La dette est-elle un risque pour l’économie ?

La dette est un concept complexe. Les premiers problèmes économiques liés à la dette publique remontent aux cités italiennes du 13è siècle, qui avaient recours aux dettes perpétuelles. Cependant, le pléthore de dette depuis le 20è siècle a créé de nombreux déséquilibres conjoncturels mais également structurels pour les économies contemporaines. Bien que la dette soit une condition de possibilité de la croissance, elle constitue également une grande menace pour les équilibres macro économiques. Il est donc primordial d’en comprendre les enjeux.

 

I. La dette publique doit-elle être réduite ?

            Les thèses les plus courantes en économies consistent à dire que la dette publique a un impact net négatif sur la croissance économique. En effet, la dette exerce un effet d’éviction mis en perspective dans le modèle de Ramseyen 1928. Ce modèle cherche à expliquer comment la dette peut avoir des effets récessifs sur le PIB. C’est ce que l’on appelle communément “l’équivalence Ricardienne”. Ainsi, une hausse de la dette publique sera interprétée par les futurs agents économiques comme une hausse future de la fiscalité, induisant une baisse immédiate de la demande globale et donc, in fine, une baisse du PIB.

            Par ailleurs, d’autres modèles comme celui de Barro (1974)cherchent à expliquer l’effet de l’équivalence ricardienne relativement à des variables sociologiques. En effet, Barroexplique qu’une hausse de la dette ne sera pas remboursée par la génération qui connaît la hausse de l’endettement. Autrement dit, si les individus d’une société sont inquiets quant au bien être des générations futures, alors ces derniers épargneront et diminueront leurs dépenses.

            La conclusion que nous pourrions alors tirer est que la dette publique mène fatalement à une baisse du PIB et serait donc à proscrire d’un point de vue macro économique.

 

II. La dette publique doit-elle être réduite ?

             Pouvons-nous maintenant plaider en faveur de la dette publique ? La dette publique a en effet plusieurs vertus. Le modèle de Diamond (1965)cherche à relier la dette au modèle de Solow. Le modèle de Solownous explique clairement ( grâce à la règle d’or de Ramsey ) qu’il existe un niveau de capital d’équilibre noté K.or. Si K

Autrement dit, lorsque K<K.or, la hausse de la dette publique permet de revenir aux niveaux d’équilibre K.Or et C.Or !

 

III. Comment interpréter l’exemple de la France ?

            Pouvons-nous dire que le niveau de dette publique en France est inquiétant ? Selon K.Rogoff( Growth in time of debt, 2010), le niveau de dette soutenable est au niveau de 90% du PIB. Cependant, les prévisions sur la dette publique Francaise à la fin de la période COVID prévoient une dette publique de 122% du PIB.

            Cependant, comme le souligne O. Blanchard, les taux d’intérêts négatifs pour les bonds du trésors ( les taux à 1 an sont d’environ -0,6% ). Ainsi, nous nous retrouvons avec une situation telle que Taux d’intérêt < Taux de croissance de long terme.

Autrement dit on a :  1 + r < (1 + g) (1 + π) . La dette est donc soutenable tant que les taux d’intérêts demeurent faibles.

   Si nous nous référons au dernier article sur les taux d’intérêt, nous pouvons voir que l’économiste Jezabelle Couppey-Soubeyran( L’économie mondiale 2020, CEPII ) prévoit des niveaux faibles des taux pour encore 10 à 15 ans. Alors nous comprenons que la dette publique Francaise comporte de faibles risques pour la la décennie à venir, elle est donc soutenable à moyen terme.

 

IV Le problème de la dette privée en France

            Il est important de comprendre que la dette d’un pays n’est pas seulement sa dette publique. La dette privée a en effet un poids prépondérant dans les économies. Nous comprenons le rôle central de la dette privée lorsque Anne-Laure Delatte (L’économie mondiale 2019, CEPII) écrit que la crise de la zone euro est en réalité “une crise de la dette privée déguisée en crise de la dette publique”. Pour cette dernière, la hausse des IDE vers les pays du sud ont permis une hausse effrénée de la consommation de ces derniers. Cependant, la crise de 2008 a complètement annihilé le processus d’investissement qui couvrait ces dépenses. L’État s’est donc substitué aux agents privés et a converti cette crise en crise de la dette publique.

            Quid de la France ? La France est un pays dont le niveau de dette privée est estimé à 152% du PIB. Le taux d’intérêt du secteur privé est largement supérieur au trend de croissance. Ainsi nous avons 1 + r > (1 + g) (1 + π). Ceci devrait donc imposer au secteur privé d’avoir un solde de dépenses excédentaire. Cependant, le secteur privé est en déficit d’environ 1%.

 

Conclusion :

      Nous constatons donc que les débats théoriques autour de la dette sont multiples. Il existe plusieurs modèles qui mettent en perspective le rôle de la dette publique et ses répercussions sur l’économie. La solidité de l’économie Française et la raréfaction des investissements à faibles risques lui garantissent des taux faibles sur ses bonds du trésor et donc in fineune dette soutenable. L’économie Francaise peut donc s’assurer une stabilisation voire une réduction de sa dette à long terme si la confiance est maintenue. Cependant, c’est du côté de la dette privée que la France encourt un risque. En effet, les hauts niveaux d’endettement privés et le solde des dépenses du secteur privé étant déficitaire, il est fort probable que la dette privée Francaise soit insoutenable à long terme.

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