La Zone Euro est-elle un risque pour notre économie ?

La Zone Euro ( également appelée UEM ) est cette zone monétaire crée en 1999, regroupant aujourd’hui 19 pays membres. Aujourd’hui, la zone euro ne manque pas d’être la cible des critiques et nombreux sont les détracteurs qui lui incombent tous les maux économiques que les pays membres peuvent connaître. Cependant, les faits montrent que la situation est plus complexe qu’il n’y paraît et les critiques seraient, de surcroit, autant partielles que partiales. 

 

I. Que pourrait-on reprocher à la zone Euro ?

La zone euro a été construite sans les ingrédients de sa réussite” nous dit Christian de Saint-Etienne dans son ouvrage La zone euro: sortir ou la réformer? . Nous comprenons alors que de nombreux éléments pourraient manquer à la bonne réalisation de cette zone monétaire. 

Le premier élément serait d’avoir une “zone monétaire optimale” au sens de Robert Mundell (Article de 1961 dans l’American Economic Review ). Une zone monétaire optimale (ZMO) est une zone économique au sein de laquelle, si les changes sont fixes ou semi-fixes, le facteur travail doit pouvoir être parfaitement mobile au sein de la zone. Ainsi, en cas de chocs asymétrique ( une crise touchant la France et non l’Allemagne, par exemple ) les salariés Français pourraient aller travailler en Allemagne. Ceci est d’autant plus important que la France ne peut user d’une politique de relance monétaire à cause des taux de changes fixes pour sa monnaie. De ce fait, il est clair que ce premier critère n’a pas été respecté. La main d’oeuvre est encore trop rigide et reste ancrée à son pays d’origine.

 

   De plus, il est clair que la zone se doit d’être homogène du point de vue de l’économie réelle. Des écarts de compétitivité pourraient par exemple creuser les inégalités et créer des spread sur les taux de change nationaux, entrainant de multiples déséquilibres liés à des politiques monétaires ne correspondant plus du tout à la situation économiques de certains pays membres. Dans un article de l’OFCE écrit en 2018 (L’Avenir de l’Euro), les économistes P. De Grauwe et Y. Ji mettent en relief plusieurs problèmes de cet ordre. 

 

1) Le premier est que la zone euro manque cruellement d’outils qui permettraient de réguler les écarts de compétitivité des pays. Patrick Artus dénonce également ces problématiques dans son article : Quelles sont les difficultés essentielles de la Zone Euro ? OFCE, 2014. Artus explique par exemple qu’il existe une diversité des systèmes productifs qui crée in fine des écarts de compétitivité. Le secteur représente 10% du PIB français contre 20% du PIB allemand. 

 

2) Le second problème est le fait qu’il n’existe toujours pas de dette Européenne disponible sur les marchés financiers. En effet, il existe un risque inhérent au système de la Zone euro : les pays émettent des titres de dette sur laquelle ils n’ont aucun contrôle. Les pays ne peuvent pas garantir les remboursement des bons du trésors contrairement à la FED, par exemple. La création d’une dette européenne donnerait un nouveau souffle à l’euro et éviterait les crises de la dette auto-réalisatrices.

 

3) Le dernier problème de la zone euro est l’imbrication des marchés financiers entre-eux. Il est d’autant plus nécessaire de créer une dette commune puisque les banques systémiques de chaque pays ont des bilans composés des dettes de pays membres.

 

II. Faut-il pour autant sortir de la zone euro ?

Dans une étude empirique réalisée par le CEP en 2019 intitulée 20 ans d’euro : perdants et gagnants, une étude empirique, il est est mis en évidence que chaque français aurait perdu environ 56 000 euros de 1999 à 2017, à cause de la zone euro. Cependant, il ne faudrait pas penser que la France doive quitter la zone euro pour autant. En effet, comme nous l’avons vu sur l’article concernant les risques liés à la dette, la dette Française reste soutenable tant que celle-ci profite des taux négatifs. Cependant, quitter la zone euro ferait exploser le niveau des taux d’intérêts et rendrait la dette française de plus en plus insoutenable. 

De plus, les experts de CEP ne préconisent pas non plus de sortir de la zone euro. Ils prônent une réforme de la zone monétaire en faveur du libéralisme économique du marché du travail qui laisserait plus de flexibilité à la zone afin d’absorber les chocs asymétriques. La baisse des salaires lors de crise serait le nouveau régulateur automatique, remplaçant de facto la politique monétaire. 

 

III. Comment réformer la zone euro afin de ne plus craindre de risques futurs ?

Les réformes qui doivent être menées sont légions. Tout d’abord, il faudrait procéder à une libéralisation du marché du travail. Comme nous venons de l’expliquer, cette libéralisation permettrait de laisser le marché du travail s’auto-réguler permettant à la politique monétaire de suivre les exigences de taux de change. 

Par ailleurs, comme le soulignent nombre d’économistes, la zone euro a trop longtemps subi un euro sur évalué. Il est nécessaire de retrouver un euro plus faible qui laisserait respirer les industries nationales comme le souligne I. Gravet

Enfin, il faut allouer l’épargne de façon plus efficace au sein de la zone euro. En effet, l’Allemagne et les Pays-Bas ont eu tendance à investir de façon trop intense dans l’immobilier des pays du sud. Les bulles spéculatives sur certains marchés ont donc été fatales pour ces pays et ont de nouveau détourné l’épargne des pays comme la Grèce ou l’Espagne. Les pays comme l’Allemagne investissent donc bien plus aux Etats-unis que dans la zone Euro, causant alors de gros déséquilibres de balances des paiements censés être équilibrés grâce à l’UEM. 

 

Conclusion

Bien qu’imparfaite, la zone euro demeure la condition de possibilité de soutenabilité de la dette de nombreux pays. La zone euro permet une forte création de commerce avec une baisse des risque liés aux fluctuations sur les marchés des changes. En somme, nombreux sont les avantages de la zone. Cependant, il demeure nécessaire de réformer correctement les économies afin de leur donner davantage de flexibilité. La création d’une dette commune est également un élément majeur de la réussite future de la zone euro, et la création de projets d’investissements ambitieux permettant la reallocation de l’épargne serait nécessaire pour la bonne santé des pays de la zone. 

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