L’inflation à travers l’École de la Régulation : Une Analyse Mathématique et Socio-Historique

L’École de la Régulation, fondée par les économistes français Michel Aglietta et Robert Boyer, soutient que l’inflation ne peut être pleinement comprise que si elle est étudiée dans le contexte de l’organisation économique, sociale et institutionnelle d’une période donnée. Elle rejette ainsi l’idée que l’inflation soit principalement causée par la simple augmentation de la demande ou de la masse monétaire. Au lieu de cela, l’École de la Régulation met l’accent sur les régimes d’accumulation, qui définissent la façon dont les entreprises produisent et distribuent les biens et les services, ainsi que les institutions qui encadrent ces processus.

 

Une des façons d’aborder l’inflation du point de vue mathématique : l’Équation de Phillips

Développée par l’économiste néo-keynésien A.W. Phillips. Cette équation relie le taux d’inflation au taux de chômage. Mathématiquement, elle peut être exprimée comme suit :

πt = πt−1 + β(ut−un) + εt

où :

πt​ est le taux d’inflation à l’instant tt.

πt−1​ est le taux d’inflation à l’instant t−1t−1.

β est un coefficient.

ut​ est le taux de chômage à l’instant tt.

un​ est le taux de chômage naturel.

εt​ est un terme d’erreur.

Cette équation illustre la relation complexe entre l’inflation et le chômage, ce qui est cohérent avec l’approche de l’École de la Régulation qui considère l’inflation comme un phénomène multidimensionnel. L’équation de Phillips est un outil économique qui tente de montrer comment l’inflation (l’augmentation des prix des biens et services) est liée au taux de chômage (le pourcentage de personnes sans emploi dans une économie). Voici une explication simple de cette équation :

L’équation dit essentiellement que le taux d’inflation aujourd’hui (πtπt​) dépend du taux d’inflation précédent (πt−1πt−1​), du taux de chômage actuel (utut​), et du taux de chômage « naturel » (unun​), qui est le taux de chômage considéré comme « normal » lorsque l’économie fonctionne bien. En d’autres termes :

  • Si le taux de chômage actuel (utut​) est plus bas que le taux de chômage naturel (unun​), cela signifie que l’économie fonctionne très bien, et l’inflation va augmenter plus rapidement (πt>πt−1πt​>πt−1​).
  • Si le taux de chômage actuel (utut​) est plus élevé que le taux de chômage naturel (unun​), cela signifie que l’économie ne se porte pas bien, et l’inflation va augmenter plus lentement (πt<πt−1πt​<πt−1​).

 

L’exemple de la crise de l’État-providence dans les années 1970.

À cette époque, les économies occidentales ont été confrontées à une inflation élevée, souvent qualifiée de « stagflation » (stagnation économique et inflation élevée). L’École de la Régulation nous permet de comprendre cette crise non seulement comme un phénomène économique, mais aussi comme le résultat de la remise en question des régimes d’accumulation et des institutions sociales qui avaient prévalu pendant l’après-guerre.

Avant cette période, ces pays avaient adopté un modèle économique et social qui reposait sur un compromis entre les travailleurs et les employeurs. Les gouvernements fournissaient une protection sociale étendue, un emploi stable, et des services publics généreux. Cependant, au cours des années 1970, de nombreux pays ont été confrontés à une inflation croissante, souvent qualifiée d' »inflation galopante« . Les prix des biens et des services ont augmenté de manière significative. L’École de la Régulation aborde la crise de l’État-Providence et l’inflation en tant que phénomènes interconnectés et multidimensionnels. Elle suggère que cette crise n’était pas seulement le résultat de facteurs économiques, mais aussi le reflet de changements profonds dans les régimes d’accumulation et les institutions sociales. Selon l’École de la Régulation, les compromis économiques et sociaux qui avaient permis la prospérité de l’après-guerre se sont effrités. Les travailleurs ont commencé à réclamer des augmentations de salaire pour faire face à l’inflation croissante, ce qui a mis une pression à la hausse sur les coûts de production. De plus, les institutions qui avaient soutenu le modèle d’État providence ont été remises en question. Les politiques monétaires et budgétaires ont été réorientées pour lutter contre l’inflation, ce qui a eu des conséquences sur la stabilité économique et l’emploi. Les gouvernements ont dû faire face à un dilemme complexe. Ils devaient choisir entre lutter contre l’inflation en réduisant les dépenses publiques et en freinant la demande, ce qui a eu des conséquences sur la croissance économique et l’emploi, ou maintenir le modèle d’État providence, au risque d’une inflation persistante.

La Crise de l’État-Providence et l’inflation des années 1970 ont ainsi révélé les tensions entre les objectifs économiques, sociaux et politiques. Cette période de transition a profondément influencé la manière dont les économies occidentales ont évolué par la suite, marquant la fin d’une ère de prospérité ininterrompue et inaugurant des débats sur les politiques économiques et sociales qui perdurent encore aujourd’hui. Cet exemple montre comment l’École de la Régulation peut nous aider à comprendre l’inflation comme un phénomène complexe et lié à l’évolution sociale et institutionnelle.

 

Sujets en lien

ESCP 2007 : L’inflation est-elle toujours et partout un frein à la croissance économique ?

ECRICOME 1999, sujet 2 : Alors que pendant les quarante années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, la plupart des pays capitalistes développés (PCD) ont connu de fortes tensions inflationnistes, à l’heure actuelle, la déflation paraît de nouveau possible. Comment expliquez-vous cette évolution ?

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