L’accord commercial historique entre Israël et les Émirats Arabes Unis

En mai dernier (31/05/2022), l’État d’Israël a signé son premier accord de libre échange avec un pays arabe, les Émirats arabes unis après des négociations amorcées dès 2020. L’AFP qualifie ce traité d’ « accord historique » et, effectivement, cette décision bipartite s’avère être un tournant à la fois économique et géopolitique.

 

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Le contenu de l’accord

Dans un premier temps, on peut qualifier ce traité de libre-échange entre Jérusalem et Abou Dabi d’un accord pour le moins surprenant ou plutôt inattendu du point de vue économique. En effet, le traité de libre-échange va abolir les barrières douanières entre les deux pays pour 96 % des produits échangés. A noter que, selon le gouvernement israélien, les échanges commerciaux entre les deux protagonistes de cet accord se sont élevés à 900 millions de dollars sur l’année 2021, soit un peu plus de 814 millions d’euros.

Selon le président du Conseil commercial émirato-israélien Dorian Barak, cet accord va être une réussite sans précédent avec des relations commerciales entre les deux pays dépassant les deux milliards de dollars en 2022 et cinq milliards d’ici cinq ans selon ses estimations.

Principalement, les produits échangés appartiennent aux secteurs des biens de consommation, du tourisme ou encore des énergies renouvelables.

 

Pourquoi ce traité est-il paradoxal ?

Cet accord intervient de manière paradoxale économiquement c’est-à-dire après deux chocs conjoncturels (crise sanitaire et guerre en Ukraine) ayant considérablement affaibli l’économie mondiale, synonyme de ralentissement des échanges. Par ailleurs, ce traité survient peu de temps après que l’OMC et le FMI publiaient des rapports inquiétants quant au ralentissement des échanges mondiaux sur l’année 2022. On constate donc que cet accord défie la doxa économique traditionnelle et contredit les projections des grandes institutions qui régissent le commerce mondial.

Lire plus : Retour sur la Douzième Conférence ministérielle de l’OMC : quelles conclusions ?

 

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Cependant, quel phénomène économique illustre-t-il ?

Cet accord signé par Israël et les Émirats arabes unis témoigne d’une réalité économique déjà existante à savoir la fragmentation des chaînes de valeurs au sein du commerce mondial.

En effet, dans un entretien accordé au média spécialisé en économie Melchior, l’économiste français, directeur de la recherche et des études de Natixis, administrateur chez Total, Patrick ARTUS démontre que depuis dix ans demeure un freinage de la globalisation (ou mondialisation) dans l’économie réelle mondiale. Cela s’explique, selon lui, par le passage d’une économie où l’on segmentait les processus de production, « la segmentation des chaînes de valeurs » qui faisait augmenter le volume des échanges commerciaux, à une dynamique où l’on localise les productions auprès de l’acheteur final des biens. Cela aboutit, in fine, à une diminution du commerce mondial.

On voit donc bien à travers ce traité entre ces deux pays géographiquement proches ce que ARTUS nomme la régionalisation de l’économie mondiale qui pourrait conduire à une modification des cycles économiques avec l’apparition de cycles régionaux plutôt que mondiaux.

 

Voir plus: Entretien avec Patrick Artus (très utile pour vos dissertations d’ESH)

 

Un accord sur fond de tensions majeures

D’un point de vue géopolitique, cet accord est là aussi un évènement sans précédent. En effet, étant l’aboutissement des relations diplomatiques amorcées entre l’État d’Israël et les Émirats arabes unis dès 2020, ce traité est le premier et unique accord entre l’État hébreu et un pays arabe bien qu’on connaisse les tensions existantes entre la Palestine et celui-ci.

Il est important de notifier que cet accord est survenu deux jours seulement après la « marche des drapeaux » à Jérusalem commémorant la conquête de 1967 (annexion non reconnue par les instances internationales). Cette marche s’est effectuée sur fond de tensions et violences entre palestiniens et israéliens.

De surcroît, le traité de libre-échange ne permet pas non plus d’oublier les évènements du 11 mai 2022 en Cisjordanie ayant donné la mort à la journaliste palestino-américaine Shireen Abu Akleh.

Lire plus: Les conflits israélo-arabes (1/5) : des origines à la guerre de création

 

Un traité sous l’égide américaine

Enfin, ces accords ont été signés sous l’égide des États-Unis démontrant toujours l’influence de ces derniers sur le reste du globe. Voici par ailleurs, la liste des quelques pays ayant accepté de normaliser leurs relations avec Israël sous demande des États-Unis : les Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc, Soudan (en cours).

Lire plus : Le rapport au monde des États-Unis

 

La paix par l’échange ?

Quoi de mieux pour conclure que la célèbre citation de l’économiste français et chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques Éloi Laurent, affirmant qu’il est possible de faire « la paix par l’échange ». En effet, cette phrase avait été employée par l’économiste afin d’évoquer la normalisation des accords de libre-circulation entre les pays européens aux prémices de la construction européenne amorcée après la seconde guerre mondiale.

Ainsi, l’on pourrait espérer, d’un œil optimiste, que cet accord vienne comme l’espoir d’un apaisement des conflits ethniques entre peuples arabe et israélite et cela par l’émergence d’intérêts communs.
Alors, plus qu’un simple accord commercial entre deux pays, ce traité de libre-échange entre Israël et les Émirats arabes unis demeure la genèse de nouveaux enjeux sociaux, ethnoculturels et géopolitiques pour le monde de demain.

Pour finir, ce récent accord vient à nouveau donner raison au célèbre économiste et prix Nobel d’économie Amartya Sen lorsque celui-ci publiait son livre en 1999 intitulé « L’économie est une science morale ».

Benjamin Masson

Etudiant à l'emlyon après deux ans de classe préparatoire ECE au lycée St Just, j'ai à cœur d'aider les préparationnaires du mieux possible notamment en ESH.

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