La mémoire de la colonisation en Italie

La question mémorielle liée à la période coloniale en Italie constitue un thème classique du concours en civi.

 

Une période longtemps restée traumatique pour tous

Plus encore que dans les autres pays européens, la question coloniale est longtemps restée un tabou en Italie. Elle a en effet représenté un traumatisme à plus d’un titre : l’Italie est arrivée très en retard dans la course à la colonisation. Mettre la main sur des territoires lointains représentait pour ce pays jeune un enjeu de taille, celui d’affirmer son appartenance au cercle très restreint des grandes puissances européennes. Le caractère tardif des conquêtes italiennes en Afrique ne constitue cependant pas l’unique spécificité de la colonisation italienne : les troupes italiennes se sont heurtées à une très forte résistance des peuples colonisés, comme en témoigne la célèbre défaite d’Adoua (1896), en Éthiopie, longtemps vécue par l’Italie comme une insupportable humiliation.

Au traumatisme historique s’ajoute un traumatisme « miroir », plus récent : comme tout processus colonial, la colonisation italienne ne s’est pas faite sans violences. La colonisation de l’Italie, sous l’ère mussolinienne, a vite été enfouie dans une forme d’oubli volontaire après la chute du Duce. Ainsi, pour les descendants de colons, comme pour les descendants des populations colonisées, la brève histoire coloniale de l’Italie est longtemps demeurée un lourd tabou, dans la sphère collective, mais aussi intime et familiale.

 

Un besoin collectif de revenir sur la mémoire de cette période longtemps passée sous silence

Dans Tous, sauf moi, roman paru en 2017, Francesca Melandri revient sur cette question qui traverse la société italienne dans son ensemble. Cette fiction met en scène une jeune femme qui rencontre un Éthiopien, affirmant être le petit-fils de son père, un vieil homme et ancien fasciste qui n’a jamais parlé à sa famille de son expédition en Éthiopie. Pour Francesca Melandri, cet ouvrage est le dernier d’une trilogie consacrée à la paternité et à la construction de la patrie sur un passé collectif, dont la colonisation fait incontestablement partie. La sortie de ce livre témoigne aussi du regain d’intérêt actuel pour cette heure méconnue de l’histoire italienne.

Depuis quelques années, il semblerait que la société italienne ressent le besoin d’inscrire la colonisation et ses travers dans le roman national. C’est donc toute une mémoire collective d’une période longtemps occultée qu’il s’agit de reconstruire, en prenant en compte toutes les sensibilités.

 

Trois exemples récents de la complexité de la question mémorielle de la colonisation italienne

Nous vous proposons ci-après l’analyse de trois « dossiers » récents, liés à cette thématique, et qui illustrent la complexité de cette question.

  • En 2019, le musée Pigorini, musée ethnologique de Rome, a dévoilé son projet d’ouverture d’un nouveau musée, qui exposera une fusion des collections du musée ethnologique et de l’ancien musée colonial de 1923. Le défi sera de créer une nouvelle narration, plus objective et plus fidèle à la réalité. La pandémie de Covid-19 a provisoirement retardé l’ouverture de ce nouveau musée, qui devait initialement avoir lieu en 2020.
  •  A l’occasion du prolongement de la ligne C du métro romain, une nouvelle station devait prendre le nom d’Amba Aradam. Le choix de cette victoire italienne de 1936 en Éthiopie avait provoqué un scandale dans l’opinion publique romaine et nationale. En réaction à la polémique, le maire de Rome a finalement annoncé en août 2020 l’abandon du nom d’Amba Aradam, au profit d’une dénomination plus consensuelle. Le choix du nouveau nom se porta vers Giorgio Marincola, un partisan italien né en Somalie italienne en 1923.

  • En 2003, l’Italie a restitué l’obélisque d’Aksoum à l’Éthiopie : cette restitution était prévue par le traité de paix signé en 1947 entre l’Italie et le conseil des quatre puissances alliées (France, Royaume-Uni, États-Unis et URSS). Elle avait été transportée à Rome en 1937, en pleine ère mussolinienne, et avait été placée devant le siège du Ministère de l’Afrique Italienne, aujourd’hui siège de la FAO. En 2008, une plaque commémorative a été inaugurée à l’ancien emplacement de l’obélisque, pour « ne pas oublier le passé », en mémoire des tragédies du 11 septembre 2001.

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