La géopo en films #6 – La France

Si tous les préparationnaires ont bien compris depuis longtemps l’intérêt qu’ils pouvaient trouver à citer dans une copie d’HGGMC des références littéraires venant d’auteurs spécialisés, il est un autre type de références qui est aujourd’hui encore très délaissé par les candidats : les références cinématographiques. En effet, bien développée, elle représente un élément original et souvent pertinent dans une copie, ce qui ne pourra que surprendre le correcteur. En plus d’être un bon moyen de se détendre, regarder des films est donc un investissement rentable de temps. Troisième partie aujourd’hui d’un large passage en revue de films ayant leur place dans une copie de géopo aux concours, en poursuivant avec ceux concernant la France.

 

Chronique des années de braise, Mohammed Lakhdar-Hamina, 1975

Ce film algérien ayant reçu la palme d’or au festival de Cannes montre dans les six chapitres qui le composent la longue lutte du peuple algérien face à la colonisation française depuis 1939 qui conduira en 1962 après les accords d’Evian à l’indépendance de l’Algerie. Le citer dans une copie représente donc une occasion en or de rappeler de manière originale le lourd passé colonial de la France. Il présente en plus deux autres avantages: le faire en prenant le point de vue de l’ancienne colonie ce qui évitera tout risque d’infantilisation de celle-ci dans vos propos, mais également de montrer la difficile organisation des mouvements indépendantiste comme le FLN, tant politique que militaire, ceux-ci jouant dans bien d’autres films un rôle seulement secondaire. Attention cependant à ne pas tomber dans l’autoflagellation de l’ancienne puissance coloniale qu’est la France. Le film est à la gloire du peuple algérien, mais ne doit pas laisser de côté pour autant les côtés sombres des actions du FLN, ou encore les avantages qu’a pu retirer le pays de la présence française entre 1830 et 1962.



Les Misérables, 2019, Ladj Ly 

Pour ce second film de notre sélection, place aux chef-d’œuvre ayant reçu l’an passé quatre Césars dont celui de meilleur film au cours de la cérémonie la plus contestée du cinéma français. Ce film présente mieux que beaucoup de références la profonde crise sociale qui agite aujourd’hui la France. En effet, à un moment d’union inespérée pour fêter la victoire de l’équipe de France de football à la coupe du monde en Russie en 2018, succèdent pendant toute la durée du film uniquement des déchirements. On y suit des policiers de la BAC intervenant dans des banlieues ravagées par les trafics et la violence. Le but de ce film coup de point est d’amener à une vaste prise de conscience sur cette situation qui demeure inchangée depuis si longtemps, la faute à des mesures gouvernementales trop timides. Cela est particulièrement montré dans la dernière scène, qui s’achève par la phrase marquante issue du roman éponyme de Victor Hugo: « Mes amis, retenez ceci: il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes, seulement de mauvais cultivateurs ». On quitte donc ce film avec le sentiment désagréable que cette situation qui semble insoluble de violence continuelle et d’instabilité de certaines banlieues vient du fait que la France s’en détourne, comme incapable d’y trouver des solutions.



Numéro Une, 2017, Tonie Marshall

Après deux films montrant à quel point la situation en France est aujourd’hui négative, place à une œuvre cinématographique montrant notre pays sous un meilleur jour. On quitte les banlieues pour arriver dans le CBD de La Défense qui n’a rien envoyé à beaucoup de ceux que l’on peut trouver ailleurs dans le monde. On nous y dépeint une entreprise puissante, membre du CAC 40 soit faisant partie des quarante plus importantes firmes françaises. On voit donc une entreprise apte à lutter au sein de la mondialisation, en rapport avec des acteurs internationaux majeurs, mais qui pourtant reste fondamentalement ancrée en France comme cela est assez bien montré avec la dualité du personnage principal, présenté à la fois comme dirigeante d’entreprise, mais également dans sa vie de tous les jours. Cerise sur le gâteau, si vous souhaitez parler de féminisme en entretien ou en kholle de langues, le film offre sur ce point aussi une illustration intéressante, montrant à quel point il peut être difficile pour une femme de s’imposer à un poste élevé dans une entreprise.



Le chant du loup, 2019, Antonin Baudry

Achevons notre étude de la France par les films par une ouverture au hard power français. On y suit en effet l’équipage d’un des fameux SNLE français (sous-marin nucléaire lanceur d’engins). Mais l’intérêt géopolitique ne s’arrête pas à cela. En effet, on comprend bien à travers ce film le basculement géopolitique effectué dans le monde lors des trois dernières décennies. On est passé d’un monde bipolaire où la principale menace pour la France qui était allié aux États-Unis au sein du bloc occidental était l’URSS comme on peut le voir dans la scène d’ouverture du film. Aujourd’hui, la menace est plus nébuleuse, plus indistincte, puisqu’il s’agit maintenant aussi de menace terroriste comme cela est présenté dans la seconde partie du film. Celui-ci insiste aussi sur la difficulté pour la France d’agir dans un monde où la menace d’une guerre nucléaire est partout.

Julien Vacherot

Étudiant en première année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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