Le gouvernement de Daniel Ortega face à l’Eglise catholique

Le Nicaragua connait une crise politique et celle dernière implique également d’Eglise catholique.

Le gouvernement de Daniel Ortega accuse une partie des membres de l’Eglise de déstabiliser le pays. Le dernier évènement de cette confrontation est l’arrestation de l’évêque Rolando Alvarez à son domicile. Il est une voix critique du gouvernement d’Ortega au sein de la haute hiérarchie de l’Eglise au Nicaragua. Cela n’était pas arrivé depuis des dizaines d’années et cette arrestation a engendré de nombreuses critiques au sein du pays et même en dehors. Revenons sur les causes de cette confrontation entre le gouvernement et l’Eglise au Nicaragua.

 

L’arrestation de l’évêque Rolando Alvarez

Cette confrontation n’a pas débuté récemment et s’est même intensifiée ces dernières années. Selon l’ONG Observatorio Pro Transparencia y Anticorrupción l’Eglise a été victime de presque 200 agressions entre avril 2018 et mai 2022 au Nicaragua. Mais aujourd’hui l‘arrestation de l’évêque Rolando Alvarez marque un nouveau tournant dans les tensions. Il est la plus haute autorité de l’Eglise dans le pays après le cardinal et il est connu pour avoir dénoncé notamment les violations des droits de l’Homme par le gouvernement de Daniel Ortega. Beaucoup le considèrent comme la dernière voix ouvertement critique contre le président Ortega au sein de l’Eglise catholique au Nicaragua.

Dans un communiqué de police, l’évêque de 55 ans est accusé d’être le créateur de groupes violents en incitant les membres à agir avec haine contre la population. Le but de ces groupes serait de déstabiliser l’Etat du Nicaragua et d’attaquer les autorités constitutionnelles. Rolando Alvarez a nié ces accusations et se retrouve actuellement assigné à résidence. Mais il est loin d’être le seul cas.

 

Autres faits de cette confrontation

En 2019, un autre évêque critique envers le gouvernement, Silvio Baez, s’est exilé après avoir reçu des menaces de mort. De plus, au cours de ces deux dernières années, les autorités ont expulsé du pays le Nonce apostolique et 18 nonnes de l’ordre Misioneras de la Caridad. Par ailleurs, 7 prêtres ont été emprisonnés et de nombreuses émissions de radio catholiques ont été supprimées. L’évêque Rolando Alvarez était à la tête de plusieurs de ces émissions. La communauté internationale s’est exprimée au sujet de ces divers événements et a dénoncé notamment le virage autoritaire que prend la politique du président Daniel Ortega.

 

Le gouvernement du Nicaragua et son président

Daniel Ortega se présentait à l’origine comme combattant de la guérilla sandiniste qui a renversé le régime d’Anastasio Somoza en 1979. Mais cela a bien changé. En novembre 2021, il a célébré sa victoire aux dernières élections présidentielles après avoir gagné avec 75% des voix certes,  mais 7 candidats concurrents emprisonnés. Au dela de ces arrestations, il a également été accusé de fraude électorale par des organisations internationales. Le président est également critiqué car beaucoup de personnes de son entourage ont obtenu des postes au sein de l’exécutif.

Daniel Ortega a désormais 76 ans et il a déjà été président du Nicaragua de 1985 à 1990. Il a ensuite récupéré le pouvoir en 2007 et depuis 2017 il est accompagné de sa femme, Rosario Murillo, vice-présidente du pays. Ces dernières années, la dégradation des droits de l’Homme devient critique au sein du pays. La commission inter-américaine des Droits de l’Homme a mis en lumière des tortures et autres violations des droits de l’Homme de la part des autorités nicaraguayennes. Près de 190 prisonniers politiques ont également été enfermés dans des conditions dures pour la plupart. Ortega quant à lui pense que ces personnes tentent de lui donner mauvaise réputation face aux organismes internationaux. Le président a également accusé les évêques de prendre parti en étant engagé avec les putschistes (golpistas en espagnol) et d’avoir créé des sectes sataniques.

D’après des enquêtes comme celle de l’agence Gallup, 85% des habitants n’approuvent pas la politique d’Ortega et de son épouse. Le président a mené des enquêtes similaires et il assure que 77% de la population approuve sa gestion et les actions de son mandat.

 

Les relations entre Ortega et l’Eglise

Le Nicaragua est un pays de presque 6 millions et demi d’habitants avec plus de 90% de la population qui est catholique. L’Eglise catholique reste donc l’institution la plus influente. Au début de son mandat, Daniel Ortega était relativement proche de l’Eglise mais il n’a désormais plus besoin des votes de l’Eglise pour gagner les élections. Le discours du président envers l’Eglise est devenu de plus en plus dur au fil des années et il qualifie régulièrement les religieux de putschistes ou encore de terroristes.

Le point clé de cette confrontation est les manifestations de 2018. La répression des forces de l’ordre ajoutée aux armes civiles a donné la mort à 200 personnes selon le gouvernement, plus de 300 selon la commission inter-américaine des Droits de l’Homme et 650 selon des organisations civiles. Une réforme des retraites très polémique était à l’origine de ces protestations. Suite à ces manifestations, l’Eglise catholique a apporté son soutien aux civils.

 

Conclusion

Aujourd’hui, l’Eglise ne tient pas une seule et même position face à Ortega. Il existe également une partie de l’Eglise qui ne pense pas que le gouvernement est son ennemi. En revanche, le Pape François s’est exprimé suite à l’arrestation de l’évêque Rolando Alvarez en appelant à un dialogue au Nicaragua pour une cohabitation respectueuse. Mais cette intervention ne semble pas être suffisante pour résoudre la confrontation entre le gouvernement et l’Eglise catholique.

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