Keynes et la politique budgétaire de relance

 

Alors que la dette publique n’a jamais été aussi importante et atteint aujourd’hui un record dans de nombreux pays (112,5% du PIB en France), il est intéressant de comprendre comment, en augmentant les dépenses publiques, le gouvernement cherche à relancer l’économie.

 

Mise en contexte

Pour Keynes, lorsque l’économie se trouve en situation de sous-emploi, l’état se doit d’intervenir du fait d’une main invisible défaillante. Pour cela Keynes prône l’utilisation d’une politique budgétaire de relance. Il considère qu’en cas de croissance sous-optimale et faible alors une politique budgétaire de relance des dépenses publiques permettra de redynamiser la consommation et se propagera à l’économie du fait de l’effet multiplicateur. Cette théorie repose néanmoins sur 4 hypothèses et s’inscrit dans une vision court-terme, « à long terme nous serons tous morts », Keynes.

1ière hypothèse : Forte élasticité de l’offre de biens et services, en effet il est nécessaire que la hausse de la demande puisse être satisfaite par une hausse de l’offre sans quoi la politique budgétaire de relance se traduirait par une hausse des prix.

2ième hypothèse : Il y a une rigidité des prix à court terme du fait des couts des menus.

3ième hypothèse : Equilibre de sous-emploi, du fait d’une demande effective, qui correspond à la demande future anticipée par les entreprises, trop faible les entreprises n’embauchent pas suffisamment (existence d’un chômage keynésien).

4ième hypothèse : La myopie des ménages qui consomment en fonction de leurs revenus courants (critiqué par Friedman avec le concept du revenu permanent).

              De plus, on peut ajouter qu’il n’y a pas d’effet d’éviction qui consiste à dire qu’étant donné que l’état emprunte de l’argent, celui-ci devient plus rare et donc son prix (taux d’intérêt) augmente ce qui réduit les possibilités d’emprunt pour les entreprises et donc l’investissement privé.

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Le mécanisme

 A retenir : Demande globale d’un pays = Investissement public (dépenses publiques) + Investissement privé + Consommation des ménages + Exportations

L’économie se trouve en situation de récession, il y a une faible demande et l’offre est supérieure à la demande -> L’état met en place une politique budgétaire de relance en augmentant les dépenses publiques -> Augmentation de la demande de biens et services du fait de l’investissement public qui se traduit par une amélioration des anticipations des entreprises et donc de la demande effective -> Les entreprise embauchent et investissent davantage pour répondre à la hausse de la demande -> Nouvelle hausse de la consommation du fait d’une baisse du chômage qui pousse la consommation vers le haut et ainsi de suite…

L’investissement public initial crée donc un véritable effet boule de neige du fait de l’effet multiplicateur et va augmenter le PIB jusqu’à ce que celui-ci atteigne le PIB optimal (ou PIB de plein-emploi).

Où l’effet multiplicateur est égal à : 1/1-Pmc, avec Pmc = Propension marginale à consommer (0,8 dans les pays développés selon Keynes).

Il existe néanmoins deux limites à cette politique :

1ière limite : Une hausse de l’épargne des ménages réduit drastiquement l’effet multiplicateur keynésien

2ième limite : La possibilité que cette hausse des dépenses publiques profite aux pays voisins en dynamisant les importations.

Dans ce cas le multiplicateur keynésien est égal à 1/1-Pmc+z

Avec Pmc la propension marginale à consommer et z mesurée par le % de richesse importée sur le territoire. D’autant plus que selon une étude de l’OCDE, en économie ouverte l’effet multiplicateur perd 40% de son efficacité.

Exemple de politique budgétaire de relance

La relance Mauroy

Alors que depuis le premier choc pétrolier, l’économie française peine à redémarrer avec un ralentissement du taux de croissance et une hausse du chômage, le premier ministre Pierre Mauroy décide de mettre en place la Relance Mauroy en 1981. Différentes mesures sont ainsi mises en place : une hausse du SMIC de 10%, une hausse des allocations familiales de 25% ou encore une hausse allocation logement de 50%. L’Etat souhaite ainsi redynamiser l’économie en augmentant les dépenses publiques et ainsi profiter de l’effet multiplicateur. Pourtant le bilan de cette relance ne sera pas aussi positif que prévu. En effet, bien que la croissance passe de 1,1% en 1981 à 2,5% en 1982, le chômage lui ne diminue et reste stable. De plus, d’autres indicateurs se dégradent, alors que le gouvernement planait sur un déficit de 61 milliards de francs celui-ci atteindra 95,6 milliards de francs et les importations augmenteront de 8,8%, la relance profitant ainsi aux pays étrangers. Le spectre de l’effet d’éviction faisant en plus son apparition car l’investissement des entreprises diminuera de 2,5% en 1982.

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Conclusion

              Les effets d’une politique budgétaire de relance par une hausse des dépenses publiques sont aujourd’hui certainement moindre que le prévoyait Keynes à son époque. En effet, l’ouverture mondiale crée une « fuite » de l’argent injecté ce qui réduit l’effet multiplicateur. Pour autant récemment, les politiques mises en place pour lutter contre la crise des Subprimes montre un effet multiplicateur non négligeable tout de même. En effet selon un rapport de l’OCDE de mars 2009 intitulé « Interim Economic Outlook », l’effet multiplicateur des relances a été de 2,1 en 2009 et 2 en 2010.

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