EDF, sur le chemin d’une retanionalisation ?

« Je vous confirme aujourd’hui l’intention de l’État de détenir 100% du capital d’EDF« , a dit la Première ministre Élisabeth Borne lors de sa déclaration de politique générale mercredi 6 juillet devant les députés. Cette annonce de l’ancienne ministre du travail résonne comme une bombe dans la tête de certain. Penchons-nous dans cet article sur les enjeux de cette déclaration.

 

Historiquement

EDF a été créée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale car de nombreuses centrales sont à reconstruire. À cette époque, le gouvernement Français propose de nationaliser le gaz et l’électricité. La loi du 8 avril 1946 créée Électricité de France. 

Dix-sept ans après l’ouverture de son capital et son entrée en Bourse fin 2005 suite à l’ouverture à la concurrence de l’électricité, l’État est toujours actionnaire à près de 84%, les salariés à 1%. La France souhaite donc racheter la part des actionnaires privés (15%), ce qui devrait coûter environ cinq milliards d’euros. Sans compter, sans doute, un petit bonus de rachat aux actionnaires. Un bonus dont le montant n’a pas encore été évalué.

Après l’annonce de mercredi, l’action de l’entreprise bondissait à la Bourse de Paris. Le titre prenait 15,58 % à 9,07 euros vers 17 h 30, dans un marché en hausse de 2,1 %. Avant le discours, le cours était en net recul, de 5 %.

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La renationalisation 

Pourquoi cette renationalisation paraît-elle nécessaire ? Tout d’abord, parce qu’aujourd’hui EDF est très endetté : à 60 milliards d’euros, creusé encore par le plafonnement des prix de l’électricité ou la construction de son nouveau modèle de réacteur, l’EPR, dont l’installation à Flamanville (Manche) enregistre plus de dix ans de retard et dont le coût a quasiment quadruplé. Pour ne rien arranger, Bruxelles oblige EDF à vendre à prix réduit une partie de son énergie nucléaire à ses concurrents.

Cette montée au capital peut donc être un gage de confiance qui permettra d’obtenir des taux plus avantageux pour investir, mais également d’avoir totalement la main sur la gestion du groupe afin d’éviter de devoir rendre des comptes aux actionnaires minoritaires, qui peuvent par exemple réclamer des garanties sur la rentabilité des projets mis en œuvre. Ce rachat doit permettre à EDF de se refinancer pour mener à bien les importants projets engagés par le gouvernement, alors que la moitié des réacteurs du parc nucléaire français sont actuellement à l’arrêt, notamment à cause de problèmes de corrosion. Le chef de l’Etat avait ainsi annoncé en février la construction de 6 nouveaux EPR de nouvelle génération, dont la première mise en service est attendue en 2035 ou 2037, avec un coût estimé à plus de 50 milliards d’euros. 

De plus, Élisabeth Borne a martelé mercredi que « la transition énergétique passe par le nucléaire » reprenant la position adoptée dès cet hiver par le président tout en invoquant l’esprit de « souveraineté et d’indépendance énergétique ». Le nucléaire est « une énergie décarbonée, souveraine et compétitive. La transition énergétique passe par le nucléaire », a répété la Première ministre devant l’Assemblée.

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Le successeur 

Enfin, le processus de succession du président-directeur général, Jean-Bernard Lévy, est engagé. M. Lévy, dont le mandat devait prendre fin, au plus tard, le 18 mars 2023, compte tenu de la limite d’âge fixée par les statuts de la société, pourrait finalement quitter l’entreprise avant cette échéance. « Je souhaite que la nouvelle direction d’EDF soit opérationnelle dès la rentrée prochaine », a précisé e ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Il a ajouté : « Il faut que ce soit quelqu’un qui maîtrise les grands programmes industriels (…) et puis qui ait (…) aussi le sens du compromis. Avec les organisations syndicales, avec la Commission européenne, il va falloir qu’on trouve tous un compromis sur la transformation de cette entreprise »

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Pour conclure, cette renationalisation pourrait être une chance pour la France de s’investir dans la transition énergétique mais il ne faut pas être naïf car dans cette histoire, il ne faut pas « une nationalisation des pertes quand il y a eu une privatisation des profits » comme l’a dit François Ruffin. 

Damien Copitet

Je suis étudiant à SKEMA BS après deux années de classe préparatoire au lycée Gaston Berger (Lille). Nous nous retrouvons toutes les semaines pour l'actualité en bref

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