ESH HEC 2020 : Plan détaillé d’Antoine – 17/20

ESH HEC 2020 : Plan d’Antoine - 17/20

Cette analyse du sujet HEC ESH 2020 peut vous permettre de mieux comprendre comment rédiger une introduction (en énonçant clairement la problématique), mettre en avant les arguments clés de votre développement et rédiger la conclusion (réponse à la problématique et possibilité d’ouverture).

Lire plus : Proposition de correction et Analyse du Sujet ESH HEC 2020

Sujet ESH HEC 2020 : le capitalisme est-il soutenable ?

 

Analyse du sujet au brouillon : le capitalisme est-il soutenable ?

Il convient d’abord de s’interroger sur la notion de capitalisme difficile à définir : l’article défini « le » invite d’abord à se demander s’il n’y aurait pas plusieurs capitalismes, si le capitalisme ne peut pas prendre différentes formes (concurrentiel, managérial/monopoliste-fordiste, actionnarial/patrimonial selon l’Ecole de la Régulation (R.BOYER, M.AGLIETTA, A.ORLEAN))

Comment définir le capitalisme ? J’ai choisi d’intégrer dans mon introduction cette définition : mode d’accumulation du capital reposant sur la propriété privée et la recherche du profit. Dans la suite du devoir, il est nécessaire de s’interroger sur ces termes de définition : le capitalisme repose-t-il seulement sur le marché ? L’Etat n’a-t-il pas un rôle à jouer pour le rendre plus durable/soutenable ? De quel type de capital parle-t-on ? Quelles sont les conséquences en matière sociale de cette recherche de profit ? (ici vous le voyez, on commence déjà à soulever un problème).

Le terme soutenable doit aussi être bien défini. Attention : il ne faut pas en rester à la dimension purement écologique ! Ici il s’agit de se demander si le capitalisme est durable (peut-il continuer à exister ?). Il suffit de reprendre la définition de développement durable qui apparait dans le rapport Brundtland de 1987 et qui s’appuie sur 3 dimensions : économique (la croissance), écologique (la préservation de l’environnement) et social (la réduction des inégalités). 

En s’interrogeant sur les termes du sujet au brouillon, on constate déjà que plusieurs éléments de notre problématique commencent à apparaitre : le capitalisme est-il compatible avec une croissance stable, équitable et écologique ?


Mon introduction rédigée le jour du concours :

Dès 1972, les membres du Club de Rome alertaient sur les limites sociales et environnementales du capitalisme dans le Rapport Meadows. Le capitalisme se définit comme un mode d’accumulation du capitalisme reposant sur la propriété privée et la recherche du profit. Le marché occupe une place centrale au sein du capitalisme. Le développement est dit soutenable si la satisfaction des besoins des générations actuelles ne compromet pas celle des générations futures. En 1987, le rapport Notre avenir à tous issu de la première conférence des Nations-Unies sur l’environnement précise que le développement durable repose sur 3 piliers : économique, social et environnemental. La récession actuelle, la montée des inégalités et l’accélération du réchauffement climatique nous invitent à nous interroger sur la soutenabilité du capitalisme. Ainsi, le capitalisme est-il compatible avec une croissance stable, équitable et écologique ? Nous verrons d’abord que le capitalisme est source d’instabilité économique, d’inégalités sociales et de dégradation environnementale. Cependant, nous aborderons les mutations du capitalisme qui peuvent illustrer une tentative de soutenabilité et de possible conciliation entre croissance, réduction des inégalités et préservation de l’environnement.

[Commentaire méthodologique : une accroche historique sur une référence précise et soulignée (avec date et auteurs) donne d’emblée une très bonne impression au correcteur. La définition des termes de l’énoncé est indispensable pour éviter le hors-sujet. Le connecteur logique « Ainsi » permet de mettre en avant de façon claire la problématique (il ne s’agit pas de reprendre l’intitulé du sujet !)].


Plan détaillé :


I- Non, le capitalisme n’est pas soutenable

[Introduction du I- ] La soutenabilité du capitalisme peut être remise en cause. En effet, la croissance capitaliste est instable. De plus, les inégalités sociales sont reparties à la hausse depuis les années 80. Enfin, le capitalisme conduit à une dégradation des ressources naturelles.

 

1.1. Les limites économiques du capitalisme

Remise en cause du modèle de croissance productiviste de la Révolution Industrielle : Rapport Meadows 1972. Exemple historique : travaux de l’Organisation Scientifique du Travail (TAYLOR, FORD, FAYOL).

Le capitalisme est traversé par de nombreuses crises. SCHUMPETER (Capitalisme, Socialisme et Démocratie, 1942) : l’innovation est à la fois facteur de croissance mais lorsqu’elle devient obsolète et que les marchés sont saturés par l’arrivée d’entrepreneurs imitateurs, l’économie entre en phase de crise. Exemple historique : crise de 1929 puis entrée dans le capitalisme monopoliste-fordiste des Trente Glorieuses.

[Objectif : démontrer que le capitalisme n’est pas économiquement viable car la croissance est instable.]

 

1.2. Les limites sociales du capitalisme

Les inégalités sociales du capitalisme. Explication de la théorie du capitalisme de K.MARX (Le Capital, 1865) : prélèvement d’une plus-value sur le travail des prolétaires au profit des bourgeois capitalistes détenteurs des moyens de production. Exemple historique : les inégalités sont reparties à la hausse depuis les années 80 (entrée dans le capitalisme patrimonial/actionnarial) : travaux de T.PIKETTY : déformation dans le partage de la valeur ajoutée en faveur des créanciers et déformation de la structure fiscale. Il s’agit ici de mettre en avant les conséquences sociales du capitalisme dans le cadre de la globalisation financière.

