Faut-il apprendre par cœur en prépa?

« Il y a trop d’informations et de connaissances », « C’est impossible d’apprendre tout par cœur ». Voilà des exemples de phrases qui résonnent souvent dans les couloirs des classes préparatoires, et qui emplissent parfois l’air d’un esprit de révolte à l’égard de certains de vos professeurs. Mais ces plaintes, que vous avez peut-être formulées entre deux chapitres interminables, sont-elles réellement justifiées ? Faut-il tout apprendre par cœur en prépa ? Dans quelle mesure le « bourrage de crâne » est-il réellement pertinent et efficace dans un objectif de concours ? Cet article se propose, grâce à l’expérience des membres de l’équipe Mister Prépa, de répondre à ces questions qui peuvent vous traverser l’esprit, que vous soyez en première, deuxième ou troisième année de prépa. 

 

I) Pourquoi l’apprentissage par cœur est essentiel en prépa ?

L’apprentissage par cœur peut sembler inutile et contre-productif pour certains, seulement il s’avère être une technique indispensable pour la réussite aux concours dans certains cas. En effet, apprendre par cœur permet de s’imprégner de certains automatismes et ainsi développer une rigueur importante dans certaines matières. 

 

A) Les langues

Tout d’abord, la maîtrise des langues étrangères nécessite un apprentissage par cœur rigoureux. La conjugaison, les règles grammaticales et le vocabulaire ne peuvent passer par autre chose que du par cœur. De la même manière, il est utile d’avoir des expressions et citations à connaître par cœur. Il y a même des tournures de phrases élégantes, utilisées par votre enseignant lors de corrections qu’il serait intéressant d’apprendre (pour les essais notamment).

 

B) Les mathématiques

Quant aux mathématiques, l’intégralité du cours doit être sue parfaitement. Le par cœur est ici également inévitable car vous devrez être incollable sur une multitude de théorèmes et démonstrations. Les épreuves parisiennes notamment, exigent une connaissance précise et méticuleuse du cours, car certaines questions ne sont que l’explication de théorèmes ou démonstrations du cours. De plus, il peut être intéressant d’apprendre par cœur certains exercices types que l’on retrouve chaque année en maths EML notamment. Par exemple, les débuts d’exercices d’analyse se ressemblent très souvent. De fait, connaître le raisonnement et la rédaction vous fera gagner énormément de points, et de temps lors des DS ou du concours.

 

C) ESH/Géopolitique, culture générale

Enfin, l’apprentissage par cœur est nécessaire pour les matières littéraires que sont la philosophie et l’ESH/géopolitique.

En effet, en philosophie, connaître précisément les définitions de certains concepts/notions ou encore les titres d’ouvrages, auteurs et dates de parution sont un moyen de démontrer le sérieux d’un candidat. L’essentiel est de maîtriser vos sources, vos auteurs les concepts clés, d’être capable de les réutiliser et d’illustrer avec des exemples. De plus, connaître des plans permet aussi de vous donner une base sur laquelle vous pourrez travailler vos sujets, les modifier et les adapter. C’est déjà suffisant pour vos concours. Après, bien sûr, vous pouvez rédiger de courts paragraphes sur chaque concepts ou arguments, les plus généraux possibles pour pouvoir les écrire directement au concours. Ce sera toujours un gain de temps, même si ce n’est pas nécessaire.

De la même façon, en ESH ou en géopolitique, le candidat peut également se démarquer grâce à son apprentissage par cœur de notions clés et de titres d’ouvrages, auteurs et dates de parution. Pour ce qui est de la géopo, il est important de bien apprendre (par coeur) la chronologie des événements historiques. En effet, difficile de faire l’impasse sur les grandes étapes de la construction européenne par exemple, ou sur les guerres du golf. Il faudra donc se faire des fiches chronologiques sur les grandes zones géographiques, certains pays importants comme les Etats-Unis, le Brésil, la France ou encore la Chine. Le 20eme siècle est indispensable bien sûr, mais il faudra, pour se démarquer dans vos premières parties et donner une profondeur historique, connaître des dates du 19eme siècle voire avant. Certaines épreuves ne vous joindront pas de fiches chronologiques donc autant l’avoir toujours sur vous, dans votre tête.

Autre chose à apprendre par cœur : les cartes ! Apprendre les cartes par cœur est d’une importance capitale. Vous aurez très peu de temps pour réfléchir au concours, et encore moins si vous devez réfléchir à la dissertation et à une carte. Plus vous aurez des automatismes, plus vous irez vite. Ainsi, la carte doit être rapide à faire, et en particulier les légendes. Bien sûr, vous n’aurez presque jamais à refaire une carte directement, mais devrez l’adapter au sujet. Or pour cela, il faut que vous ayez en tête le plus de cartes et de légendes possibles. Aussi, apprendre des cartes peut être réutilisé en tant que sous partie géographique d’une première partie.

Pour le reste, cela dépend. Il faut bien sûr connaître les définitions et les concepts, de tels sortes à pouvoir les expliquer sans oublier des pans essentiels.  Aussi, des exemples, études de cas, sont essentiels pour alimenter vos paragraphes. Enfin, il faut aussi avoir des livres en tête, des auteurs qui expliquent des concepts. Néanmoins, on ne peut pas vraiment dire que c’est du “parcoeurisme”, mais plus une assimilation dû à une relecture récurrente.

Vous l’aurez compris, si l’apprentissage par cœur est indispensable et témoigne d’une certaine rigueur, il n’est pas suffisant pour réussir des concours. En effet, chaque préparationnaire doit également concentrer son travail sur la compréhension et la construction de sa propre réflexion sur chaque enjeu afin de réellement se démarquer. 

