Focus sur le RCEP : la plus grande zone de libre échange du monde

Après onze ans de discussions et de négociations, le RCEP (Regional Comprehensive economic partnership) est entré en vigueur le 1er janvier 2022. Il avait été signé par les pays participants en novembre 2020 et ratifié au cours de l’année 2021.

Ce nouvel espace aura un impact économique majeur sur les relations entre les différents pôles mondiaux par la puissance démographique et économique des pays membres mais cette volonté d’accord est également révélatrice de nouveaux enjeux géopolitiques.

 

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De longues négociations pour un accord historique


Après onze ans de discussions et de négociations, le RCEP (Regional Comprehensive economic partnership) est entré en vigueur le 1er janvier 2022. Il avait été signé par les pays participants en novembre 2020 et ratifié au cours de l’année 2021.

Cet accord créé ainsi une vaste zone de libre-échange entre les onze pays ayant ratifié l’accord : l’Australie, le Brunei, le Cambodge, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, le Laos, la Nouvelle Zélande, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. L’Inde a maintenu ses positions et reste à l’écart. En effet, New Delhi ne voulait pas participer par crainte de voir son marché intérieur envahi par des produits chinois. 
 
Cet accord va avoir un impact majeur sur l’économie mondiale. En effet, les États membres représentent un tiers de la population mondiale, et 1/3 du PIB mondial. Le RCEP est, donc, une « étape majeure pour la libéralisation du commerce et de l’investissement » dans la région selon l’économiste Rajiv Biswas, spécialiste de l’économie en Asie.

Parmi les signataires de l’accord, on retrouve certains poids lourds de l’économie dont la Chine, le Japon et la Corée du Sud qui, à eux trois, représentent 80% du PIB de ce nouveau bloc. 

 
De nouvelles dynamiques pour les pôles économiques 


Concrètement, cet accord donnera naissance au plus grand espace de libre-échange du monde après l’abaissement progressif, sur vingt ans, des barrières douanières entre les pays membres sur 90% des produits échangés au sein de l’espace. La baisse des tarifs douaniers concerne majoritairement l’industrie manufacturière puisqu’il s’agit encore du secteur principal de l’économie régionale.

L’accord porte également sur les barrières non tarifaires mais ne comporte aucune close concernant l’environnement, la propriété intellectuelle ou encore les subventions d’État. D’après l’étude menée en 2020 par le Peterson Institute for International Economics, le PIB des pays signataires devrait augmenter de 0,2% en moyenne.

Cependant, les bénéfices tirés de cet accord risquent d’être inégalement répartis entre les pays signataires à cause des fortes disparités économiques entre ces derniers. Ainsi, les échanges au sein du RCEP risquent d’être polarisés par les pays membres ayant l’économie la plus importante.

 

Le professeur japonais Takashi Terada va jusqu’à qualifier le RCEP d’« accord de libre-échange entre la Chine et le Japon ». Selon les spécialistes, le RCEP aura un impact positif sur les économies des autres régions du monde puisqu’il va augmenter les revenus disponibles en Asie du Sud Est et ainsi créer plus de débouchés pour les pays exportateurs. Ce traité est également un excellent moyen de redynamiser les économies de la région, fortement frappées par la crise de la Covid-19.
 
Enfin, cet accord va bousculer la hiérarchie des pôles économiques majeurs en accentuant l’importance économique de l’Asie du Sud. En effet, la CNUCED, (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement) qualifie le RCEP de « nouveau centre de gravité » du commerce mondial.

L’accord devrait générer une augmentation de 2% des échanges commerciaux intra-zone à cause, d’une part, de la baisse des barrières douanières mais, également, à cause du détournement d’une partie des échanges avec le reste du monde. Par exemple, les exportations des États-Unis vers l’Asie du Sud devraient diminuer de 2% tandis que celles de l’Europe devraient diminuer de 1%.

 

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Derrière l’économie, la géopolitique

Par son impact dans le contexte actuel, cet accord est également révélateur de nouveaux enjeux politiques. Tout d’abord, dans un contexte de guerre économique entre la Chine et les États-Unis, le RCEP est un moyen pour Pékin de renforcer sa position dans l’économie mondiale.

En effet, cet accord va favoriser les investissements en Asie du Sud ce dont la Chine bénéficie. D’autre part, il comble le vide lié à l’absence de débouché du TTP (Traité Trans-Pacifique) dont les négociations sont au point mort depuis la présidence de Donald Trump et met en déroute la volonté américaine d’isoler la Chine.
 
 Par ailleurs, le RCEP est vecteur d’un message politique fort adressé aux autres pays du monde : il montre une Asie unie économiquement malgré les différends des pays membres avec une réelle volonté de contrebalancer la puissance des autres espaces économiques tel que l’Union Européenne, le Mercosur ou l’USMCA (United-States-Mexico-Canada Agreement).

Cependant, ce traité n’empêche pas les tensions commerciales entre les pays membres, notamment entre la Chine et d’autres Etats comme l’Australie. Néanmoins, Cette organisation permet aux autres États de riposter avec plus de poids qu’ils n’en auraient eu de manière solitaire.

 

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Dorian Zerroudi

Rédacteur chez Mister Prépa, j'ai à coeur d'accompagner un maximum d'étudiants vers la réussite !

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