Innovations et transformations de l’emploi au 19ème siècle

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I/ Les effets quantitatifs et qualitatifs de l’innovation sur l’emploi

La révolution industrielle a conduit à une utilisation méthodique des avancées scientifiques et techniques (A). La révolution industrielle a provoqué par le recours à l’innovation, une première accélération de la croissance. Les secteurs moteur sont les secteurs innovants, ce sont eux qui créent naturellement le plus d’emplois. Par exemple, au recensement de 1851, le textile représentait trois emplois industriels sur quatre. Ces créations d’emplois attirent une main d’œuvre qui jusque là appartenait à l’économie domestique.

Ainsi, selon Olivier Marchand et Claude Thélot, le Travail en France (1800 – 2000) (1997) , au 19 ème siècle ,on assiste à une croissance forte de la population active française de 12.9 millions d’actifs en 1806 à 20 millions en 1896.

Tout au long du siècle, les taux d’activité augmentent également, d’abord pour des raisons démographiques puis progressivement en raison des changements de comportements, confirmant ainsi l’effet incitatif des créations d’emplois évoqué plus haut. Le taux d’activité des hommes varie ainsi de 58% en 1806 à 67% en 1911, et celui des femmes de 29 à 36%.

 

L’ inégale évolution de l’emploi selon les secteurs (B). Dans la mesure où l’un des effets attendus de l’innovation est l’augmentation de la productivité du travail, elle contribue à mettre en œuvre le processus de déversement des emplois tel qu’il est décrit par exemple par Alfred Sauvy. Dés lors que dans un secteur, la productivité croit à un rythme supérieur à celui de la production, l’emploi diminue.

A contrario, il augmente si c’est la production qui croît la plus vite. La destruction d’emplois agricoles est rapide en Grande Bretagne, dès le milieu du siècle, l’agriculture ne représente plus qu’un quart des emplois. En revanche, l’évolution de la répartition de la population active est beaucoup plus lente. Certes, l’emploi agricole diminue relativement, il représentait deux emplois sur trois au début du siècle et un emploi sur deux en 1850. Par contre, en valeur absolue, il atteint son maximum en 1846 avec 9.3 millions d’actifs occupés dans le secteur. La diminution s’amorce dans la deuxième moitié du 19ème siècle mais sans être spectaculaire. Vers 1900, la répartition de la population active est la suivante : 44% des emplois dans le secteur primaire, 31% dans l’industrie et 25% dans le tertiaire. Il faudra attendre les années trente pour que les trois secteurs soient à égalité.

En réalité, la transformation des emplois est très lente (C). Par exemple, en France, c’est en 1880 que les domestiques seront les plus nombreux. Ils représentent un peu plus de 5% de la population active, conséquence anachronique de la prospérité de la bourgeoisie. Entre les recensements de 1806 et 1896, on est passé de 2.9 à 6 millions d’emplois industriels, ils croissent à un rythme à peine plus rapide que la croissance de la population active, ce qui démontre une fois de plus que la première révolution industrielle s’est en grande partie déroulée dans les structures de l’économie d’ancien régime.

Dans chacun des secteurs d’activité, il est d’ailleurs commode de distinguer première et seconde industrialisation. Dans le premier tiers du 19 ème siècle en Grande Bretagne et jusqu’en 1860 en France, les ouvriers continuent de former un monde hétérogène, encore très largement dominé par les anciens métiers.

On distingue les ouvriers ruraux des ouvriers urbains, et parmi ces derniers, ceux des ateliers et ceux des manufactures. Ce n’est en effet qu’avec la domination du factory system que s’amorcera une « prolétarisation » de la population active. Elle reste cependant tout à fait partielle jusqu’au début du 20 ème siècle puisqu’au recensement de 1906, puisqu ‘au recensement de 1906, on a encore un patron pour 4.3 ouvriers, et un quart des actifs sont des isolés (petits patrons, salariés à domicile, salariés à emploi instable).

On peut enfin conclure qu’il faut attendre les innovations d’organisation (essor des grand magasins et de la banque, introduction du division du travail dans l’entreprise) pour qu’à la fin du siècle, l’emploi « nouveau » prenne le pas sur les formes anciennes.

 

II/ L’institutionnalisation de l’emploi

 

Comment distinguer travail et emploi (A) ? On sait que la révolution industrielle a conduit à mettre en place un véritable marché du travail, cela supposait que disparaissent les entraves à la mobilité des travailleurs (corporations, lois sur les pauvres…), et que le travail devienne l’objet d’un échange marchand, ce qui annonce la définition moderne d’emploi en tant qu’exercice d’une activité rémunérée. Jean Pierre Rioux – La révolution industrielle, 1971 – estime le sous – emploi à 15% de la population active tout au long du 19ème siècle.

On trouve aujourd’hui des évaluations qui porte le chiffre jusqu’à 30%, en raison de l’importance de l’emploi domestique et des comparaisons avec les données contemporaines concernant les pays en développement. Par contre, on sait avec certitude que le taux d’activité augmente avec le taux d’urbanisation. Il faut donc considérer que l’emploi est une catégorie qui se construit tout au long du siècle, c’est pourquoi il faut ainsi attendre 1896 pour qu’une comptabilisation des chômeurs apparaissent.

Auparavant, les chômeurs apparaissent dans le groupe des « population non classée » avec les marginaux de toute nature. Le chômage est alors défini comme une interruption de travail supérieure à 8 jours et inférieur à deux ans. Cette comptabilisation est le signe qu’une norme d’emploi est désormais constituée, mais ne concerne que ceux qui appartiennent à un établissement. Le travail à domicile reste le grand inconnu des statistiques.

L’institutionnalisation progressive de l’emploi est indissociable de la transformation et de la consolidation des statuts (B). Influencé par les discours sur l’émergence d’une classe ouvrière, on s’attend à ce que le « prolétaire » soit la figure de proue de la population active. Ces « prolétaires » sont certes de plus en plus nombreux, mais ils ne représentent encore, en 1906, que 20% de la population active (environ 4 millions à la fin du siècle), avec une faible part dans la « grande industrie ». En effet, seulement un peu plus du quart d’entre eux (28%) est embauché dans des établissements de plus de 50 salariés, soit une proportion identique à celle des travailleurs à domicile. Les populations déplacées avec l’accélération de l’exode rural sont constituées pour l’essentiel de salariés agricoles qui ne sont plus que 2 millions contre encore 3.4 en 1860. Donc, les emplois non – salariés se maintiennent. Le nombre des exploitants agricoles (5.7 millions) est stable de 1850 à 1914.

Quant au « monde de la boutique » , il représentait en 1866, le tiers de la population active non agricole, et est encore 25% à la fin du siècle. Au total, la proportion des salariés (50% de la population active) varie peu avant 1914.

La transformation des emplois provoquent une crise de transmission des savoirs – faire (C). Si le modèle maître – apprenti issu des corporations décline lentement au 19ème siècle, les besoins de la grande industrie en travail qualifié peinent à être satisfaits. Quelques écoles d’ apprentissage apparaissent assez tôt (le conservatoire des arts et métiers fondé dès 1780), ces écoles sont parfois crées par des initiatives locales comme les écoles des mines ou de l’horlogerie, mais elles restent dans tous les cas insuffisantes.

La priorité est d’abord accordée à la formation générale. Avec des résultats spectaculaires, en 1850, deux tiers des actifs sont encore analphabètes, en 1914, cette proportion est tombée à un quart des actifs. La priorité de l’école est alors davantage de former des citoyens pour promouvoir l’intégration à la société que de chercher à qualifier la main d’œuvre.

 

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