 

II) Une prise de recul et une élévation de votre réflexion est parallèlement nécessaire pour viser les meilleures notes

Nous venons de voir que l’apprentissage par cœur est nécessaire à l’acquisition des bases dans toutes les matières que vous étudiez pour les concours, et que certaines matières (comme les maths) sont essentiellement composées de “par cœur”. Cependant, il est essentiel de ne pas rester trop proche du cours. Une fois que vous avez acquis les bases des différents chapitres, apprenez à élever votre esprit et votre réflexion. Tentez d’avoir une réflexion transversale et de mettre en lien différents chapitres de votre cours, différents sujets de concours avec différentes parties de votre cours, et même quand vous le pouvez, différentes matières entre elles ! L’objectif est d’avoir peu à peu la capacité de réfléchir par soi-même, et de savoir s’adapter à n’importe quel sujet de concours. En effet, il semble important de répéter encore une fois que lors d’un sujet (notamment lors des épreuves à dissertation), c’est VOTRE réflexion qui mène la danse pour répondre au sujet, et que les références et informations que vous avez acquises lors de vos années prépa ne sont là que pour appuyer et légitimer vos propos (même si elles sont évidemment primordiales pour avoir de bonnes notes). Cela suppose une certaine prise de risque et une bonne dose de confiance en soi, mais ce travail est accessible à chacun d’entre vous, peu importe votre prépa et vos ambitions !

De plus, il vous faut avoir une capacité d’adaptation lors de sujets qui sont originaux et qui ne semblent pas, à priori, englober une partie précise du programme. C’était par exemple le cas du sujet d’ESH ESSEC 2020, « Le modèle social français est-il à bout de souffle ? », qui a déstabilisé nombre de candidats. Les exemples de ce type sont par ailleurs très nombreux chaque année, peu importe la filière et la matière. Dans ces cas précis, le fait d’avoir travaillé à élever votre réflexion est essentiel afin de ne pas paniquer et rendre une bonne copie. Essayons de voir ensemble les principales matières dans lesquelles il est essentiel de ne pas rester trop proche du cours, et les raisons de cela !

 

A) ESH/Géopolitique

 En ESH il est important, après avoir appris les références, auteurs, dates, mécanismes etc… de faire les liens entre les différents chapitres, les différentes théories etc… « Lors des révisions générales avant les concours, je me souviens avoir pris beaucoup de plaisir à établir les liens entre les différents chapitres et entre les différentes théories que j’apprenais. On se rend compte que beaucoup de choses sont plus ou moins directement liées, et on apprend à avoir une vision globale et à élever notre réflexion vis-à-vis du programme. Ce n’était plus réellement de l’apprentissage par cœur puisque j’avais déjà acquis les bases, mais j’élevais ma réflexion, réfléchissais aux implications de telle ou telle définition ou théorie, essayais de voir comme telle théorie pouvait être amenée lors d’une dissertation. Finalement, on commence à établir une véritable réflexion personnelle, on comprend pourquoi on utilise certaines références, et on apprend à concilier réflexion personnelle et théorique. C’est quelque chose qui est très valorisé en dissertation et qui vous apportera beaucoup d’un point de vue personnel. »

 

B) Culture générale 

La culture générale va encore plus loin dans cet effort de réflexion personnelle. Nous l’avons vu, il est essentiel d’apprendre par cœur les travaux des auteurs, les noms de leurs ouvrages, les définitions etc… Mais en dissertation, il ne faut absolument pas partir de ce qu’on a appris pendant l’année lorsqu’on se lance dans un sujet. Les correcteurs attendent que les candidats prennent le sujet comme nouveau, et qu’ils s’en étonnent. Comment dès lors paraître étonné et surpris par le sujet lorsque l’on se contente de « recracher » ce que vous avez appris par cœur ? Certains d’entre vous ont peut-être entendu parler des dissertations toutes faites, que l’on apprend par cœur et que l’on réécrit telle quelle le jour du concours (en adaptant évidemment aux termes du sujet). Si cette méthode fonctionne pour un certain nombre de candidats, les rapports de jury condamnent fermement cette pratique. Ils expliquent que la majorité du temps, cette méthode est perçue par le correcteur, qui n’hésite pas à attribuer une faible note. La meilleure solution reste alors à comprendre la méthode de la dissertation, à réfléchir au sujet le jour même, à s’en étonner et à montrer au correcteur que l’on a réfléchi au sujet sans se contenter de paraphraser tout ce qu’on a appris dans l’année. Lors des révisions, n’hésitez pas à réfléchir au sens des références (philosophiques et littéraires) que vous apprenez, et à comprendre en quoi leur utilisation en dissertation peut être pertinente et bien menée (en appui de votre réflexion).

 

Pour conclure, nous pouvons répondre à la plainte qu’il est « impossible d’apprendre par cœur en prépa » que OUI, c’est le cas ! Vous devez vous fixer une certaine dose de « par cœur » comme nous vous l’avons expliqué, mais les très bonnes notes et la compréhension de l’enjeu des matières que vous étudiez passe aussi par une élévation de votre réflexion. La classe préparatoire est le lieu où vous grandissez intellectuellement, où vous commencez (si ce n’était pas le cas avant), à avoir des convictions et à les exposer. Il ne faut pas avoir peur de montrer toutes ces qualités en dissertation. Le mix parfait est donc le suivant pour avoir les meilleures notes : application de la méthode de chacune des matières + développement d’une réflexion personnelle agrémentée de références et concepts appris rigoureusement. Cela est accessible à chacun d’entre vous si vous vous donnez la peine d’en être conscients !

 

 

                                       Par Elisa de Figueiredo, Arthur Costa et Yannis Kitouni

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