Quels sont les enjeux démographiques actuels ? (2/2)

Le monde est en constante évolution, et les enjeux démographiques occupent une place de plus en plus centrale dans les débats et les préoccupations globales. Parmi ces enjeux, le vieillissement de la population et la baisse de la fécondité sont des facteurs majeurs qui influencent profondément nos sociétés. Dans cet article, nous examinerons les causes et les conséquences de cette baisse de la fécondité, en nous penchant sur les aspects économiques et culturels qui la sous-tendent.

 

Vous pourrez trouver l’article sur concernant le vieillissement de la population juste ici : Quels sont les enjeux démographiques actuels? (1/2)

 

La baisse de la fécondité correspond à la baisse du taux de fécondité. L’INSEE définie le taux de fécondité à un âge donné (ou pour une tranche d’âges) comme : « le nombre d’enfants nés vivants des femmes de cet âge au cours de l’année, rapporté à la population moyenne de l’année des femmes de même âge ».

D’après une études récente de santé publique France, le nombre d’enfants qui naissent chaque année baisse de façon régulière. « En 2020, 740 000 bébés sont nés en France contre 753 000 bébés en 2019 et 759 000 en 2018. Cependant en 2021, malgré le contexte pandémique, 742 100 enfant sont nés et cette augmentation est observée après 6 ans de baisse. En 2022, le nombre de naissances repart à la baisse avec 723 000 bébés nés en France, soit 19 000 de moins qu’en 2021. »

La baisse de la fécondité est devenue l’un des enjeux démographiques les plus préoccupants de notre époque. Cette tendance mondiale a des implications profondes sur les sociétés contemporaines. Voici deux causes principales pouvant expliquer une telle tendance à la baisse:

 

1 – La Décision de fonder une famille découle aujourd’hui d’un calcul coûts/avantages

L’économie familiale joue un rôle central dans la décision de devenir parent. Cette décision est souvent le résultat d’un calcul coûts/avantages. Dans les sociétés agricoles traditionnelles, avoir des enfants avait des avantages tangibles, car les enfants contribuaient au travail agricole dès un jeune âge, fournissant ainsi un soutien économique à la famille. Cette idée selon laquelle l’on pourrait expliquer cette décision à la suite d’un calcul coût/avantage trouve son origine dans l’ouvrage de Gary Becker « Treatise on the Family » publié en 1981. Selon lui, l’ensemble des choix individuel tels que les naissance, le nombre d’enfants, mais aussi les mariages et les divorces, proviennent en réalité de choix rationnels.

L’arbitrage qualité/quantité, formulé par Gary Becker et Jacob Mincer en 1973, est une théorie économique qui examine la décision des familles quant au nombre d’enfants à avoir. Le paradoxe au cœur de cette théorie réside dans le fait que, contrairement à l’intuition économique, un revenu familial plus élevé ne conduit pas nécessairement à une fécondité accrue. Historiquement, les pays développés ont vu une croissance économique accompagnée d’une baisse de la fécondité, ce qui semble paradoxal.

Ce paradoxe s’explique principalement par le concept de « coût des enfants » que Becker introduisait déjà en 1960. Selon cette théorie, élever des enfants entraîne des coûts tangibles (éducation, santé, etc.) et intangibles (temps, opportunités sacrifiées). Un revenu plus élevé offre certes la possibilité de subvenir aux besoins de plus d’enfants, mais il accroît également les dépenses liées à leur éducation et leur bien-être (et notons que les dépenses liées à l’éducation, aux activités extra-scolaires et à la santé ont considérablement augmenté). En conséquence, de nombreuses familles choisissent de privilégier la qualité de vie des enfants existants, en investissant davantage dans leur éducation et leur développement, plutôt que d’avoir un grand nombre d’enfants sans pouvoir leur offrir les mêmes opportunités. Cette tendance est observée tant dans les pays développés que dans de nombreux pays en développement, illustrant ainsi comment le calcul coûts/avantages influence les choix familiaux en matière de fécondité.

 

2 – L’influence culturelle

La baisse de la fécondité n’est pas seulement le résultat de considérations économiques, elle est également profondément enracinée dans des évolutions culturelles. Les femmes ont désormais un accès accru à l’éducation dans le monde entier. Cette éducation les émancipe, les rendant maîtres de leurs propres corps et de leurs choix de vie. De plus, elles refusent de se définir uniquement par leur rôle de mère.

Daniel Cohen a souligné que la baisse de la fécondité peut être en grande partie attribuée à la diffusion médiatique d’un modèle culturel unique. Les médias et la mondialisation ont contribué à la diffusion de ce modèle qui valorise l’accomplissement personnel, la carrière et l’autonomie, souvent au détriment de la maternité précoce. En effet, dans son ouvrage 3 Leçons sur la société post-industrielle, explique que femmes du monde entier voient à la télévision le modèle de vie des femmes occidentales et veulent s’y aligner : « La télévision brésilienne s’est révélée beaucoup plus forte que l’Église, qui est pourtant parvenue à bloquer le planning familial ».

Ce changement culturel a eu un impact significatif sur les taux de natalité, car de nombreuses femmes retardent leur décision d’avoir des enfants, parfois même au-delà de leur période de fertilité optimale. Le contrôle des naissances et l’accès accru à la contraception ont également joué un rôle clé dans la réduction du nombre d’enfants par femme. On observe en effet que l’âge de primipare (âge auquel une femme va accoucher pour la première fois) ne cesse de reculer :

Âge moyen de la mère à l’accouchement de 1994 à 2022 selon l’INSEE :

primipare

  • Note : données 2020 à 2022 provisoires arrêtées à fin novembre 2022 ; âge calculé pour une génération fictive de femmes qui auraient à chaque âge la fécondité observée pour les femmes du même âge l’année considérée.
  • Lecture : en 2022, l’âge moyen de la mère à l’accouchement atteint 31,0 ans.
  • Champ : France hors Mayotte jusqu’en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.

 

Conclusion

La baisse de la fécondité est un enjeu démographique complexe qui mélange des facteurs économiques, culturels et sociétaux. Cette tendance mondiale a des implications profondes pour nos sociétés. Les familles modernes sont confrontées à un calcul délicat des coûts et des avantages liés à l’éducation des enfants, tandis que les femmes continuent de redéfinir leur rôle dans la société.

Pour faire face à ce défi démographique, il est essentiel que les gouvernements et les décideurs politiques comprennent les causes de la baisse de la fécondité et mettent en place des politiques qui soutiennent les familles tout en respectant les choix individuels. L’équilibre entre l’autonomie des individus et les besoins de la société en matière de renouvellement de la population est un défi complexe, mais il est essentiel de le relever pour assurer un avenir démographique stable et prospère.

 

En plus :

Laura Bertal

Actuellement étudiante en 1ère année à l'ESSEC et après deux années de classe préparatoire au lycée Ampère à Lyon en ECE, j'espère pouvoir contribuer à votre réussite !

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