Géop’Récap : l’Actualité Géopolitique par SimONU

Poutine se pose en faiseur de paix dans le Caucase du Sud

Depuis le 27 septembre 2020, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se mènent une guerre sanglante au Haut-Karabakh. Ce territoire azerbaïdjanais séparatiste, soutenu par l’Arménie, a déjà fait l’objet d’une guerre entre ces deux voisins de 1988 à 1994. Un climat de méfiance s’est installé et se traduit par un réarmement massif des belligérants au fil des ans. Les tensions semblent s’être ravivées entre Erevan et Bakou, particulièrement depuis 2014, et une escalade de la violence est à constater. Cette guerre, appelée aussi seconde guerre du Haut-Karabakh, a interpellé la communauté internationale qui appelle, de façon unanime, à « la cessation immédiate des hostilités ». Ce conflit, reposant sur d’anciennes velléités, a provoqué la mort de milliers d’individus ainsi que le déplacement de milliers d’autres. Plusieurs appels à un cessez-le-feu ont incontestablement échoué.

Le 9 novembre 2020, un accord fut néanmoins signé entre le Premier Ministre arménien, Nikol Pashinyan, le président de la République d’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, et Vladimir Poutine ; un accord qui consacre la victoire militaire de l’Azerbaïdjan. Il stipule un cessez-le-feu immédiat dans la région, la restitution des terres azerbaidjanaises ainsi que les gains territoriaux (prise symbolique de la ville de Chouchi) à l’Azerbaïdjan, la fin du contrôle d’une partie du territoire par les Arméniens et le déploiement des forces russes dans la région. Un revirement de position surprenant du président arménien qui semblait, il y a encore quelques semaines, prêt à tout pour défendre son territoire et sa population. Cette décision de capitulation a provoqué une large colère parmi les Arméniens qui se sont sentis trahis. Pour Tigrane Yégavian, spécialiste du Caucase et du Moyen-Orient, cette guerre n’est autre qu’une « guerre de nettoyage ethnique » à l’encontre des Arméniens. Il illustre ses propos avec le message inquiétant du président azerbaidjanais, « j’avais dit qu’on chasserait les Arméniens de nos terres comme des chiens et nous l’avons fait », qui fait suite à l’accord. La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a d’ailleurs émis l’éventualité d’un « crime de guerre ».

Malgré son absence à la signature de l’accord, Erdogan s’est empressé de féliciter l’Azerbaïdjan pour sa victoire. Tout comme la Turquie, la France, les Etats-Unis et le Conseil Européen se sont retrouvés sur le banc de touche alors même qu’ils faisaient partie, avec la Russie, des médiateurs du conflit. Cette éviction traduit un échec sans appel de l’Occident et particulièrement de la France qui est la co-présidente du groupe de Minsk. Il faut tout de même souligner que ce conflit apparait à un moment propice, un moment où les Occidentaux sont affectés par la crise sanitaire du COVID-19 et par les élections présidentielles américaines.

Enfin, derrière l’intervention russe dans ce conflit en Caucase du Sud, se cache une ambition plus grande du Kremlin qui est de garder la main mise sur la région, de protéger ses intérêts et sa sécurité. Moscou est indéniablement la grande gagnante de cet accord entre les deux ex-Républiques soviétiques. En effet, la Russie joue d’une pierre deux coups : elle renforce ses liens avec l’Arménie qui est un territoire sanctuarisé par le système de défense russe et introduit des forces russes en Azerbaïdjan, un pays souvent perçu comme un satellite turc.

