Hausse historique des taux d’intérêt directeurs de la BCE : quelles conséquences ?

C’est une première depuis 2011 : le 9 juin 2022, la Banque Centrale Européenne de Christine Lagarde annonce qu’elle augmentera de manière significative ses taux d’intérêt directeurs à partir de juillet 2022. Cette hausse historique intervient dans un contexte économique tiraillé entre retour de l’inflation et espoir de reprise économique des pays. Quels seront donc les effets de ce choix fort ?

 

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Quelles sont les causes de cette hausse ?

Alors que le spectre de la déflation a pendant des années occupé les pays membres de la zone euro, le retour de l’inflation se fait ressentir depuis le dernier trimestre de l’année 2021 sous l’effet de la reprise de l’activité économique suite à la crise du COVID-19. Avec un taux moyen de 8,5% en zone euro et un cap de 6% franchi lors du mois de juillet en France, une première depuis 1985, on assiste bel et bien à l’émergence d’une phase inflationniste qui tend à durer à long terme. La guerre en Ukraine participe lourdement à ce phénomène sous deux points de vue. D’une part, les sanctions occidentales contre Moscou touche le secteur énergétique avec une flambée des prix du gaz et du pétrole. D’autre part, l’Ukraine étant une puissance agricole, les problèmes d’approvisionnement causés par la guerre engendre une hausse du prix de certains produits alimentaires.

Ainsi, c’est dans le but de contrer cette inflation galopante que la BCE a annoncé ce 21 juillet 2022 une hausse de ses taux d’intérêt directeurs, une hausse beaucoup plus forte que prévue puisqu’elle élève ses trois taux directeurs de 50 points de base (une hausse de 25 points seulement était estimée). Plus précisément, le principal taux d’intérêt passe de 0% à 0,5%, tandis que le taux de facilité de dépôt (le taux auquel les banques commerciales déposent leurs liquidités auprès de la Banque Centrale) évolue de -0,5% à 0%. Enfin, le taux de refinancement des banques est de 0,75% (contre 0,25% avant la hausse).

 

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Une probable dégradation de la conjoncture économique

Le premier effet attendu de cette hausse concerne l’activité économique des Etats membres. Les banque commerciales répercuteront ces nouveaux taux directeurs sur le prix du crédit. Autrement dit, cela coûtera plus cher pour les Etats, entreprises et particuliers de s’endetter : il est donc fort probable d’assister à une chute de la demande qui, de toute évidence,  menacera les perspectives de croissance de la zone euro. Le 21 juin, Christine Lagarde prévenait elle-même qu’ « un tel resserrement constituerait un risque pour la reprise économique en cours ».

 

Quels effets sur la dette publique des Etats ?

Les Etats ont, depuis la crise de 2008, profité des taux directeurs établis à hauteur de 0% pour réaliser des emprunts massifs qui ont progressé davantage avec la crise COVID. En parallèle, le service de la dette diminue d’années en années (3,4% en 1996 contre 1,4% en 2021) : il est donc de plus en plus facile de rembourser les intérêts de la dette. Cette situation s’avère plus qu’optimale pour les Etats endettés puisque la dette reste toujours soutenable.

Toutefois, l’inflation actuelle menace cette soutenabilité. En effet, la BCE est contrainte d’augmenter ses taux d’intérêt pour pouvoir la contenir. Et en augmentant les taux directeurs, il devient de plus en plus difficile pour les Etats de rembourser les intérêts de la dette, d’autant plus que la BCE, dans sa politique d’austérité monétaire, avait déclaré en mars 2022 vouloir cesser la politique non-conventionnelle du Quantitative Easing, à savoir le rachat massif de titres de dette publique. Concrètement, elle n’est plus disposée à racheter les dettes des Etats auprès des investisseurs privés. Or, ce rachat est bien ce qui permettait à ces derniers de prêter « sans risque », et aux Etats déjà lourdement endettés de rester crédibles.

 

Peut-on assister à un renforcement de l’hétérogénéité européenne ?

A travers ce durcissement de la politique monétaire, est-il possible de vivre une nouvelle crise de l’euro ? On pourrait l’imaginer. Un scénario possible serait d’assister à de nouvelles divergences entre les pays membres. Les pays lourdement endettés sont potentiellement les grands perdants de la hausse des taux d’intérêt et de la fin du QE : leurs finances publiques étant les moins saines, ils sont nettement plus exposés à une hausse des taux d’emprunts sur les obligations que les autres pays, d’où des écarts significatifs et préoccupants entre les pays. L’Italie en est actuellement la référence parfaite : la démission du Premier Ministre Mario Draghi plonge les marchés financiers dans l’incertitude dans un pays lourdement endetté à hauteur de 150% du PIB. Une nouvelle crise des dettes souveraines pourrait se profiler et serait révélatrice de l’hétérogénéité de la zone euro.

Pour l’éviter, la BCE annoncé la création d’un nouvel outil « anti-fragmentation » de la zone euro, le Transmission Protection Instrument (TPI), lui permettant de racheter, sur la base de critères précis, des titres de dette publique aux pays victimes des écarts de taux d’emprunts sur les obligations. Cela permet ainsi de garantir la crédibilité de tous les pays membres, de réduire l’hétérogénéité européenne et donc de faciliter la conduite des politiques monétaires en zone euro.

 

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Conclusion

Que faut-il retenir de cette décision historique de la BCE ? Il faut d’abord souligner le fait que l’institution fait un choix clair en décidant de privilégier la maîtrise de l’inflation au détriment du soutien de l’activité économique. Une croissance de la zone euro en péril est donc une conséquence majeure, tout comme la question de la solidarité au sein de l’union monétaire : le durcissement de la politique monétaire fait nécessairement des perdants, ce que la BCE tente d’éviter.

Au-delà de tous les effets de cette décision, n’oublions pas la cause première de ce tournant : l’inflation. Jusqu’où peut-elle aller ? Doit-on s’attendre à un ralentissement économique profond et durable ?

 

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Rayan Petiteau

Actuellement à l'ESCP après trois années de prépa ECE, dont deux au lycée Saint-Just et une à l'Institution Saint-Jean de Douai, je compte profiter de mon expérience pour aider au mieux les étudiants.

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