ESH ESCP/ SKEMA 2022 – Analyse du sujet

Découvrez sans plus attendre l’analyse du sujet d’ESH ESCP/ SKEMA 2022 du concours. C’est une épreuve à ne pas louper pour les ECE !

Cette épreuve fait partie de celles ayant les coefficients les plus élevés pour les différentes écoles ! 

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L’analyse du sujet d’ESH ESCP / SKEMA 2022

Nous voilà déjà face au dernier sujet d’ESH pour ces concours 2022. Cette année le sujet co-conçu par l’ESCP et SKEMA sous la houlette d’Emmanuel Combe aura fait la part belle au programme de première année. Il est intéressant de rappeler qu’Emmanuel Combe avait publié une chronique sur son blog en 2021 concernant la possible 4ème Révolution technologique autour de l’intelligence artificielle.  Cela confirme alors une tendance de moyen-terme qui fait des sujets ESCP-SKEMA depuis 4 ou 5 ans, un sujet à dominante première année (le sujet 2021 sur l’inflation faisant alors figure d’exception). Ce sujet est un sujet plutôt classique mais il présente au moins deux difficultés. La première a évidemment trait au module du programme qu’il interroge. Un sujet qui se porte de manière quasi-exclusive sur la première année (module 2) peut poser un problème pour les candidats qui ont donné une importance particulière au programme de deuxième année (il faut alors rappeler aux différents candidats que les impasses ne sont pas des solutions envisageables en ESH car toute partie du programme peut faire l’objet d’un traitement exclusif lors d’un sujet de concours). Deuxièmement, le sujet est pour l’une des premières fois au concours BCE un sujet « descriptif » car il commence par le mot « Comment ». Le Comment invite ici à multiplier les liens entre révolutions technologiques (ou industrielles) et croissance économique. Dès lors, il fallait se demander par quels canaux les révolutions technologiques exerçaient/exercent voire exerceront une influence sur la croissance économique. Il est aussi possible d’envisager le comment comme « Dans quel sens ». Est-ce que les Révolutions technologiques ont toujours eu un impact sur la croissance économique (pas d’influence ou faible influence de la 3ème RI sur la croissance économique au sens de Perroux car, les gains du numérique n’ont pas forcément été matériels). En outre, cet impact fut-il toujours positif ? Il est souhaitable de parler de chômage technologique (comme étant une source de croissance atone). Plus généralement les travaux sur la stagnation séculaire sont utiles (Gordon, Summers, Keynes en son temps, Hansen…) pour montrer que les révolutions technologiques ont impacté la croissance économique par le passé mais qu’aujourd’hui les révolutions technologiques tendent à devenir des changements technologiques car « les arbres ne peuvent pas monter jusqu’au ciel » (Gordon). Une fois ces questions étudiées, il pouvait être opportun de traiter dans une dernière partie (ou dans une conclusion) la question de la fréquence des Révolutions technologiques. Nous avons aujourd’hui besoin de retrouver une croissance pérenne pour financer des politiques structurelles ambitieuses (pouvoir d’achat, scolaires…). Cette croissance pourrait passer par une nouvelle Révolution technologique. Néanmoins, une telle Révolution doit faire l’objet de conditions préalables (réindustrialisation par exemple qui est le cœur de la croissance économique selon Artus & Virard en 2011 dans « La France sans ses usines »).

 

Analyse du sujet :

 

Accroche possible : Simon Kuznets : « Dans de nombreuses industries, il arrive un moment où les conditions techniques de base sont révolutionnées. Lorsqu’un changement aussi fondamental se produit, une nouvelle ère commence ». Cette citation retranscrit bien le phénomène de Révolution technologique (passage radical d’une ère à une nouvelle basé sur les technologies radicales : machine à vapeur, électricité, NTIC, IA aujourd’hui ?).

Comment : Par quels moyens, par quels canaux. Le comment peut aussi avoir un sens positif/ou négatif. Les Révolutions technologiques peuvent ne pas avoir d’influence ou alors en avoir une positive/négative.

 

Définition Révolution technologique : Processus de destruction créatrice basé souvent sur une innovation de rupture qui fait émerger de nouveaux secteurs porteurs et impacte durablement les structures économiques et sociales. On en compte 3 principales dans l’histoire : La Révolution industrielle de la fin du 18ème-début 19ème basée sur la machine à vapeur et le métier à tisser, La révolution de l’électricité (fin 19ème), la révolution des NTIC (Milieu du 20ème siècle). Il y a aujourd’hui débat concernant une 4ème Révolution technologique qui se baserait sur l’intelligence artificielle.