 

Pérou : destitution rime avec corruption

Martin Vizcarra est désormais l’ex-président de la République du Pérou. En mars 2018, il succédait à Pablo Pedro Kuczynski, accusé de corruption. Le 10 novembre dernier, il quittait à son tour la présidence sous fond d’accusation de corruption. Manuel Merino, son successeur est donc le troisième président du Pérou depuis 2016. Selon Kevin Parthenay, professeur de sciences politique à l’université de Tours, « la corruption est un problème structurel » et est « une très longue chaîne qui remonte à l’époque de l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) ». Ces propos illustrent ce phénomène de corruption particulièrement présent au Pérou. Sur 130 parlementaires – le pouvoir législatif est monocaméral- 69 font l’objet d’une enquête judiciaire pour blanchiment d’argent, corruption ou encore homicide. Ainsi, Vizcarra est apparu depuis son arrivée au pouvoir comme une menace aux yeux de nombreux parlementaires en voulant faire de la lutte anticorruption son cheval de bataille. Il a soutenu durant son (court) mandat une réforme sur l’éducation qui a mené à la fermeture de dizaines d’établissements privés dans lesquels certains parlementaires (qui ont voté sa destitution) donnaient des cours. De plus, en septembre 2019, il avait dissous le Congrès qu’il accusait de faire obstacle à la lutte anticorruption après les révélations de l’affaire Odebrecht –le géant du BTP brésilien- au cours de laquelle 4 ex-présidents péruviens ont été accusés de corruption ou de financements illégaux de campagnes électorales. Selon certains journalistes ou hommes politiques comme Gustavo Gorriti, la destitution de Vizcarra n’est rien d’autre qu’un « lynchage parlementaire » : le Congrès a voulu saper le pouvoir exécutif.

Revenons plus précisément sur cette destitution. En septembre 2020, Vizcarra avait déjà subi une tentative; désapprouvée par le Congrès, de destitution car il aurait incité des témoins à mentir dans le cadre d’une enquête sur la corruption. Mais en ce mois de novembre 2020, Vizcarra a subi une seconde tentative qui cette fois-ci a été fructueuse : 105 sur 130 parlementaires ont voté en faveur de sa destitution pour cause « d’incapacité morale permanente ». Entre 2011 et 2014, il aurait reçu 630 000 dollars de pots-de-vin pour des œuvres de travaux publics quand il était gouverneur de la région de Moquegua, au sud du Pérou. Seulement, cette destitution a été votée par le Congrès alors qu’aucune enquête judiciaire n’est encore ouverte. Vizcarra a annoncé qu’il ne lancerait « aucune action légale » pour lutter contre sa destitution. Des manifestations ont eu lieu à Lima dès l’annonce de la destitution, dénonçant un « coup d’Etat parlementaire » ou réclamant le départ de Merino. Avec au départ quelques centaines de manifestants dans la capitale, les effectifs ont grossis chaque jour. Ainsi, samedi 14 novembre, le nombre de manifestants s’élevait à plusieurs dizaines de milliers.  L’Etat s’est empressé de réprimer les manifestations (gaz lacrymogène, balles en caoutchouc). Au moins deux manifestants ont perdu la vie samedi. En contestation à ces violences policières, 10 des 18 ministres de Merino ont annoncé leur démission. Dimanche 15 novembre, les revendications des manifestants semblent avoir été entendues, c’est au tour de Merino d’annoncer sa démission.

La situation est aujourd’hui relativement inquiétante. Le pays est particulièrement touché par la pandémie. En effet, le Pérou compte 35 000 décès dus au virus ce qui en fait l’un des pays avec le plus grand nombre de morts en proportion de sa population. De plus, l’opinion publique (près de 80% selon certains sondages), une partie du monde entrepreneurial ainsi que de multiples intellectuels et politiciens ont estimé que Vizcarra aurait dû terminer son mandat jusqu’aux prochaines élections qui auront lieu en avril 2021 avant de subir une enquête sur ces éventuels cas de corruption. Selon eux, la bonne gestion de la pandémie ainsi qu’une reprise économique efficace sont les défis actuels que le pays doit relever en priorité. A noter également que la légitimité de ce nouveau gouvernement a été fermement mise en cause. En effet, la loi n’a pas été directement violée mais le Congrès semble avoir user excessivement et de manière abstraite la notion « d’incapacité morale » pour servir les intérêts de bon nombre de ses parlementaires. Merino a démissionné mais un climat d’instabilité politique plane toujours sur le Pérou.

 

RCEP : un accord majeur de libre-échange dans la zone asiatique

Qu’est-ce-que le Regional and Comprehensive Partnership dit “RCEP” ?

