ESH ESCP/ SKEMA 2021 – Analyse du sujet

Découvre sans plus attendre l’analyse du sujet d’ESH ESCP/ SKEMA 2021 du concours. C’est une épreuve à ne pas louper pour les ECE !

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Analyse du sujet

L’épreuve d’ESH de l’ESCP/SKEMA est sans doute l’une des plus importante pour les ECE, en cela qu’elle compte pour un très grand nombre d’écoles : ESCP, EM LYON, AUDENCIA, GEM, SKEMA…etc. Le sujet mis à l’honneur cette année était l’inflation avec une formulation un peu déroutante, et non sous forme de question (très rare à l’ESCP) : Un monde sans inflation. Au coeur de l’actualité, ce sujet faisait appel au chapitre sur l’inflation et à celui sur la politique monétaire (avec les banques centrales notamment). Retrouve ici une proposition de corrigé ! 

Le sujet « Un monde sans inflation » semble être dans l’actualité du moment avec le plan de relance américain de Biden qui a causé la crainte d’un retour de l’inflation en dopant la demande sans améliorer les conditions de l’offre. Le sujet est plutôt simple dans le fond et renvoie notamment aux chapitres sur les déséquilibres économiques. Le sujet est cependant plus complexe dans la forme. Il s’agit de bien problématiser le sujet pour le traiter de la manière la plus exhaustive.

 

Problématique possible : Faut-il réellement craindre un monde sans inflation ? 

On rappelle ici que craindre a deux sens : est-ce que l’on voit un monde sans inflation et doit-on avoir peur d’un monde sans inflation ?

Accroche : Le plan de relance de plus de 2000 milliards de dollars de Biden a fait émerger la thèse d’un retour en puissance de l’inflation, pour autant il semble que cette thèse puisse être largement nuancée avec l’histoire récente.

 

I- Si on semble assister de manière structurelle à un monde sans inflation…

A) La Théorie quantitative de la monnaie en échec : Un monde sans inflation malgré la création monétaire

Chavagneux dans un article de septembre dernier qui s’intitule « Ces 10 lois qui ne fonctionnent plus en économie », montre qu’une de ces grandes 10 lois invalidées est la théorie quantitative de la monnaie. Forgée par Bodin puis Hume et popularisée par Fisher cette théorie permet d’entrevoir un lien étroit entre la masse monétaire et l’inflation. Ainsi, en supposant la vitesse de transaction et le volume des transactions stables, on aperçoit qu’une hausse de la masse monétaire provoque une hausse de l’inflation. C’est l’avis de Hume avec sa fameuse histoire de la nuit de Hume qui nous dit que si la masse monétaire est doublée dans la nuit alors le prix du pain le lendemain sera deux fois plus cher. Pour autant aujourd’hui une corrélation est assez frappante, on n’a jamais créé autant de monnaie et on n’a jamais eu si peu d’inflation. Dans « La liquidité incontrôlable » en 2010 Artus & Virard montrent que depuis la crise de 2008 la base monétaire augmente au rythme de 30% par an et sur la même période l’inflation peine à dépasser les 1%. Ainsi les moyens conventionnels étant en échec, on pourrait peut-être affirmer que l’on est bien rentré dans un monde sans inflation.

B) Des facteurs démographiques et salariaux structurels semblent aussi montrer que l’on est dans un monde sans inflation :

Patrick Artus dans « 40 ans d’austérité salariale » en 2020 montre que le manque d’inflation aujourd’hui ne peut pas être rattrapé par la politique monétaire non conventionnelle. En effet, selon lui la réelle raison de notre monde sans inflation est le manque de demande lié à une certaine austérité salariale. En effet la période de grande modération a fait rentrer le monde dans une période de modération salariale où les salaires n’augmentent plus. Or si les salaires n’augmentent pas, pas de hausse de la demande. Comme le dit Olivier Passet dans une vidéo Xerfi en février 2021 « Le silence assourdissant des économistes », le manque de demande structurelle s’accompagne d’une surproduction qui semble aussi structurelle, la surproduction ayant alors des pressions déflationnistes. Cette dynamique est entretenue par les taux d’intérêts faibles qui selon Böhm-Bawerk dans « Capital & interest » incitent les entreprises à investir dans des biens de production les rendant encore plus productives et donc créant une surproduction plus importante. Enfin, on peut aussi expliquer ce manque de consommation par la tendance démographique. En effet on assiste depuis plusieurs années à un fort vieillissement de la population et à un recul de la natalité. Or nous savons en vertu du cycle de vie de Modigliani que le vieillissement de la population est synonyme d’une épargne très importante, et ce que les gens épargnent, ils ne le consomment pas (Y = C+S). Ainsi ces facteurs nous font alors entrevoir un monde sans inflation.

