Gorbatchev : Retour sur la vie du dernier leader d’URSS

Mikhaïl Gorbatchev est une des grandes figures du XXe siècle. Symbole aussi bien de la fin de la guerre froide que de la chute de l’URSS, il s’est éteint le 30 août 2022. Alors, revenons sur la vie, les engagements et le rôle dans l’histoire du monde de cet homme adulé en Occident mais très controversé dans son propre pays.

 

Son arrivée au pouvoir : espoir de changement

Né en 1931, l’homme à la célèbre « tache lie-de-vin » sur le front est fils d’agriculteur du Caucase. Il fait ses preuves et grimpe étape par étape les marches du Parti communiste dont il fait partie depuis 1962.

C’est le 11 mars 1985, après la mort de Konstantin Tchernenko qu’il prend, à seulement 54 ans, les rênes à la fois du Parti communiste mais surtout d’un empire soviétique en ruine.

Après des décennies d’immobilisme politique, dû notamment à la Nomenklatura, et des réformes tous azimuts, Gorbatchev est déterminé à réformer le système selon sa propre vision !

 

Ses années de pouvoir

Dès son arrivée au pouvoir, il décide de mettre en place une série de réformes économiques et politiques ayant pour but non seulement de moderniser mais aussi de démocratiser l’URSS.  Il est clairement en faveur du rapprochement avec l’Occident. Durant son mandat, il fait la tournée des présidents du « Monde Libre » auprès de R. Reagan, G. Bush, Élisabeth II, F. Mitterrand, ou encore le Pape Jean Paul II.

  • 1985 : Sa première mesure concerne la lutte contre l’alcool. Mais sa loi anti-alcool visant à augmenter de 30 % le prix des alcools n’eut pas les résultats escomptés. Avec la moindre accessibilité de l’alcool, la consommation d’eau de Cologne ou de produits issus de la vodka comme les produits ménagés ne fit qu’augmenter, faisant d’importants dégâts au sein de la société soviétique.
  • 1986 : Au pouvoir lors de l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, sa réaction fut jugée trop lente
  • 1986 : Défendant l’ouverture de l’Union soviétique vers l’Ouest, il embrasse son homologue Est-allemand Erich Honecker
  • 1987 : Il signe avec Reagan le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI)
  • 1989 : Il retire ses troupes d’Afghanistan et ne s’oppose pas à la chute du mur de Berlin (symbole de la guerre froide)
  • 1989 : Sommet de Malte durant lequel le président américain George H. W. Bush et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev annoncent mettre fin à la guerre froide
  • 1990 : Gorbatchev reçoit le prix Nobel de la paix 🕊 pour son rôle dans la Guerre froide et devient « L’homme de la décennie » selon le journal Time
  • Juillet 1991 : Signature de Start I qui vise à limiter de 30 % les arsenaux nucléaires de l’URSS et des USA
  • 19 août 1991 : Coup d’Etat des conservateurs communistes à Moscou
  • 8 décembre 1991 : L’Ukraine, la Biélorussie et la Russie annoncent la dislocation de l’URSS en 15 Etats.

 

Gorbatchev : Architecte de la perestroïka 

La perestroïka : la « reconstruction » en russe

Aujourd’hui, Gorbatchev est surtout connu pour avoir mis en place la perestroïka qui désigne l’ensemble des réformes économiques, sociales et politiques menées dans l’objectif d’en finir avec l’immobilisme de la gérontocratie, de relancer la croissance et d’augmenter la productivité en passant d’une économie étatique à une économie de marché.

 

 La glasnost : la « transparence » en russe

En parallèle, Gorbatchev lance la glasnost qui annonce la fin de la censure officielle, l’autorisation de chaînes radios étrangères et la liberté d’expression. Grâce à celle-ci, les soviétiques gagnent en liberté. Il est possible de critiquer le régime sans risquer de finir au Goulag.

 

        Hélas, malgré ses réformes, Gorbatchev ne parvient pas à redresser le pays. L’économie reste désorganisée car trop peu formée à l’économie de marché. Avec la Glasnost, la population découvre l’état réel du pays, l’ampleur de la corruption et les nombreux crimes auparavant dissimulés par l’Etat.

