Élections polonaises 2023 : une épreuve pour l’Union européenne

Dans les prochaines semaines, les Polonais vont élire les députés de la Sjem, l’Assemblée nationale polonaise. À quasiment 9 mois des élections européennes, les enjeux du renouvellement de la Sjem du Dimanche 15 octobre dépassent largement les frontières de la Pologne.

 

Élections en Pologne : quel est le contexte électoral ?

Les deux principales forces en lice pour ces élections sont le Parti Droit et Justice (PiS), actuellement au pouvoir et la Plateforme Civique (PO). Les deux formations sont toutes deux dirigées par des anciens premiers ministres polonais. Du côté droit du spectre politique, le Parti Droit et Justice, dirigé par Jarosław Kaczyński défend un conservatisme nationaliste. Il est fondé sur le catholicisme, la famille, la natalité et le rejet de l’immigration. Le parti, qui détient la majorité à la Sjem depuis 2015, entend bien faire valider sa politique illibérale par ces élections. Au centre, la Plateforme Civique de Donald Tusk se présente comme europhile, libérale et centriste favorable à des avancées progressistes. Donald Tusk, ancien président du Conseil européen espère replacer la Pologne au cœur de l’Europe en restaurant la démocratie libérale et l’État de droit. Aussi, le contexte électoral polonais est particulièrement incertain alors que le pays traverse une polycrise sans précédent : guerre en Ukraine, chute de la natalité et émigration des jeunes, polarisation croissante de la société et crise énergétique. À quelques semaines des élections, la coalition au pouvoir (38%) dépasse encore de 7 points l’opposition (30%) selon les sondages de Politico EU.

 

Des élections loin d’être jouées d’avance dans un pays polarisé

La politique des années au pouvoir du PiS a achevé de lui aliéner la population progressiste des villes. En effet, sa rhétorique nationaliste et traditionaliste est peu appréciée parmi ces électeurs europhiles et sensibles aux valeurs occidentales. Aussi, les mesures controversées comme l’interdiction quasi-totale de l’avortement, l’autorisation de la création de zones « garanties sans idéologie LGBTQ+ » ou la primauté du droit national sur le droit européen accentue la défiance des urbains. Ainsi, le PiS s’appuie plutôt sur une base d’électeurs ruraux, catholiques et sceptiques vis-à-vis de la transformation rapide de la société polonaise au sein de l’Union européenne. Mais de nombreux Polonais ne sont pas de cet avis et voient ces élections comme leur dernière chance de rétablir l’État de droit et le libéralisme démocratique. En effet, ils craignent que les réformes judiciaires et constitutionnelles du gouvernement n’ancrent durablement la Pologne dans l’illibéralisme à la hongroise. À un mois des suffrages, ces élections sont déjà accusées de trucage dans un pays où l’emprise du pouvoir sur les médias est régulièrement désignée comme une atteinte au processus démocratique. Aussi, le gouvernement a tenté d’inculper le leader de l’opposition Donald Tusk pour « collaboration avec la Russie » à l’aide d’une loi sur l’influence russe, en mai dernier.

 

Quels enjeux pour l’Union européenne en Pologne ?

En trois décennies, la Pologne est passée de l’inefficacité de la planification communiste à un modèle économique parmi les plus dynamiques en Europe. C’est pourquoi le pays pèse de plus en plus sur la scène européenne. En effet, le pays compte 41 millions d’habitants et est donc le cinquième pays le plus peuplé de l’Union européenne. Aussi, le pays a longtemps affiché 5% de croissance annuelle du PIB même si la guerre en Ukraine l’a récemment fait entrer en récession. Depuis le Brexit, la Pologne est devenue un acteur incontournable de l’Union européenne formant, avec la France et l’Allemagne, le triangle de Weimar. Récemment, la Pologne s’est aussi distinguée par son accueil massif de réfugiés ukrainiens et son opposition sans faille à l’agression russe. Cependant, la Pologne est également porteuse d’un projet européen alternatif par son illibéralisme croissant et sa promotion des valeurs patriotiques, chrétiennes et traditionnelles. Ce projet gagne du terrain depuis la montée du populisme de droite en Europe. En effet, la Suède, la Finlande et l’Italie ont récemment fait entrer l’extrême droite au sein de leurs gouvernements tandis que l’AFD monte rapidement dans les sondages en Allemagne. Et cela malgré la lutte menée par les institutions européennes et par la cour européenne des droits de l’homme pour protéger l’avortement, l’État de droit, l’indépendance judicaire et le droit des minorités en Europe.

 

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Pour conclure, sans pour autant être une répétition générale des européennes du printemps 2023, les législatives polonaises à venir risquent de fortement impacter les rapports de forces idéologiques au sein de l’Union européenne.

Dorian Zerroudi

Rédacteur chez Mister Prépa, j'ai à coeur d'accompagner un maximum d'étudiants vers la réussite !

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