ESH ESSEC BS 2021 – Analyse du sujet

Découvre sans plus attendre l’analyse du sujet d’ESH ESSEC BS 2021, épreuve qui marque le début du concours pour les prépas de la voie économique (ECE). 

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« La désindustrialisation : une fatalité ? La réindustrialisation : une utopie ? »

Ce sujet peut paraître déstabilisant car il est composé de deux parties donc il peut être compliqué de bien organiser ses idées. Pour autant, le thème du sujet est dans l’ère du temps car il concerne la réindustrialisation des pays qui peut être un enjeu des politiques économiques aujourd’hui comme Emmanuel Macron l’avait laissé penser lors de son discours en mars dernier durant le confinement. Ce sujet est contrairement à Ecricome plutôt un sujet de première année qui peut cependant faire appel à des connaissances de deuxième année (notamment sur le chapitre des politiques économiques).

 

Définition des termes du sujet :

Désindustrialisation : Disparition progressive des activités industrielles que l’on peut mesurer par la baisse de la part de l’emploi industriel dans l’emploi total et baisse de la part du secteur secondaire dans le PIB.

Fatalité : parler de fatalité pour la désindustrialisation peut nous faire penser que la désindustrialisation serait une loi immuable de l’histoire en vertu de la loi d’Engel ou de la théorie du déversement par exemple. La fatalité voudrait aussi dire que l’on ne pourrait pas lutter contre la désindustrialisation.

Réindustrialisation : Une augmentation nouvelle des activités industrielles que l’on peut encore une fois mesurer par l’emploi et la part du PIB. La réindustrialisation suppose que l’on a déjà été industrialisé un jour (ce qui n’est pas forcément le cas pour la France par exemple, dans certains secteurs on n’a tout simplement aucun producteur français donc dans ces secteurs, on ne peut pas réindustrialiser  Respirateurs COVID par exemple). En outre il faut distinguer la réindustrialisation (faire revenir des activités industrielles) d’une réelle politique industrielle (créer des industries). Il ne faut pas oublier que pour réindustrialiser, il faut déjà avoir une base industrielle. Ce concept est donc plus basé sur les PDEM.

Utopie : L’utopie peut se penser comme étant une idée qu’il est impossible de réaliser. Cependant, on peut aussi dire que lorsque l’on parle d’utopie, c’est un idéal qui n’est pas réalisable (Cf. Le livre de Thomas More qui s’appelle Utopie dans lequel il véhicule sa vision idéale du monde). Ainsi la réindustrialisation est-elle vraiment un idéal ? Peut-on vraiment la mettre en œuvre ?

 

Possibilités de problématiques :

– Faut-il craindre la réindustrialisation des PDEM ?

– Doit-on aller à l’encontre du processus de désindustrialisation des PDEM ?

– La désindustrialisation est-elle une loi immuable de l’histoire ? Dès lors, la réindustrialisation est-elle vraiment un idéal qui ne puisse pas être réalisé ?

 

Possibilités d’accroche : 

« Il nous faut retrouver la force morale et la volonté pour produire davantage en France et retrouver cette indépendance », E. Macron en mars 2020 dans son discours.

« L’échec de produire un vaccin français via Sanofi est un signe important de notre désindustrialisation », Grjebine (CEPII) dans « Sortir du cercle vicieux du décrochage industriel » en mars 2021.

 

Plan détaillé proposé :

 

I- Un recul de l’industrie est observé dans certains PDEM… pour autant, ce n’est pas une fatalité :

A) La désindustrialisation est inlassablement liée à un déversement :

En effet, la désindustrialisation s’explique par la théorie du déversement d’Alfred Sauvy dans « La machine et le chômage » en 1980. Il explique que les gains de productivité réalisés dans le secteur primaire puis secondaire vont ainsi causer un déversement du secteur primaire vers le secondaire puis du secteur secondaire vers le tertiaire. Ainsi, à long terme les économies des PDEM semblent être vouées à être des pays de service. Une autre explication peut être fournie avec la loi d’Engel qui énonce que plus le revenu croît, plus la demande se tourne vers des activités de loisirs. Or l’essor des classes moyennes que l’on constate lors de la période des 30 glorieuses dans les PDEM (Nisbet en fait le constat aux USA dans « Decline and fall of social classes » et Mendras en fait le constat pour la France dans « La seconde révolution française ») répond à cette logique, cela pourrait alors justifier la désindustrialisation que l’on observe dans les PDEM… Ainsi, la désindustrialisation semble être une loi immuable de l’histoire.