Le 15 novembre 2020, un accord majeur sur le libre-échange et la propriété intellectuelle a été signé à l’occasion d’un sommet virtuel de l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud Est). Cet accord a pour objectif d’établir des règles communes sur la propriété intellectuelle et surtout de créer une vaste zone de libre-échange en Asie de l’Est et dans le Pacifique. En effet, il prévoit d’éliminer 90% des barrières douanières entre 15 pays : les 10 de l’ASEAN (Indonésie, Thaïlande, Birmanie, Laos, Brunei, Malaisie, Cambodge, Philippines, Vietnam et Singapour) ainsi que la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le RCEP couvre un tiers de la population mondiale et représente 30% du PIB de la planète. Par comparaison, le marché unique de l’Union européenne couvre environ 6% de la population mondiale et représente 19% du PIB international. Entamées en 2012, les négociations s’étaient accélérées après le retrait des Etats-Unis en 2017 du TPP (Accord de partenariat transpacifique) en partie sous l’impulsion de la Chine qui voyait dans ce retrait américain une opportunité économique et stratégique considérable. Toutefois, les négociations ont été menées sous l’égide de l’ASEAN, une organisation régionale qui depuis des décennies a comme objectif principal l’ouverture et l’intégration économique de ses membres. D’ailleurs, l’Inde s’est retirée des négociations l’an dernier par crainte de voir son marché intérieur envahi de produits chinois à bas prix. La Chine s’est félicitée de la signature de cet accord qu’elle juge comme « une victoire du multilatéralisme et du libre-échange » et comme « un rayon de lumière et d’espoir au milieu des nuages » (Li Keqiang, Premier ministre chinois) pour les pays asiatiques signataires de l’accord encore touchés par la pandémie.

 

Quelle différence avec le CPTTP ?

Le RCEP concurrence le CPTPP («Comprehensive and Progressive Agreement on Trans-Pacific Partenership »), l’autre grand accord de libre-échange en vigueur dans la zone adopté en 2018 par 11 pays. En 2016, le TPP est signé. A l’initiative des Etats-Unis, il regroupait 5 pays d’Amérique (Etats-Unis, Canada, Pérou, Chili, Mexique) ainsi que 7 autres pays du Pacifique (Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Malaisie, Singapour, Vietnam, Brunei). Il avait pour objectif de faire contrepoids à la puissance économique chinoise dans la région. Mais après le retrait de Trump du TPP en 2017, les autres membres ont consolidé l’accord. Cela a ainsi mené à la signature du CPTPP. Celui-ci n’est pas qu’un simple accord de libre-échange, il va plus loin en termes de normes sociales et environnementales. C’est en cela que le RCEP se montre comme un concurrent du CPTTP. En se concentrant presque exclusivement sur l’abaissement des barrières douanières et non pas aussi sur les normes sociales et environnementales comme son rival, il se montre plus attirant pour les Etats car les concessions politiques que ceux-ci doivent faire sont bien plus faibles qu’avec le CPTPP.

 

 La présence de la Chine ne rassure pas tous les pays signataires du RCEP

La question principale que pose la présence de la Chine dans cet accord est : quel rôle va-t-elle jouer ? Après le retrait américain du TPP, on peut craindre que la Chine profite du champ libre en Asie du Sud-Est pour imposer son leadership économique. Le RCEP pourrait s’avérer être une opportunité en or pour qu’elle y parvienne. C’est pourquoi les pays asiatiques restent tout de même méfiants vis-à-vis de Pékin. En effet, les principales puissances de la zone telles que le Japon ou encore l’Australie ne souhaitent pas laisser la mainmise économique à la Chine en Asie du Sud-Est. La persistance du CPTPP est donc pour eux un moyen de faire contre-poids à la puissance chinoise. D’ailleurs, selon le spécialiste de l’Asie Barthélémy Courmont, ils seraient sans doute favorables à ce que Joe Biden se rapproche du CPTPP -ce qui est une éventualité – car cela leur permettrait de « mieux résister face à Pékin ».

Dorian Zerroudi

Directeur de Mister Prépa et étudiant en stratégie, j'ai à coeur d'accompagner un maximum d'étudiants vers la réussite !

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