La dette : un moyen de domination pour la Chine

Depuis deux décennies, l’Empire du Milieu a versé, en dons et surtout en prêts, 722 milliards d’euros à 163 pays en développement selon le rapport d’AidData, un institut de recherche de l’université William et Mary, dont l’ambition est de rendre le financement du développement plus transparent. La Chine est certes généreuse, mais son aide se paie cher.

 

La Chine s’impose comme créancier du monde

 

Depuis le lancement du projet des « Nouvelles routes de la soie » en 2013, à l’initiative du président Xi Jinping, la puissance économique multiplie les interventions auprès des pays à faible et moyen revenu dans le but de construire des infrastructures et de gagner en influence internationale.

Les dispositifs de financements de la Chine envers des pays en développement sont sans précédent, dépassant de loin l’aide au développement déboursée par l’ensemble des pays développés. La dette liée aux emprunts chinois dépasse désormais les 10 % du produit intérieur brut (PIB) dans quarante-deux pays en développement alors que leurs finances publiques sont fragilisées par la crise du Covid-19. De ce fait, nous pouvons apercevoir le fait que ces pays à faible et à moyen revenu sont dans une situation de dépendance envers la Chine.

D’ailleurs, plus d’une centaine de chercheurs de pays de l’OCDE ont analysé dans les détails plus de 90 000 documents officiels de 13 427 projets financés par Pékin, rédigés dans de nombreuses langues, du néerlandais au persan en passant par le portugais.

 

L’aide chinoise : une aide qui profite davantage à la Chine au détriment des pays aidés

 

En effet, il serait injuste de dire que la Chine n’aide pas les pays en développement. La Chine est généreuse et développe de nombreux projets dans les pays pauvres qui permettent à la population d’améliorer son niveau de vie. Cependant, l’aide de la Chine se paie très cher. Si les pays riches finance les économies en développement avec une majorité de dons et de prets avec des taux à tarif préférentiel, la Chine se veut être dans une autre optique. Bien que le pays de Xi Jinping avance une démarche « win-win », nous observons depuis le lancement des « nouvelles routes de la soie » en 2013 que la part des prêts commerciaux a rapidement pris le dessus.

Dans des pays comme les Maldives ou le Sri Lanka, les financements chinois ont été accusés de favoriser le pouvoir en place, d’alimenter la corruption ou d’alourdir la dette. Ainsi, on pourrait utiliser ici le terme de la « dette odieuse ».

Par ailleurs, les taux d’intérêt pratiqués sont parfois élevés car la Chine prête énormément à des pays dont la solvabilité est douteuse. La Chine peut aussi demander à ces pays de souscrire une assurance ou encore de gager les prêts sur des actifs. Par exemple, l’exploitation du port de Hambantota, au Sri Lanka, étape importante du trafic maritime dans l’océan Indien, a été confiée en 2019 à une société chinoise pour 99 ans, à la suite de l’incapacité de Colombo à honorer sa dette.

 

Les dettes cachées fragilisent les débiteurs de Pékin

 

Lorsque les gouvernements, surendettés, n’ont pas la capacité d’emprunter, la Chine leur propose des alternatives. Pékin prête par exemple à des entreprises privées ou à des organismes semi-étatiques tout en réclamant des garanties de l’État. A l’été 2020, la Chine a ainsi demandé au gouvernement des Maldives de lui rembourser le prêt d’un homme d’affaires en faillite, qui lui avait été accordé avec une garantie de l’État. Ainsi, nous comptons plus des deux tiers des prêts chinois sont ainsi distribués à des entités qui ne dépendent pas directement du gouvernement alors qu’ils ne constituaient qu’une petite minorité avant 2013. A la moindre crise, ces dettes privées peuvent soudain se transformer en dettes publiques. De surcroit, un autre problème est engendré par ces dettes confidentielles. Ce dernier repose sur le fait que les pays débiteurs ne sachent pas combien ils devront rembourser au cours des années à venir du fait de l’opacité des prêts.

 

Conclusion

 

Alors que les prêts du gouvernement chinois posaient des problèmes en période de croissance, ces prêts et ces dettes cachées s’avèrent être un grand problème lors de la pandémie de la covid-19 car les capacités de remboursement des pays en développement à respecter leurs engagements ont diminué. Selon le dernier compte rendu du FMI, trente-six pays frôlent le défaut de paiement ou y sont déjà et quarante-sept ont bénéficié d’une initiative de suspension du service de la dette dans le cadre du G20.

De plus, nous pouvons souligner que l’opacité qu’engendre les prêts chinois pose des problèmes de transparence démocratique car les gouvernements doivent cacher à leurs contribuables les sommes que ces derniers devront rembourser tôt ou tard

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