L’administration Biden, un nouveau départ pour la diplomatie américaine ?

Après plusieurs tentatives de recours judiciaires au vote américain du 3 novembre 2020, le président sortant Donald Trump a enfin laissé le champ le libre à Joe Biden pour amorcer sa transition vers la Maison Blanche, sans toutefois reconnaître sa défaite. Bien que Trump détienne encore le pouvoir exécutif, la passation de pouvoir semble maintenant assurée et sera confirmée le 14 décembre 2020 par le vote du Collège Électoral. L’arrivée de Biden au pouvoir sera-t-elle synonyme d’un renouveau de la diplomatie américaine ?

 

L’héritage de la politique « America First »

 Bien qu’il soit difficile de dégager une cohérence dans la politique étrangère trumpiste, les quatre ans de Donald Trump à la Maison Blanche peuvent être caractérisés par un retour des États-Unis à une souveraineté nationale affirmée. En effet, avec son slogan « America First », le président a mis fin au multilatéralisme américain post 1945 : retrait des Accords de Paris sur le climat, retrait de l’accord économique TPP (Trans-Pacific Partnership), retrait de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), retrait du traité « Ciel Ouvert » avec la Russie, arrêt du financement de l’OMS… Cet abandon des traités internationaux et de certaines organisations a eu pour conséquence de fragiliser la relation avec les alliés, notamment l’Union européenne, pour qui la paix mondiale repose sur la coopération internationale et le multilatéralisme. Le mouvement de recul de la première puissance mondiale a été perçu comme un symbole fort et a affaibli l’influence des traités et des organisations qui ont également perdu un important soutien financier. Trump est au contraire convaincu que le multilatéralisme dessert les intérêts américains au profit des autres pays qui bénéficient et profitent du financement important des États-Unis.

De plus, la stratégie de Trump qui prône un retour à l’isolationnisme a déconstruit l’idée d’une « communauté internationale » solidaire, mettant en évidence une réalité simple : l’environnement international est très compétitif et ses leaders ne sont plus les puissances occidentales. Les États-Unis ne seront plus les « gendarmes du monde » a-t-il lui-même annoncé, laissant de fait la place à d’autres pays tels que la Chine ou encore la Russie pour asseoir leur influence géopolitique.

Enfin, la stratégie de communication de Donald Trump, massive, agressive et directe via son utilisation compulsive du réseau Twitter a largement contribué, à grand renfort d’annonces imprévisibles et déconcertantes, à créer un climat international instable, source d’inquiétude pour les acteurs mondiaux. Il a entre autres considérablement renforcé les tensions avec l’Iran, et surtout avec la Chine qu’il définit comme le rival principal des États-Unis. Il livre une guerre commerciale et technologique frontale à Xi Xinping, et a mis en place des restrictions protectionnistes vis-à-vis des produits chinois, et notamment de Huawei le nouveau géant de la 5G. La nouvelle relation bilatérale sino-américaine, parfois appelée « nouvelle guerre froide », place désormais les autres pays dans une position délicate où les diplomaties s’évertuent à éviter de choisir entre Washington et Pékin.

 

Biden, un antidote à Trump ?

Là où Trump s’est trop souvent décrédibilisé par son ignorance dans bon nombre de domaines, Biden s’avère peut-être être le candidat le mieux préparé de l’Histoire des États-Unis à la présidence. Figure de l’establishment, ancien président de la commission des affaires étrangères au Sénat, vice-président pendant huit ans, la carrière politique de Joe Biden est longue et le dote d’une connaissance parfaite des institutions de son pays. Passionné de relations internationales et notamment des relations du Moyen-Orient, son approche de la diplomatie sera, dans la forme, en opposition complète à son prédécesseur.

Tout d’abord, la tâche du 46ème président des États-Unis consistera en grande partie à réparer les erreurs de l’administration Trump. Ce dernier devra s’appliquer à recréer des relations diplomatiques apaisées en rassurant et en renouant un lien plus stable avec ses alliés. L’Europe en particulier a été quasiment maltraitée par Trump pour qui l’idée même d’Union européenne représente l’antithèse du nationalisme qu’il prône. Pour cela Biden devra à nouveau impliquer le pays dans la coopération internationale et retourner à plus de multilatéralisme (OTAN, OMS, Accords de Paris…) notamment s’il souhaite s’impliquer de manière efficace dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ensuite, Biden a exprimé  sa volonté de réaffirmer la position des États-Unis en tant que défenseurs de la démocratie et des droits de l’Homme. Il veut dénoncer les dérives de la politique chinoise dans ce domaine (camps d’internement des Ouïghours, relations avec Taiwan, non-respect de la démocratie à Hong-Kong).

