La rupture du « contrat du siècle » par l’Australie

Ce mercredi 15 septembre 2021, l’Australie a annoncé la rupture d’un contrat signé en 2019 avec la France concernant la fourniture de 12 sous-marins conventionnels d’une valeur de 56 milliards d’euros par l’entreprise Naval Group. Cela s’est fait au profit de la signature d’un partenariat stratégique avec les États-Unis et le Royaume-Uni – une nouvelle alliance nommée AUKUS dans la zone indopacifique – en corrélation avec la décision de Canberra d’opter pour des sous-marins à propulsion nucléaire. Cette alliance représente un véritable « coup dans le dos » pour la France selon Jean-Yves Le Drian et plus que cela, une « trahison » impensable « entre alliés ». Et, la Chine, voit quant à elle d’un très mauvais œil la signature de cette nouvelle alliance car elle pourrait en effet compromettre ses ambitions dans l’indopacifique.

 

Les intérêts des grandes puissances dans l’Indopacifique

La France revendique de plus en plus son statut de nation souveraine de l’Indopacifique. Dans cette zone, la France possède en effet 7 territoires d’outre-mer (de Clipperton à Mayotte) lesquels comportent 1,6 million de ressortissants et 9 millions de km2 de ZEE. C’est pourquoi, le président de la République française, Emmanuel Macron, a fait de cet espace l’un des axes prioritaires de la diplomatie française dans le monde. Il a d’ailleurs dit à ce sujet dans son discours de Garden Island à Sidney en 2018, que « la France doit assumer le rôle d’une puissance médiatrice, inclusive et stabilisatrice ». Elle a alors la volonté en Indopacifique de s’impliquer dans la sécurité de la zone, d’approfondir les partenariats diplomatiques, de protéger les biens communs et d’exercer une influence. Ce « contrat du siècle » représentait justement un partenariat clé sur le plan diplomatique, stratégique et militaire avec la nation la plus importante du Pacifique Sud et ce, pour une durée d’un demi-siècle.

Or, la France n’est pas le seul pays qui convoite cette zone. Et, entre la Chine et les États-Unis, le Japon et l’Inde, la France doit encore se donner les moyens de ses ambitions. En effet, la France a vu les États-Unis leur passer devant par un contrat passé avec l’Australie. À travers ce contrat, les États-Unis souhaitent assurer leur mainmise sur une flotte de sous-marins qu’ils auront construits eux-mêmes. Les États-Unis retournent ainsi à la doctrine du « avec nous ou contre nous » initiée en 2001 : ils ne peuvent plus, dès lors, tolérer de troisième voie dans le Pacifique. L’objectif des États-Unis est donc de contenir la puissance chinoise, tant d’un point de vue économique, que militaire en endiguant la stratégie chinoise du « collier de perles » qui s’étend de l’île Woody aux Paracels jusqu’à Gwadar au Pakistan.

 

Un « coup dans le dos » pour la France

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, considère cette rupture de contrat comme un « coup dans le dos » de la part de l’Australie. Florence Parly, ministre des Armées, voit quant à elle cela comme « une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée ». Les deux ministres ne décolèrent donc pas face à la trahison de l’Australie et fustigent également l’attitude des États-Unis, plus particulièrement de l’administration américaine de Joe Biden que Jean-Yves Le Drian qualifie « d’assez insupportable », avec des décisions « brutales », à la « Trump ». En effet, ce n’est pas la première fois que l’administration Biden met à mal l’industrie française de l’armement. C’était déjà le cas avec le contrat d’avions de combat passé avec la Suisse qui en une journée avait décidé de signer pour des F-35 au lieu des Rafale. 

Afin de protester contre la rupture du « contrat du siècle », la France a d’ailleurs rappelé ses ambassadeurs à Washington et Canberra. Cela n’avait jamais eu lieu dans l’histoire vis-à-vis de ces deux pays, alliés historiques de la France. Mais, il fallait bel et bien « marquer la gravité de ce moment », selon Philippe Etienne, ambassadeur de France aux États-Unis. En effet, pour Paris c’est une double trahison de trois pays amis qui pourrait avoir des conséquences géopolitiques graves comme un retrait de l’OTAN au profit d’une défense européenne sans les Américains.

