Dictature espagnole : entre oubli et mémoire

Comme de nombreux autres pays, l’Espagne a connu un régime totalitaire : la dictature de Franco. Pourtant, il s’agit du seul pays qui n’a pas mené d’enquête sur les crimes commis pendant cette période (disparitions, personnes fusillées, camps de travail,..). En effet, dès la fin de la dictature et le début de la Transition, l’Espagne montre une volonté de rupture entre la dictature et la nouvelle monarchie mise en place.

 

La loi d’amnistie de 1977

Quelques années après le décès de Francisco Franco et le retour de Juan Carlos, le président du gouvernement Adolfo Suarez présente un projet de loi d’amnistie qui s’inscrit dans la continuité d’un premier décret d’amnistie publié en 1976. Ainsi, le 15 octobre 1977, la congrès adopte cette loi.

La loi de 1977 propose donc une amnistie pour les prisonniers et exilés politiques républicains mais aussi aux responsables des crimes commis pendant la dictature. Ces personnes deviennent donc intouchables. A travers cette loi, Suarez contribue à la Transition en créant un pacte de silence nécessaire à la reconstruction de la démocratie. Cette loi est toujours d’actualité aujourd’hui et continue d’empêcher la poursuites des crimes franquistes. En novembre 2017, IU (Izquierda Unidad) propose d’annuler la loi alors que Podemos et d’autres partis nationalistes proposent une simple modification qui n’aboutit à rien.

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La loi de mémoire historique de 2007

Cette fois-ci, le gouvernement socialiste de Zapatero se place du côté des victimes et fait voter une nouvelle loi. Cette loi vise à reconnaitre les victimes de la guerre civile espagnole et de la dictature. Ainsi, la gouvernement propose une aide financière pour les victimes et leurs familles, l’abandon des symboles franquistes sur les édifices publiques, la nationalité espagnole aux enfants, petits-enfants d’exilés espagnols (Ley de Hijos y Nietos) et aux brigadiers internationaux et enfin une transformation de « El Valle de los Caidos » en un lieu de mémoire de la guerre civile accompagnée par une dépolitisation du lieu. Pour aider les familles dans leurs deuils, le gouvernement promet d’aider les familles à identifier leurs proches dans les fosses communes et à les exhumer, ce qui a été un échec car sur plus de 3000 fosses, à peine 300 ont été réouvertes.

La droite ne cesse de critiquer cette loi et accuse l’opposition d’ouvrir d’anciens conflits qui ne mèneront qu’à une division de la population espagnole.

 

L’affaire Garzón

En 2008, le juriste Baltasar Garzón, connu pour avoir enquêté sur les dictatures d’Argentine et du Chili, enquête sur des disparitions survenues sous le régime de Franco et pendant la Guerre Civile. Les associations d’extrême-droite et pro-franquistes saisissent immédiatement la justice et montrent que les actions de Garzón vont à l’encontre de la loi de 1977 (parmi ces associations se trouve la Phalange). En parallèle, Garzón requalifie les crimes du régime franquiste de crimes contre l’humanité et poursuit Franco et les hauts fonctionnaires pour génocide. Des manifestations prennent part en Espagne entre les détracteurs de Garzón et ses défenseurs, mais finalement, il est acquitté en 2012 pour ces accusations. Cependant, il n’échappera pas à la justice espagnole, car il sera suspendu pendant 11 ans dans une autre affaire.

En parallèle, on peut noter les tentatives de l’Argentine de juger les crimes franquistes qui échoueront à cause du gouvernement espagnol.

 

La Loi de Mémoire Démocratique de 2020

En 2020, le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez fait voter une nouvelle loi qui vise à aider et reconnaître les victimes de la dictature et de la guerre civile afin de terminer quelconque exaltation autour de Franco.

Pour cela, la Loi de mémoire démocratique votée par le gouvernement permet d’interdire la Fondation Francisco Franco et toutes autres associations de culte de la dictature. En parallèle, elle promet l’exhumation des fosses communes et la transformation de « El Valle de los Caidos » en un cimetière civil. Pour le gouvernement, tous les restes de la dictature doivent disparaitre du pays.

Bien entendu, ce projet de loi entre dans la continuité de l’exhumation de Franco le 24 octobre 2019. La dépouille de l’ancien dirigeant avait été déplacée au cimetière de Mingorrubio sous les chants de ses derniers partisans qui exclamaient « Vive l’Espagne ! ».

Cette loi fait encore débat aujourd’hui et est toujours autant critiquée par la droite. Le gouvernement socialiste en vigueur essaye de maintenir ses promesses, mais l’exhumation des fosses communes semblent être une cause perdues tant la quantité est importante.

Le sujet ECRICOME 2020 LV2 reprend cette problématique.

 

Le vocabulaire
  • La Ley de Amnistía, la Ley de memoria histórica, le ley de memoria democrática
  • La intocabilidad de los franquistas, los presos políticos, los exiliados políticos
  • La supresión de los símbolos franquistas, las fosas comunes, el luto, despolitización
  • Recalificar, los crímenes de lesa humanidad, escapa, ser suspendido
  • Prohibir, la exhumación, el cementerio civil, los restos

 

A retenir

La volonté de l’Espagne de rompre avec la dictature et la guerre civile afin d’aider les victimes est une action largement défendue aujourd’hui par le gouvernement socialiste. Cependant, les vestiges de cette période historique sont nombreux : associations, monuments, partisans… Ainsi, le gouvernement essaye de mettre en œuvre une politique qui vise à détruire ces restes qui sont un symbole de la dictature franquiste.

Yovan Augeard

Après trois années de classe préparatoire au Lycée Voltaire d'Orléans (45), j'ai intégré l'EDHEC. J'oeuvre pour l'égalité des chances, et c'est pourquoi j'ai intégré l'équipe Mister Prépa.

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