 

C) Le COVID a peut-être ramené l’idée d’un monde avec inflation :

Comme nous l’avons dit en accroche, le plan Biden qui au final serait bien plus important si l’on compte le deuxième plan qui est censé améliorer les infrastructures. Ainsi selon Grjebine dans « L’Europe peut-elle sortir de sa léthargie » en avril 2021 l’investissement étatique va s’élever à environ 5 000 milliards de dollars. Ce plan de relance pourrait alors doper la demande sans améliorer la productivité des entreprises. Ainsi, en augmentant la demande et en faisant stagner l’offre, on pourrait assister à un retour de l’inflation (graphique offre-demande). Le COVID a aussi fait apparaître une certaine inflation selon Aude Martin dans « Faut-il craindre le retour de l’inflation » en octobre 2020. Il y a par exemple une forte inflation sur les produits frais de l’ordre de 18%, cette inflation est pour l’instant cachée par la déflation à l’œuvre dans le secteur de l’énergie (pétrole). En outre, il y eut une inflation sur d’autres marchés tel que le marché de l’immobilier ou le marché de l’art.

 

II- Ce monde sans inflation a certaines vertus

A) Les expériences historiques de monde inflationniste ne sont pas des bons souvenirs :

Le problème d’un monde inflationniste, c’est qu’il sape la productivité, crée du chômage. En effet, l’augmentation des coûts causée par une inflation galopante va se répercuter sur les prix des entreprises, c’est un effet perroquet selon Bezbakh dans « Inflation et désinflation » en 2006. Ainsi, cela peut baisser le surplus du consommateur pour reprendre l’expression de Marshall (sauf si l’inflation se répercute aussi sur les salaires), ce qui n’est pas quelque chose de souhaitable. Cette perte de compétitivité des entreprises peut donc être dommageable et notamment en termes d’emploi. C’est ce que montre Antonin dans « Le monde à l’épreuve du pétrole cher ». Sous forme de tensions géopolitiques entre pays de l’OPEP et pays développés, on assiste à une inflation gigantesque du pétrole. Selon elle cette inflation pétrolière se répercute sur les coûts des entreprises et crée toutes les conditions pour qu’il y ait des licenciements massifs. Comme le montre Jean Marc Daniel dans un article sur la courbe de Phillips, elle devient croissante pendant le premier choc pétrolier, c’est-à-dire que contrairement aux thèses de Lipsey Samuelson & Solow, l’inflation n’est plus une solution mais un problème pour l’emploi.

B) Ainsi, le monde avec inflation est souvent un monde avec des crises :

Le problème de l’inflation, outre ce que l’on a dit dans le A, c’est qu’il faut savoir la contrôler. En effet beaucoup de pays ont eu du mal à contrôler l’inflation. C’est d’ailleurs pourquoi Friedman dans « Inflation et système monétaire » en 1967 déclare que « L’inflation est comme l’alcool, on se sent bien au moment où on consomme mais on a mal à la tête en se réveillant le lendemain ». C’est bien ce qu’il s’est passé au sortir de la première guerre mondiale, le monde connut pour la première fois l’Hyperinflation que Keynes raconte dans « A tract on Monetary reform » en 1923. Il explicite notamment la situation allemande qui est désastreuse et qui dévaste le pays (Une plaquette de beurre valant 3 milliards de Marks), l’Allemagne a d’ailleurs toujours aujourd’hui du mal avec l’inflation. En effet, des exemples plus contemporains nous montrent aussi que l’inflation est bien un problème. Dans « Venezuela, 1 000 000% d’inflation »Emmanuel Combe montre que la crise d’hyperinflation vénézuélienne est causée entre autre par la mauvaise utilisation de l’inflation pour alléger le fardeau de la dette publique.

