Géopolitique d’un État #1 : L’Amérique entre Trump et Biden

Après son indépendance en 1776, les Etats Unis d’Amérique oscillent dans leur politique étrangère entre isolationnisme et interventionnisme. L’importance de ses deux visions américaines n’apparaît qu’avec la fin de la deuxième guerre mondiale, cet événement marque un tournant au niveau de la puissance du pays : Face à une Europe détruite par les guerres, la maison blanche montrait des incomparables progrès technologiques et militaires, se manifestant dans l’emploi de la bombe atomique contre le Japon, contribuant à la défaite de cette dernière. Ainsi, les Etats Unis d’Amérique deviennent une puissance mondiale et non seulement régionale, qui vise moyennant son messianisme1 à propager sa vision libre-échangiste du monde.

La puissance américaine s’est bien affirmée en 1991 après l’effondrement de l’URSS : Cet évènement historique met fin à une guerre froide mais aussi militaire se déroulant dans des territoires autres que ceux des belligérants (Cuba, la Corée et l’Afghanistan). Ainsi, la vision libérale s’impose et la démocratie américaine s’étend vers l’Europe orientale. Par conséquent, les Etats Unis d’Amérique dépassent la limite de la puissance2 pour devenir une hyperpuissance3.

Cette hégémonie américaine fait donc de ses politiques étrangères  un enjeu primordial de la géopolitique actuelle.  Depuis son arrivée au pouvoir, Joe Biden poursuit un ensemble d’actions qui explicitent la nouvelle diplomatie étasunienne. A ce propos, on se demande jusqu’à quel point peut-on qualifier les EUA d’aujourd’hui d’interventionnistes ou de protectionnistes ?

 

Le contexte géopolitique des EUA à l’arrivée de Biden

L’analyse de la politique étrangère étasunienne aujourd’hui nécessite une étude de sa prédécesseure. L’administration de Donald Trump se voyait beaucoup plus protectionniste que jamais. sur les pas de la doctrine Monroe4, la vision trumpienne justifiait l’ensemble de ses actions par le principe d’«America first ». C’est ainsi que Trump ne joignait plus les efforts mondiaux pour la lutte contre le réchauffement climatique, en refusant de signer les accords issus de la COP 21 de Paris. La maison blanche voyait qu’une telle étape pourrait bien menacer les emplois américains, ce qui aggraverait les taux de chômage du pays.

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Cependant, cette action était mal conçue à l’échelle internationale vu qu’elle présente une Amérique irresponsable et loin de l’image du gendarme du monde qu’elle a souvent essayé de refléter. Par conséquent, l’isolationnisme américain durant le mandat de Trump a bien affaibli le soft power du pays. Pour Donald Trump, le protectionnisme fut aussi un moyen pour lutter contre ce qui lui paraissait frauduleux : Dans des temps sensibles où la propagation du coronavirus connaissait sa vague la plus dramatique, Trump décide de ne plus financer l’Organisation Mondiale de la Santé et accusait cette dernière de rejoindre la position chinoise.

Les politiques isolationnistes trumpistes menaçaient le multilatéralisme international, mais aussi la paix dans le monde. Trump poursuivait une politique protectionniste contre la Chine et adoptait des plans d’actions visant la relocalisation des entreprises américaines installées sur le territoire chinois. En l’accusant d’espionnage et d’avoir inventé puis exporté le coronavirus, les EUA réagissent agressivement contre la Chine via un protectionnisme économique.

 

Le multilatéralisme reprend son activité avec Joe Biden

Il s’avère que le pragmatisme américain a servi sa société, mais en contrepartie a trop limité le soft power étasunien: C’est ainsi que les EUA se voyaient pour la première fois menacés de perdre leurs alliés les plus classiques : les Etats européens. Ceci coïncide avec une montée fabuleuse de l’influence chinoise ; le pays de Xi-Jinping joue le rôle du héros en sauvant les Etats les plus touchés par la pandémie, notamment l’Italie. Ainsi, Joe Biden faisait face à un défi majeur : Récupérer l’image d’une Amérique forte, responsable et crédible chez ses alliés.

Tout d’abord, Biden exprime son inquiétude vis-à-vis les changements climatiques et annonce le retour de son pays aux accords de Paris, contribuant ainsi à la diminution de l’émission des gaz à effet de serre, quoique ceci devrait influer la productivité des usines américaines. Une telle décision a intégralement fait preuve d’une volonté politique étasunienne visant le renforcement des efforts internationaux pour lutter contre les défis de la planète terre. De ce fait, le géant américain récupère sa crédibilité perdue tout au long du mandat de Donald Trump.