 

Influe : Impact. Les Révolutions technologiques ont des conséquences sur la croissance.

 

Croissance économique : Selon Kuznets, la croissance économique est la capacité pour un pays à offrir à sa population une gamme sans cesse élargie de biens économiques : cette capacité se fondant sur le progrès technique et sur la qualité des institutions. Évidemment la définition de Perroux convient aussi tout à fait.

 

Problématique : Par quels canaux les Révolutions technologiques ont un effet sur la croissance économique ? Les Révolutions technologiques influencent-elles toujours positivement la croissance ?

 

I- Les Révolutions technologiques influent de manière positive sur la croissance économique par plusieurs canaux :

 

A) L’apparition d’innovations de rupture vient améliorer la productivité du travail :

 

– 1ère RI : Navette volante de Kay en 1733 (amélioration de la productivité du tissage de 30%), La Waterframe de Arkwright en 1767 (métier à tisser hydraulique), impression mécanique de tissus inventée par Bell (1783). Invention du Chlore qui permet de blanchir plus efficacement les tissus (Scheele, 1774) Cugnot invente l’ancêtre de la locomotive en 1770 avant qu’elle ne soit perfectionnée par Trevithick. Et surtout l’invention de la machine à vapeur par Watt en 1769.

– 2ème RI : L’invention de l’électricité par Edison à la fin des 1870’s.

Choc d’offre positif : Déplacement vers la droite de la courbe OG dans le modèle OGDG (augmentation de la production industrielle).

– En outre, si hausse de la productivité des salariés, alors on peut imaginer que les salaires suivent les gains de productivités (notamment lors de la 2ème RI : Compromis fordiste), ce qui permet d’améliorer la demande : DG se déplace alors aussi vers la droite.

Rostow, « Les étapes de la croissance économique », 1960 : Ces innovations de rupture coïncident bien avec le démarrage de la croissance économique (take-off) dans les PDEM.

 

B) Cela va provoquer destruction créatrice, innovations en grappe et mobilité sociale : 3 facteurs de croissance économique :

 

Schumpeter, « Théorie de l’évolution économique », 1912 : Le principal facteur de croissance est la destruction créatrice. En mettant en place ces innovations de rupture des goulets d’étranglement vont apparaître, cela va alors « assainir » l’économie et lui permettre d’accroître sa croissance effective et potentielle par l’apparition d’innovations secondaires. L’innovation de rupture est à la base des grappes d’innovations.

Aghion, « Le pouvoir de la destruction créatrice », 2021 : Ford avait remarqué qu’il était utile d’utiliser l’électricité d’Edison pour miniaturiser les moteurs et transporter l’énergie dans des fils. Cela lui a permis de gagner en productivité et d’améliorer son offre.

– On peut penser aux ventes sur internet pour la 3ème Révolution technologique.

– Que ce soient des innovations de rupture ou secondaires, le progrès technique reste bien le principal facteur de croissance notamment dans le modèle de Solow, « A contribution to the theory of economic Growth » (1957) bien qu’il ne l’explique pas (une manne tombée du ciel).

– Finalement l’innovation est tant un fait économique que social : Les Révolutions technologiques rebattent les cartes selon Schumpeter car les innovateurs ne sont pas les mêmes d’une génération à l’autre. La destruction créatrice améliore la productivité mais permet aussi la mobilité sociale des élites. Les études aujourd’hui montrent que la mobilité sociale est un facteur de croissance (Thèse des Einsteins perdus de Jaravel, Courbe de Gatsby Le Magnifique).

C) En outre, les Révolutions technologiques peuvent aussi agir sur le stock de capital : facteur important de croissance (croissance endogène) :

– Les révolutions technologiques créent de la complexité qu’il est important de savoir manier. Une innovation n’a pas de sens si personne ne sait s’en servir. Le rôle de l’institution scolaire est donc de s’adapter aux découvertes et aux besoin de la société selon Durkheim dans « l’évolution pédagogique en France », 1938.

– Les Révolutions technologiques vont engendrer alors une hausse du capital humain or cette hausse de capital humain est facteur de croissance selon Lucas dans « On the mechanics of economic development » (1988).