 

B) Elle est aussi vouée à être vérifiée statistiquement :

La désindustrialisation semble aussi être une tendance séculaire au niveau statistique. Deux causes peuvent venir appuyer notre propos. Boppart dans « Structural change and the Kaldor facts » en 2014 montre que la désindustrialisation se justifie effectivement par la loi d’Engel du côté de la demande comme nous l’avons dit dans le A mais aussi par la loi de Baumol du côté de l’offre. Cette loi énonce le fait que les coûts décroissent plus vite dans l’agriculture et l’industrie que dans les services. Par conséquent là où les biens du secteur primaire et secondaire baissent de prix, les biens du tertiaire ont un prix constant par conséquent la part du tertiaire dans le PIB augmente mécaniquement (désindustrialisation statistique). Comme le disait Baumol, il faudra toujours quatre violonistes pour interpréter un morceau de Schubert et leurs salaires vont augmenter grâce aux gains de productivités faits dans les autres secteurs (C’est la maladie des coûts). Dans une société postindustrielle où il y a un essor de l’emploi industrielle (Daniell Bell), il va donc y avoir mécaniquement une hausse de la part du tertiaire dans le PIB. Deuxième cause qui peut être invoquée pour la désindustrialisation statistique : le recentrage sur le cœur de métier. Alors qu’avant un agent de sécurité embauché par Renault travaillait dans le secteur industriel, il est aujourd’hui la plupart du temps salarié d’une entreprise de services qui passe un contrat avec Renault.

 

C) Pourtant certains chiffres peuvent nous faire penser que l’on exagère cette désindustrialisation :

La désindustrialisation des PDEM est toutefois à nuancer. En effet, si l’on prend l’exemple de la France que l’opinion publique considère souvent comme étant un pays fortement touché par la désindustrialisation, il s’avère que très peu d’entreprises délocalisent en France. Dans « L’économie mondiale 2020 » du CEPII, il est dit que seulement 3% des entreprises françaises délocalisent des activités. Encore une fois, le problème peut venir des médias qui construisent un malaise social pour faire de l’audience. C’est l’opinion de Champagne dans « La construction médiatique des malaises sociaux ». Un exemple de cela est que lorsque Whirlpool a délocalisé en Pologne durant l’élection présidentielle de 2017, l’affaire a fait un tôlé dans les médias et les deux candidats à la présidence de la république y sont allés. L’histoire ne dit pas qu’à 500 mètres de ce lieu, 500 emplois venaient d’être créés en CDI dans un entrepôt industriel par Amazon, on peut donc nuancer cette désindustrialisation (Artus & Virard dans « Et si les salariés se révoltaient ». Enfin, si l’on parle d’autres PDEM, on assiste à une désindustrialisation limitée, Grjebine montre dans son article (cité en accroche) que ¼ du PIB allemand est encore lié au secteur industriel (l’Allemagne est d’ailleurs un leader dans la production de respirateurs COVID). Ce n’est donc pas une fatalité.

 

II- Ainsi la réindustrialisation totale semble bien être une utopie :

A) Les PDEM pensent une économie industrielle comme étant souhaitable :

Comme le disait Aron dans « 18 leçons sur la société industrielle », l’industrialisation marque la découverte de la croissance économique. En effet, une causalité assez simple peut être établie entre essor du secteur secondaire et la phase de take-off (Rostow, « Les étapes de la croissance économique »). En outre, Carré, Dubois & Malinvaud corroborent cet avis en parlant de la croissance française. Ils montrent que les périodes de plus forte croissance en France apparaissent toujours après une révolution industrielle ou avec un essor de l’activité industrielle. C’est aussi le cas dans les autres PDEM (Angleterre, Japon, USA, Allemagne) qui ont aussi évidemment profité des révolutions industrielles. Ainsi, par un habitus bourdieusien (« La distinction »), les pays assimilent industrie à croissance, ce qui rend souhaitable la réindustrialisation.