Un système de protection sociale inefficace pour répondre à ces inégalités : la triple crise de l’Etat-Providence (P.ROSANVALLON La crise de l’Etat-Providence, 1981) : une crise financière, d’efficacité et de légitimité. Exemple historique : selon K.POLANYI (La Grande Tranformation, 1944), la mise en place de l’Etat-Providence au lendemain de la seconde guerre mondiale a permis au capitalisme de subsister. Cependant, à partir des années 80, le chômage n’est plus frictionnel et devient plus durable, le phénomène des travailleurs pauvres apparait en France : l’Etat-Providence n’est plus capable de répondre efficacement à la question sociale. 

[Objectif : démontrer les inégalités sociales issues du capitalisme.]

 

1.3. Les limites environnementales du capitalisme

Le progrès technique qui permet d’alimenter la croissance capitaliste contribue à la destruction du capital naturel : dégradation des ressources environnementales (eau, terre, mer) et utilisation de méthodes d’exploitations non conventionnelles (hydrocarbures). G.HARDIN évoque une Tragédie des communs 1968). Certains souhaitent rompre avec de modèle de croissance capitaliste : N.GEORGESCU-ROEGEN en appelle à la décroissance dans Demain la décroissance 1979)

[Objectif : démontrer que le capitalisme n’est pas écologiquement viable.]

[Transition : conclusion du I- et annonce du II- ] Le capitalisme présente donc des limites économiques, sociales et environnementales. Cependant, le capitalisme ne doit pas se limiter au marché pour fonctionner. L’Etat doit aussi occuper un rôle pour le rendre soutenable. De plus, l’enjeu est celui d’une coopération mondiale pour faire face aux égoïsmes sacrés des nations.

II- Mais le capitalisme peut être soutenable sous certaines conditions

2.1. Le capitalisme est soutenable grâce à une intervention de l’Etat

Les partisans de la soutenabilité faible estiment qu’il est possible de compenser la perte du capital naturel par d’autres capitaux (capital public, capital humain, capital social…) : de cette manière, le capitalisme peut continuer à être soutenable. Travaux de H.HOTELLING, J.HARTWICK, R.SOLOW. S.KUZNETS : la courbe environnementale en U inversé : à mesure qu’une économie se développe, la prise de conscience écologique augmente et les populations sont capables d’apporter de nouvelles réponses afin de préserver l’environnement. Exemple historique : le fonds souverain norvégien place les revenus issus des exploitations du gaz et du pétrole pour permettre aux générations futures d’avoir des moyens pour se développer.

L’Etat joue un rôle dans l’accumulation du capital public (infrastructures de transport) et capital humain (connaissances acquises par les individus). Théorie de la croissance endogène : R.BARRO, R.LUCAS. P.ROSANVALLON recommande une activation de l’Etat-Providence : par exemple, l’Etat doit investir dans la formation ou dans le domaine de la petite enfance pour permettre aux parents de continuer à travailler (pays d’Europe du Nord). De cette manière, l’Etat contribue à l’accumulation du capital humain et la croissance peut se poursuivre.

 

2.2. L’enjeu de la régulation et de la coopération entre Etats

Plusieurs outils de régulation possibles pour limiter les externalités négatives sur l’environnement : la réglementation vise à inciter les agents à réduire leurs mauvais comportements (normes sur certains produits par exemple) mais le coût social n’est pas le même pour tout le monde. La taxation pigouvienne peut aussi être une solution : réflexion en cours en Europe concernant la mise en place de la taxe carbone. 

L’enjeu est celui d’une coopération afin de protéger l’environnement considéré comme bien public mondial. Dans le cadre d’un dilemme du prisonnier, chaque Etat a individuellement intérêt à adopter des normes peu contraignantes. Au niveau collectif, il en résulte donc une dégradation de l’environnement, une croissance faible. Le capitalisme n’est donc pas soutenable. Il faut alors envisager une coopération mondiale ou européenne. Exemple historique : le Green New Deal d’Ursula Von der Leyen comprend un Pacte Vert de 1000 milliards d’euros afin de transformer la banque européenne d’investissement en banque pour le climat. 

[Commentaire méthodologique : Il est très important de bien rédiger vos transitions (introductions et conclusions partielles) ainsi que vos phrases situées en début de chaque paragraphe qui permettent au correcteur d’identifier vos arguments clés.]


Ma conclusion rédigée le jour du concours :

En conclusion, le capitalisme a été traversé par des crises économiques, sociales et environnementales qui ont pu remettre en cause sa soutenabilité. Cependant, la prise de conscience des limites de ce capitalisme conduit aujourd’hui à des réformes visant à concilier croissance, préservation de l’environnement et réduction des inégalités sociales. L’enjeu est celui d’une coopération européenne et même mondiale pour permettre au capitalisme de survivre.

 

En résumé :

Dans ce sujet, il ne fallait pas en rester à la dimension purement écologique du capitalisme. Pour chaque argument économique, il est important de citer régulièrement des exemples historiques ! Il s’agissait d’un sujet de synthèse qui faisait appel à l’ensemble des connaissances acquises en 1e et en 2ème année de prépa (croissance, entreprise, développement, chômage, protection sociale, finance, commerce, Europe, gouvernance). Aucun chapitre ne doit être négligé !

Antoine Houdant

Étudiant à Grenoble EM après une prépa ECE à Chateaubriand (Rennes), j'interviendrai dans mes matières de prédilection à savoir l'économie et les mathématiques !

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