 

II- Néanmoins, les Révolutions technologiques ont aussi pu influencer négativement la croissance économique dans une certaine mesure ou alors ne pas avoir d’effets sur celle-ci :

 

A) Le chômage et la misère technologique : un facteur réducteur de croissance :

 

– Les Révolutions technologiques ont souvent été mal perçues dans l’histoire (refus de brevet pour une machine à tricoter de William Lee par Elizabeth I car elle craignait que cela mette des ouvriers au chômage). Manifestations des Canuts

Keynes, « Lettre à nos petits enfants », 1930 : Crainte du chômage technologique.

– D’après le coefficient d’Okun : Plus de chômage = Moins de croissance car moins de consommation.

Rifkin, « La fin du travail », 1997 : Réactualise le chômage technologique en rapport avec la 3ème Révolution technologique + Conditions difficiles (multitude mal payée du tertiaire).

Villermé, « Tableau de l’état physique et moral des ouvriers des manufactures de coton, laine et soie », 1840 : Les masses travaillant dans l’industrie vivent dans des conditions économiques et sanitaires déplorables. Ils vivent en outre dans un entre-soi qui inquiète les élites : la classe laborieuse est la classe dangereuse (délinquance). Ces conditions ne sont pas de nature à tirer la demande à la hausse. En outre pas de cohésion sociale ni de confiance qui sont des facteurs de croissance (K. Arrow).

B) La 3ème RI : un influence marginale sur la croissance économique au sens de Perroux :

 

– Paradoxe de Solow : « Les ordinateurs sont partout sauf dans les statistiques du PIB ». La révolution numérique ne s’est pas traduite par des taux de croissance bien plus élevés qu’avant.

Aghion, « Le pouvoir de la destruction créatrice », 2021 : « L’augmentation de la variété, l’amélioration des délais de livraison et un service client personnalisé sont d’autres services qui sont peu pris en compte dans les statistiques de productivité ». Limite du PIB : Ne prend pas bien en compte la production immatériel.

Gordon, « Is US economic Growth over », 2014 : Les nouvelles Révolutions technologiques influencent la croissance à la marge car elles sont le fruit de découvertes de plus en plus marginales. Passer de la voiture à la voiture électrique n’est pas aussi porteur en termes de croissance que passer de la calèche à la voiture.

– Cohen, « Le monde est clos et le désir infini », 2015 : Le monde est fini, et il faut accepter que les Révolutions technologiques tendent à avoir de – en – d’influence sur la croissance. La société du numérique est sans croissance.

– Enfin, certaines conséquences des Révolutions technologiques sont de nature à peser sur la croissance (Krach boursier de 2001 du NASDAQ lié au NTIC par exemple).

 

C) La 4ème RI permettra-t-elle de retrouver le lien entre Révolution technologique et croissance étudié dans le I ? :

 

Combe, « IA : Une révolution technologique avec forte croissance à l’horizon ? », 2021 : Fort regain de la productivité du travail après la crise COVID. Cela pourrait venir d’autre chose que d’un simple effet de rattrapage (travail à distance, robotisation des chaînes de valeurs, diffusion de l’intelligence artificielle dans l’économie). L’IA pourrait alors être à la base d’une période de forte croissance économique (travaux de Brynjolfsson).

– IA va avoir de multiples innovations secondaires : innovations organisationnelles, médicales (hausse de l’espérance de vie en bonne santé = facteur de croissance et de prospérité.

– Le risque est néanmoins de retomber dans un paradoxe de Solow bis.

 

Conclusion : Les deux premières RI ont influencé positivement tant quantitativement (taux de croissance) que qualitativement (gamme de biens) la croissance économique. Ces Révolutions ont augmenté la productivité, améliorer le niveau de formation, permis la mobilité sociale… La 3ème Révolution semble avoir influencé seulement qualitativement la croissance économique. Ainsi, au fur et à mesure de l’histoire, les RI ont une influence de moins en moins importante sur les taux de croissance. Peut-être qu’une 4ème RI basée sur l’IA viendra invalider ce propos en infirmant la théorie du pommier de Gordon. Néanmoins, est-ce que les nouvelles innovations, fruit des Révolutions technologiques, (tels que les cryptoactifs) ne sont pas un grand danger pour la croissance future ?

 

Léo Bedenc

J’ai intégré emlyon business school après avoir effectué une prépa ECE à Bordeaux, étant passionné d’économie, j’interviens principalement dans cette matière.

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