Or, les États-Unis savent que la France est un allié important pour eux. C’est pourquoi, Joe Biden s’est montré plutôt conciliant envers Paris, en assurant que les États-Unis voulaient « travailler étroitement avec la France dans cette zone très stratégique ».

 

Un expansionnisme chinois mis à mal

Les sous-marins nucléaires commandés par l’Australie et la création d’AUKUS ravivent les tensions avec la Chine. Cette dernière estime que le pacte de défense AUKUS met à mal la stabilité dans la région Indopacifique et que l’achat de ces sous-marins nucléaires remet en cause les efforts internationaux de non-prolifération nucléaire.

En réalité, la Chine voit juste ses intérêts mis à mal dans ce vaste espace, à la fois hautement stratégique d’un point de vue militaire et d’un point de vue économique. En effet, Pékin revendique des archipels en mer de Chine méridionale pour l’obtention de la ZEE et l’exploitation des sous-sols (17 milliards de tonnes d’équivalent pétrole) avec les îles Spartleys et Paracels (sur laquelle des bases militaires chinoises ont été construites).

Alors, l’expansionnisme chinois dans la zone indopacifique y est contesté par des puissances rivales. Par exemple, la Chine et les États-Unis semblent être dans un piège de Thucydide (Graham Allison, Vers la guerre : L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ?) avec une rivalité qui peut à termes accroître la conflictualité entre ces deux pays malgré une très forte interdépendance économique. Quant à l’Australie, elle souhaite dissuader la Chine dans cette zone avec la signature d’un contrat de sous-marins nucléaires par exemple. Il y alors de l’animosité de part et d’autre concernant aussi bien les appels de Canberra à une enquête sur les origines de l’épidémie de COVID-19 que les cyberattaques chinoises sur les infrastructures critiques australiennes en juin 2020.  

Ainsi, la rupture du « contrat du siècle » a certes des conséquences économiques sur l’entreprise française Naval Group mais plus que cela, de nombreuses conséquences géopolitiques dans l’Indopacifique, cette zone tant convoitée.

 

Les sujets sur lesquels vous pouvez utiliser cet article en dissertation

  • Les sujets sur l’industrie. Exemple de sujet de concours : L’industrie, un enjeu majeur au carrefour des problématiques de la mondialisation contemporaine (ESSEC 2014).
  • Les sujets sur les espaces maritimes. Exemple de sujet de concours : Les espaces maritimes, objet de tensions et de conflits entre les États (ESCP 2015).

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  • Les sujets sur les espaces communs. Exemple de sujet de concours : La maîtrise des espaces communs (maritime, aérien, extra-atmosphérique et numérique), enjeu de puissance par les États depuis 1945 (ESSEC 2021).

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  • Les sujets sur la France dans le monde. Exemple de sujet de concours : La France dans la recomposition des puissances dominantes (ESCP 2020).

Lire plus : La France dans la recomposition des puissances dominantes.

  • Les sujets sur les États-Unis dans le monde. Exemple de sujet de concours : Les États-Unis : l’exercice de la puissance (ESCP 2013).
  • Les sujets sur la rivalité sino-américaine. Exemple de sujet de concours : États-Unis – Chine : Rivalités de pouvoir et d’influence (ESCP 2018).

Lire plus : États-Unis – Chine : Rivalités de pouvoir et d’influence.

 

Une œuvre pour faire la différence

Thomas Gomart, L’affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques. Dans ce livre, Thomas Gomart s’intéresse à la lutte pour le contrôle des espaces communs : mer, air, spatial et numérique. Les routes maritimes sont les artères de la mondialisation puisque 90 % des échanges commerciaux mondiaux se font par elles (les échanges transpacifiques en représentent une grande partie).

Matthieu Zuili

Étudiant en première année à NEOMA Reims, j'ai à coeur de vous partager ma passion pour la géopolitique et de vous donner les clés pour réussir dans cette matière.

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