 

La démission de Gorbatchev    

À la suite du putsch de Moscou durant l’été 1991, il est poussé à la démission qu’il annonce officiellement devant les télévisions du monde entier le 25 décembre 1991.

L’empire soviétique effondré, une nouvelle ère s’ouvre. Les anciens états satellites prennent au fur et à mesure leur indépendance.

Des cendres de l’URSS naissent 15 états dont la Russie qui est géographiquement telle qu’on la connait aujourd’hui. Malgré lui, fossoyeur de l’URSS, il laisse sa place à Boris Eltsine qui prend le pouvoir d’une Fédération de Russie souffrante.

 

Lire plus : La Russie, 30 ans après la fin de la Guerre Froide

 

Retour à la vie civile

Gorbatchev se retire de la politique et s’engage pour l’écologie. Il fonde en 1993 la Croix verte internationale qui est une organisation humanitaire défendant l’environnement. En 2012, il se disait même en faveur de la création d’un tribunal international pour juger les crimes écologiques.       

En 1993, il apparait dans le film Si loin, si proche ! de Wim Wenders. Il poursuit en 1996, en se présentant aux élections présidentielles de la Fédération de Russie mais n’obtient que 0,5% des suffrages prenant conscience de sa mauvaise popularité en Russie.

L’évènement le plus marquant est son apparition dans une publicité de la marque américaine Pizza Hut en 1998. Apparition pour laquelle il fut bien sûr controversé en Russie.

Enfin, il poursuit sa lutte contre la course à l’armement. Il s’en inquiète et déclare qu’« aussi longtemps qu’il existera des armes de destruction massive, principalement des armes nucléaires, le danger sera colossal ».

 

La relation Gorbatchev / Poutine

Pour Poutine, nostalgique de la puissance soviétique d’antan, il est clair que la chute de l’URSS « est la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». C’est une critique contre Gorbatchev.

Gorbatchev soutenait, conseillait V. Poutine au début des années 2000. Dès 2012, il est relativement critique à l’égard du président Poutine qui s’engage vers son troisième mandat. Lui conseillant même de partir lors d’une interview à la télévision russe.

Gorbatchev accuse Poutine d’ « assujettir totalement la société » russe.

Pour les 90 ans de Gorbatchev, Poutine a déclaré « Vous appartenez de plein droit à une pléiade de personnes extraordinaires, des hommes d’État remarquables de l’ère moderne qui ont influencé de manière significative le cours de l’histoire nationale et mondiale ».

 

L’annexion de la Crimée

M. Gorbatchev approuve l’annexion de la Crimée de 2014 déclarant « J’ai toujours été pour la libre expression de la volonté du peuple. Et, en Crimée, la majorité de la population s’est prononcée pour la réunification avec la Russie ».

 

La guerre en Ukraine

Gorbatchev n’a pas réellement pris position sur la guerre de Poutine. Sa fondation a simplement publié un communiqué demandant « un arrêt rapide des combats ».

 

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Les remerciements internationaux : en pleine guerre en Ukraine

Ainsi, Gorbatchev s’est éteint le 30 août 2022 à Moscou dû à une « grave et longue maladie » à l’âge de 91 ans.

Ses homologues du monde entier s’expriment :

Emmanuel Macron salue un « homme de paix dont les choix ont ouvert un chemin de liberté aux Russes. Son engagement pour la paix en Europe a changé notre histoire commune »

Boris Johnson reconnait, « A l’heure de l’agression de Poutine en Ukraine, son engagement inlassable pour l’ouverture de la société soviétique »

Antonio Guterres a salué un « homme d’Etat qui a changé le cours de l’histoire »

Joe Biden honore sa mémoire en le définissant comme « leader rare »

Vladimir Poutine, en revanche, a simplement envoyé un télégramme à la famille du défunt et déclaré qu’il n’assistera pas aux funérailles de ce dernier.

 

       Ainsi, de Gorbatchev restera une figure majeure du XXe siècle qui façonna une partie de la géopolitique que nous connaissons aujourd’hui. Bien qu’impopulaire auprès de nombreux russes nostalgiques de la stabilité soviétique (emploi stable, gratuité des soins…) , son décès a un écho particulier en pleine guerre contre l’Ukraine.

 

Thank you Gorby

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