit. A partir de là, au lancement de la chaîne Bein Sport, on vit apparaître une chaîne pirate : BeoutQ, retransmettant les programmes de la chaîne qatari. Deux points ont permis de relier ce média illégal au régime saoudien : premièrement, au vu des tensions existant à ce moment-là entre les deux états, le jeu de mot « BeoutQ » (« Dehors le Qatar ») laissait peu de doutes sur la nationalité du commanditaire de cette action. Mais surtout, le canal pirate était émis depuis les locaux d’une agence télévisuelle saoudienne… qui est la propriété personnelle de la famille de Mohammed ben Salmane.

 

Les enjeux

Les enjeux sont avant tout régionaux avec deux questions qui se posent :

  • 1- le Qatar pourra-t-il continuer éternellement à tenir tête à son encombrant voisin saoudien et continuer de s’affirmer comme une nouvelle puissance régionale ?
  • 3- Quel soutien peut apporter l’Iran à son allié de circonstances face au géant de la zone ?
Julien Vacherot

Étudiant en première année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

Vous pourriez aussi aimer
Vous pourriez aussi aimer :
Les fautes d'orthographe sont très préjudiciables en classe prépa. Découvrez dans cet article comment arrêter d'en faire !