Enfin, les dossiers principaux sur lesquels le nouveau président devra se pencher en priorité sont :

  • Le Moyen-Orient, qui est l’une des régions phares où Biden tentera de pacifier les relations. En effet, il est probable que la nouvelle présidence manifeste la volonté de réintroduire un processus de paix israélo-palestinien en proposant à nouveau une résolution du conflit avec une solution à deux états. Biden devra également tenter d’apaiser les relations avec l’Iran afin de convaincre le pays de ralentir son développement nucléaire.
  • La Chine est le dossier le plus important dont Biden héritera. La rivalité exacerbée entre les EU et la Chine ne semble pas prête d’évoluer car la peur d’être remplacée comme première puissance mondiale est partagée par l’ensemble du spectre politique américain. Cependant, Biden a les capacités nécessaires pour pacifier le discours entre les deux pays car il connaît très bien Xi Xinping grâce à son expérience de Vice-Président.

Ainsi, la politique étrangère de Biden consistera en grande partie à réaffirmer le statut démocratique de son pays et à apaiser les tensions créées par Trump ces quatre dernières années en renouant des relations diplomatiques plus stables à la fois avec ses alliés et ses rivaux. Les États-Unis  ne seront plus un électron libre sur la scène internationale et l’on peut s’attendre à plus de constance et de multilatéralisme de la part du nouveau président démocrate qui a conscience de la nécessité de coopérer avec ses voisins, notamment dans la lutte pour la préservation de l’environnement.

 

Restaurer ou réformer la diplomatie américaine ?

 Bien que l’arrivée de Biden représente un soulagement pour beaucoup aux États-Unis et ailleurs, il est peu probable que le pays retrouve les lignes diplomatiques pré-Trump. En effet, Barack Obama avait déjà amorcé la doctrine du « leadership from behind » durant sa présidence, en réduisant les effectifs des troupes américaines au Moyen-Orient et avait déjà laissé à l’époque entrevoir la mutation des intérêts américains. Ainsi le désir du retour à une priorité nationale avait déjà émergé entre 2008 et 2016 lors de la période Obama-Biden. Bien que le nouveau président élu soit attaché à l’idée de multilatéralisme et d’une forme de responsabilité internationale des EU, dans les faits, il est probable qu’« America First » reste le slogan sous-jacent du pays. Biden se positionne au centre-gauche du spectre politique américain, et devra gouverner avec un Sénat à majorité républicaine. Ce n’est pas donc pas un Bernie Sanders (personnage politique beaucoup plus socialiste et environnementaliste) et sa politique étrangère ne sera pas en rupture totale avec celle de Donald Trump.

De plus, le président sortant s’étant retiré de bon nombre d’accords stratégiques, les EU ont-ils la légitimité de retrouver leur place de leader mondial ? Bien que très présent sur certains dossiers, Trump s’est exclu de nombreuses négociations laissant la place à d’autres puissances qui en ont profité pour étendre leur influence (les routes de la soie chinoises, l’influence grandissante de la Turquie et de la Russie au Moyen-Orient).

Enfin, alors que certains hésitent entre réformer ou restaurer la diplomatie américaine, il semble que Biden instaurera un entre-deux. Les États-Unis rejoindront de nouveau l’Europe sur la défense de valeurs occidentales communes mais ne joueront plus leur rôle de mécène des institutions internationales. Comme Trump, Biden exigera certainement une hausse de la participation financière européenne. Cela représente une opportunité pour l’Union Européenne de s’affirmer mais aussi de s’affranchir de la protection américaine, en investissant dans sa propre défense, si tant est qu’elle en ait les moyens. Le changement de stratégie des américains représente donc pour l’Europe une opportunité de redéfinir leurs relations.

Ainsi, Trump a enclenché une mutation brutale de la diplomatie américaine, brisant l’illusion d’une « communauté internationale ». Le contexte d’après-guerre dans lequel les États-Unis se sont imposés n’est plus, et il appartient désormais à Joe Biden de trouver sa place sur la scène internationale en pacifiant ses rapports avec ses voisins sans pour autant faire passer les intérêts américains au second plan. Le contexte international est hyper-compétitif et Sleepy Joe compte bien se réveiller et rester numéro un.

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