L’implantation progressive de la Chine en Amérique latine

Depuis le début de la mondialisation, la Chine n’a cessé d’étendre son pouvoir au sein du continent latino-américain. Si la relation entre les deux territoires était au départ bénéfique à l’Amérique latine, elle est devenue une arme à double tranchant. En effet, il est possible de parler de dépendance dans le sens où tous les pays d’Amérique latine sont tributaires de la conjoncture économique et politique chinoise.

 

Comment expliquer cette nouvelle liaison ?

La relation entre le continent latino-américain et la Chine peut s’expliquer par différents facteurs.

 

Une relation géo-économique

Au tournant des années 2000, le commerce entre la Chine et l’Amérique latine n’a cessé de croître aux dépens de l’Occident. En effet, la Chine est devenue le deuxième partenaire commercial pour beaucoup de pays voire le premier pour le Brésil ou le Chili devant les Etats-Unis. Bien que la demande chinoise se base principalement sur des produits à faible valeur ajoutée, celle-ci du fait de sa proportion permet à la Chine de jouer un rôle stratégique dans son approvisionnement en matières premières. Ceci est notamment le cas pour le Brésil avec le soja (la Chine étant le premier pays consommateur de soja) ou avec l’Argentine où en 2020, 75% des exportations de viande bovine étaient destinées à la Chine. En échange de sa forte demande, elle développe des IDE profitables aux deux pays. Ces IDE sont source de modernité et une ressource financière non négligeable pour le continent latino-américain d’autant plus que de nombreux pays sont lourdement endettés. De plus, en développant des ports au Pérou, des centrales nucléaires en Argentine ou Internet à Cuba, la Chine se positionne sur un continent longtemps considéré comme un pré carré américain. En contrôlant un certain nombre d‘infrastructures portuaires, routières, ferroviaires, énergétiques, industrielles et numériques, elle peut voir ses Nouvelles Routes de la soie ou (Belt and Road Initiative, initiative du président Xi Jinping en 2013) s’étendre à son avantage. Le développement de ce projet, désormais à échelle mondiale et non seulement eurasiatique, permet à la Chine de promouvoir une mondialisation sino-centrée. La Chine cherche à constituer un système de réseau en étoile dont elle est le centre et souhaite y intégrer l’Amérique latine.

 

La pandémie : une opportunité pour la Chine de se rapprocher encore plus du continent latino-américain

Le rapprochement entre l’Amérique latine et la Chine s’est encore accentué lors de la crise sanitaire, où alors que les différents pays occidentaux se battaient pour trouver un vaccin contre la COVID-19, la Chine venait au secours de nombreux pays latino-américains comme le Venezuela, la Bolivie ou encore l’Argentine en livrant du matériel médical puis des vaccins dans un second temps en 2021. Ces pays se sentent ainsi redevables.

 

Lire plus : Les inégalités et la pauvreté en Amérique latine face à la crise du coronavirus

 

Une liaison qui va au-delà de la géo-économie

Cependant, cette liaison entre l’Amérique latine et la Chine n’est pas purement géo-économique. Elle est d’une part politique, certains pays comme le Nicaragua ne reconnaissent plus Taiwan. Elle est d’autre part culturelle, le soft power chinois envahit le continent latino-américain avec une image édulcorée de la Chine où tout conflit historique est nié au profit de sa réussite économique.

 

Lire plus : Taïwan : Les États-Unis et la Chine, se lancent-ils dans une guerre pour le contrôle de l’île ?

 

Les conséquences de cette dépendance pour l’Amérique latine

L’essor de cet important lien entre l’Amérique latine et la Chine n’est pas sans conséquence.

 

L’ajustement de la structure économique latino-américaine face à la demande chinoise

D’un point de vue économique, il était escompté que les pays d’Amérique latine montent en gamme progressivement. Or, face à l’importante demande chinoise, on assiste à une « reprimarisation » de l’économie du continent. A court terme, cette reprimarisation peut être bénéfique puisque qu’elle permet aux pays d’avoir une balance commerciale davantage équilibrée. Mais à long terme, le niveau de vie des habitants des différents pays ne s’améliore pas et ne permet pas aux pays d’avoir les ressources suffisantes pour investir et sortir de la trappe à revenu intermédiaire. Ainsi, le commerce avec la Chine n’est pas voué à voir la balance commerciale de l’Amérique latine devenir excédentaire. D’autre part, il est notable que les conséquences d’une reprimaristaion sont extrêmement nocives pour l’environnement et la biodiversité, facteur que ne semble pas prendre en compte la Chine dans sa demande.

 

La dépendance nocive de l’Amérique latine à la demande chinoise

Enfin, le lien étroit entre les deux territoires rend l’Amérique latine fortement dépendante de la demande chinoise. De ce fait, lors de la crise de 2008, la demande chinoise en matières premières a considérablement diminué ce qui a plongé le continent en difficulté. Par la suite, avec la reprise économique, la demande chinoise s’est redynamisée et l’activité économique en Amérique latine a repris mais avec des séquelles. Est-ce donc viable pour un continent de dépendre de la conjoncture économique d’un pays ? La pandémie et plus récemment le dernier confinement très strict en Chine ont de nouveau pénalisé l’Amérique latine.

 

Conclusion

Si Mauricio Macri, l’ex-président argentin, disait « Ahora todos somos chinos », l’influence grandissante de la Chine en Amérique latine pourrait lui être néfaste. Ce continent doit désormais trouver une nouvelle source de croissance pour les prochaines années d’autant plus que la Chine souhaite changer son modèle de croissance en s’appuyant davantage sur sa demande intérieure.

Vous pourriez aussi aimer