Le langage de Joe Biden apparaissait plus pacifiste que celui de son prédécesseur : Si la diplomatie trumpienne a quitté l’accord nucléaire avec l’Iran, considérant que ce dernier donnait beaucoup de concessions au côté perse, Joe Biden aura apparu sa volonté de reprendre les négociations concernant le programme nucléaire iranien, et évite en toutes sortes les menaces militaires contre Ayatollah Ali Khamenei. Néanmoins, jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement américain n’a réalisé aucun succès contre le coté perse.

Le ton agressif de Joe Biden n’apparaît que dans ses discours envers la Russie, le président américain qualifie Vladimir Putin d’assassin et l’accuse d’avoir manipulé les élections aboutissant à la victoire de Trump, qui avait bien tissé de bonnes relations avec le côté russe durant son mandat de présidence. Toutefois, la relation entre les deux rivaux classiques se stabilise de plus en plus aujourd’hui.

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Biden modifie les coutumes américaines

L’influence américaine diminua considérablement après les attentats du 11 septembre : Après ce drame, le pays n’est plus ce géant inviolable et imbattable que craignait le monde entier. En réponse à cet acte terroriste, l’ex-président américain George Bush augmentait les attaques de son pays contre les organisations islamistes extrémistes : Il en résulte une installation plus profonde et structurée des forces américaines en Afghanistan pour interdire le retour des talibans. La vision américaine reste la même à ce propos malgré les changements de directions. Toutefois, Joe Biden décide de retirer les troupes américaines de Kabul, laissant ainsi l’armée afghane composée de 300 000 soldats, équipés et entraînés par les EUA, faire face aux talibans.

Les forces afghanes se voient incapables de résister et perdent la guerre en un temps record contre les talibans, au moment où le président Ashraf Ghani fuit vers les Emirats Arabes Unis. L’arrivée au pouvoir des talibans était bien accueillie par le côté chinois, qui essaie de remplacer l’influence américaine en Afghanistan. Ce qui pourrait aussi nuire au soft power étasunien.

La situation des droits de l’homme, la liberté d’expression mais surtout la position de la femme afghane préoccupe le monde entier. A ce propos, Biden fut critiqué au niveau interne aussi bien qu’externe d’avoir soutenu la renaissance d’un groupement terroriste qui pourrait bien créer un nouvel arc de crise dans une région déjà perturbée. Ainsi que le chaos qui envahit Kabul aujourd’hui facilité l’installation d’Al-Qaïda et de Daech sur ce territoire. De ce fait, une telle étape protectionniste pourrait bien augmenter les tensions dans la région, et représenterait une menace contre l’occident si l’Iran et les talibans se mettaient en accord.

 

Ouverture du sujet

Entre ouverture et isolationnisme, interventionnisme et protectionnisme, les Etats Unis d’Amérique ne mènent point des politiques unidimensionnelles. Certes, le discours trumpien envers la Chine fut trop agressif, mais il a réalisé de grands rapprochements avec la Russie et la Corée du Nord. D’autre part, nul ne peut nier que les intentions de coopération desquelles Biden fait preuve témoignent d’une vision multilatérale. Cependant, le retrait de son armée des terres afghanes constitue pour plusieurs une trahison du monde démocratique dans sa lutte contre le terrorisme, et ses actions demeurent à cette logique unilatérales.

Ainsi, aucune nouvelle diplomatie ne peut être réduite à une dimension unique, mais comprend en elle-même un ensemble de visions et d’idéologies qui varient selon les variations des intérêts et poursuivent le principe d’America First. 

 

Définitions clés

Messianisme américain: La politique américaine portant sur la propagation de son modèle démocratique et sa vision libérale partout dans le monde. A cet égard, George W. Bush affirme: “Notre nation est élue par Dieu et a le mandat de l’histoire pour être un modèle pour le monde

La puissance: Serge Sur affirme : « On définira la puissance comme une capacité – capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire.»

Hyperpuissance: Un terme associé aux Etats Unis d’Amérique après l’effondrement de l’URSS, où le pays demeure la seule puissance dominatrice au monde sur le niveau idéologique aussi bien qu’économique et militaire. Dans ce contexte, Francis Fukuyama publie en 1992 son ouvrage intitulé “La fin de l’Histoire et le dernier Homme”. «Le dernier Homme» réfère aux EUA, étant le dernier soldat restant à l’issu de la guerre froide.

La Doctrine Monroe: Un ensemble de principes adoptés par le président des EUA J. Monroe, qui visent la protection du continent américain de tout type d’interventionnisme européen et suivent une logique pragmatique se résumant dans le principe de “l’Amérique d’abord”.

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