 

B) Ils ont en partie raison :

On ne peut pas forcément donner tort aux PDEM dans la mesure où aujourd’hui la désindustrialisation semble être une cause de la stagnation séculaire. Elle est à l’origine de 85% des efforts de R&D en 2011 en France (Artus, « La France sans ses usines »). On est alors dans une croissance anti-schumpétérienne qui ne peut être tirée par ce petit secteur secondaire. Artus & Virard dans « Croissance zéro » envisagent la désindustrialisation comme cause de la stagnation séculaire. On pourrait aussi se pencher sur les chiffres du commerce extérieur de la France pour montrer que le manque d’industrie pèse sur l’atteinte de bonnes performances économiques. Ainsi, il faudrait réindustrialiser, mais seulement quelques activités stratégiques selon Combe dans : agroalimentaire, santé, semi-conducteurs (La loi PACTE a désigné ces secteurs comme stratégiques, ce qui explique le refus de la fusion entre Carrefour et Couche-tard). Et cette réindustrialisation partielle semble possible et souhaitable. 

 

C) Mais il serait trop couteux de réindustrialiser à grande échelle les PDEM :

Cet argument montre le côté irréalisable d’une réindustrialisation à grande échelle. En outre, réindustrialiser, c’est réorganiser les chaînes de valeurs mondiales. Cela prend du temps et cela coûte de l’argent. En outre, produire ce que les autres produisaient à bas coûts, cela peut tout simplement faire supporter au consommateur une hausse des prix et une baisse de son surplus (Rapport sur la souveraineté économique de Combe & Guillou). On pourrait représenter cela avec un graphique de surplus (Marshall).

 

III- La réindustrialisation ne serait pas si idéale que cela (utopie = idée irréalisable et positive, on conteste son côté positif ici) :

A) La réindustrialisation peut aussi mettre en danger la préservation de l’environnement :

Gordon disait dans « Is US economic growth over » : « La prospérité des villes se mesurait par la fumée qui se dégageait des usines au début du 20ème siècle ». Si l’on réindustrialise de la même manière que l’on a industrialisé par le passé, la préservation de l’environnement sera un objectif perdu. En effet, on sait que l’émission de particules émises dans l’air a doublé avec la première révolution industrielle. Ainsi, réindustrialiser comme par le passé ne semble pas souhaitable.

 

B) Et peut être aussi dangereuse sur le plan géopolitique :

Le problème d’une réindustrialisation, c’est qu’elle peut être perçue comme une forme de protectionnisme. Si le pays qui souhaite relocaliser met en place des incitations fiscales par exemple, cela peut être perçu par les autres pays comme étant du dumping fiscal. Ainsi, on ne peut pas garantir l’essor d’effets représailles (Scitovsky) qui seront à la base de guerres commerciales. Cela peut donc fragiliser les relations internationales et être à la base de conflits géopolitiques par une régression du commerce (Montesquieu, « De l’esprit des lois »).

 

C) Ainsi, il ne faut pas forcément réindustrialiser mais mener une politique industrielle ambitieuse :

Pour réindustrialiser, il faut déjà avoir eu une base industrielle, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les pays développés. En outre, il faut que cette base industrielle ne soit pas polluante, ce qui est rare aussi. Par conséquent la meilleure solution est de faire une nouvelle politique industrielle verte (Grjebine) qui permettrait alors aux pays de gagner un avantage comparatif vert (Ricardo) et donc de s’insérer de manières plus durables dans les chaînes de valeurs mondiales.

Léo Bedenc

J’ai intégré emlyon business school après avoir effectué une prépa ECE à Bordeaux, étant passionné d’économie, j’interviens principalement dans cette matière.

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