On est ici dans des crises d’hyperinflation mais on pourrait aussi parler des crises financières car qu’est-ce qu’une crise financière, si ce n’est une trop grande inflation financière, comme on l’a vu avec la crise des Subprimes. La crise est en partie dûe à une inflation trop importante sur les marchés de l’immobilier qui a un moment fut trop importante et a entraîné une remontée des taux d’intérêts (Moment Minsky).

 

III- Et pour autant on ne peut que souhaiter le retour d’un monde avec inflation :

A) Un monde avec inflation peut être un monde connaissant une croissance vigoureuse (à condition qu’elle soit maitrisée) :

En effet la période des 30 Glorieuses voit un monde inflationniste mais sans aucune gravité. Selon Carré, Dubois & Malinvaud dans « La croissance française », 1972, la France connait des taux d’inflation proche des 50% dans les années 1950 avec la vigueur des politiques économiques mises en place. Les fameuses politiques keynésiennes de Stop & Go que l’on pourrait représenter à l’aide du modèle ISLM de Hicks (1937). Cette inflation galopante durant les 30 Glorieuses a permis à beaucoup de pays d’alléger le fardeau de la dette héritée de la seconde guerre mondiale, ce qui constitue à coup sûr une force de l’inflation. En outre, cette inflation permettrait de retrouver une économie tournée vers la production. En effet selon Keynes dans sa « Théorie générale » (1936) l’inflation permet d’euthanasier les rentiers. Normalement l’inflation baisse les dépenses réelles car le salaire est indexé sur l’inflation alors que les dépenses sont fixes (exemple du loyer). Ainsi l’inflation peut permettre d’avoir une économie plus productive. En dernier lieu l’inflation permet d’éviter le cercle vicieux de la déflation que théorie Fisher dans « The great debt deflation » en 1933. On sait que lorsque l’on rentre en déflation, il est très compliqué d’en sortir comme l’atteste le cas du Japon qui malgré le quantitative easing n’a pas réussi à sortir de la crise…

 

B) Aujourd’hui le monde avec déflation est plus dangereux que le monde avec inflation :

On met en œuvre aujourd’hui certaines réformes pour pouvoir retrouver l’inflation par exemple Aude Martin dans « Petite révolution à la FED » reprend le discours de la FED d’octobre dernier en disant que le principal objectif de la FED était le retour au plein-emploi et que l’on pouvait se permettre de laisser filer l’inflation jusqu’à 4-5% si jamais il y en avait. En effet aujourd’hui nous sommes statistiquement à moins de 1% d’inflation ce qui veut dire si l’on se rappelle l’effet Boskin que nous sommes sans doute en déflation aujourd’hui. Ainsi il faut continuer dans cette perspective, les plans de relance aideront sans doute à recréer de l’inflation sauf s’ils sont bloqués comme dans l’Union européenne… En effet selon Buiter & Sibert dans « Deflationary Bubbles » en 2007, la déflation est une situation bien plus dramatique que l’inflation. Ainsi à voir si l’habitus consistant à avoir peur de l’inflation et donc vouloir la limiter à travers ce que l’on appelle les politiques monétaires stérilisées reprendra après la crise. La seule façon pour la politique monétaire de recréer de l’inflation est sans doute de l’utiliser comme une politique budgétaire, c’est-à-dire redonner directement de l’argent aux ménages à travers le drone monétaire proposé par Couppey Soubeyran dans son rapport à l’institut Veblen en 2020. En créditant le compte des agents directement, cela pourrait permettre d’augmenter la consommation et de retrouver un monde avec l’inflation.

Enfin, un moyen d’éviter la déflation serait tout simplement de prévenir l’inflation financière c’est-à-dire la formation de bulles spéculatives pour cela Lent & Lowe en 1997 proposent une réforme de la règle de Taylor pour qu’elle prenne en compte l’évolution des prix des actifs financiers pour éviter la déflagration déflationniste de l’explosion d’une bulle spéculative.

Léo Bedenc

J’ai intégré emlyon business school après avoir effectué une prépa ECE à Bordeaux, étant passionné d’économie, j’interviens principalement dans cette matière.

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