Le protectionnisme doit-il être envisagé pour la France ?

Définition des termes du sujet

La France comprend ses entreprises, actifs, pouvoir publics, consommateurs…

Qu’est-ce qu’on appelle le protectionnisme? C’est une politique commerciale dont l’objectif est d’ériger des obstacles aux entreprises étrangères qui souhaiteraient exporter ou s’implanter sur le territoire national.

Quels sont les moyens qui peuvent être qualifiés de protectionnistes ?

  • Protectionnisme douanier: il se manifeste à la frontière, la seule forme de protectionnisme acceptable au sein de l’OMC c’est le droit de douanes

Quotas : quantité fixée au départ qui a le droit de rentrer sur le territoire national

Dumping : Lorsque les produits sont vendus moins chers à l’étranger que sur le marché national.

  • Normes techniques: (protectionnisme technique) dévaluation

L’économie française est insérée dans la mondialisation mais cette insertion pose deux problèmes:

  • Une balance commerciale déficitaire : on importe plus que l’on exporte (45 milliards d’euros en 2015)
  • Délocalisations (perte d’emploi notamment dans le secteur industriel) avec des entreprises françaises qui décident de transférer leurs activités hors du territoire national. Ces délocalisations inquiètes participent à un phénomènes de désindustrialisation (industrie = 15% du PIB)

 

I. LE PROTECTIONNISME EST LE SYMPTÔME D’UNE DÉFAILLANCE

Depuis la fin des années 50 et la signature du traité de Rome, l’économie française a prospéré grâce à une ouverture croissante des marchés dans un cadre régional : l’UE. Le même processus se déroule au niveau mondial depuis 1947 et la signature des accords du GATT. La revendication protectionniste qui est présente aujourd’hui, en France mais dans beaucoup de pays (USA) traduit l’incapacité des pays à se mettre d’accord pour se doter de règles communes en matière d’échanges. Libéraliser les échanges est source de croissance mais les bénéfices attendus d’une libéralisation, alors que les droits de douane sont actuellement très faibles (> 4% en moyenne) sont limités (cela ne changera rien si on passe les droits de douanes à 2%). Aujourd’hui les négociations commerciales portent sur autre chose que les droits de douanes : les normes, les mesures relatives aux investissements étrangers. Depuis les accords du GATT, on a passé de nombreux obstacles pour baisser les droits de douanes et aujourd’hui on a globalement réussi mais pour aller plus loin dans l’intégration des marchés il va falloir s’attaquer à quelque chose d’autre sans consensus.

A)Une défaillance de coordination

Le protectionnisme signifierait une rupture avec un mouvement de libéralisation continu depuis 1957 ou 47 (suivant le cadre européen ou mondial).

Il y a un problème majeur : la politique commerciale relève d’une compétence communautaire : nous faisons parti d’une union douanière signée en 1957 et réalisée en 1968. La France ne peut pas choisir sa politique commerciale car c’est de la responsabilité de la Commission Européenne. La situation de la France par rapport à ses partenaires s’est dégradée. En 2015, la part des exportations françaises parmi les exportations totales de la zone euro est de 12%. Depuis 1999, cette part n’a cessée de reculer. Ce résultat négatif explique pourquoi la méfiance vis à vis de l’intégration européenne est forte en France.

Les règles du GATT imposent un principe de consolidation depuis 1947. Le GATT porte sur le domaine des biens. Une fois que les droits de douanes ont été baissés, ils ne peuvent plus être rehaussés, sinon de manière temporelle et exceptionnelle ou les pays peuvent sortir du GATT.

B) Le choix d’un optimum de second rang

Un optimum c’est une situation qui maximise le bien être des habitants : c’est la meilleure solution possible. Second rang : on va atteindre un équilibre qui est moins favorable.

La théorie économique standard explique que le libre-échange conduit à un optimum et la protection commerciale empêche de l’atteindre.

Le recours au protectionnisme réduit la spécialisation et la division du travail. Cela va rendre le système économique moins efficace et cela conduit à un ralentissement de la croissance. Des travaux ont été réalisés par l’OCDE sur la période 1970-1995. C’est une période dans laquelle il y a à la fois des choix divergents en matière de politique commerciale et un processus d’ouverture qui concerne les PECO et la Chine (pays émergents). Les pays ouverts sur cette période là ont connu un taux de croissance moyen de 4,5% par an. Pour les pays fermés, victimes de sanction ou par choix de politiques de substitution d’importations ont un taux de croissance de 0,7%. Le protectionnisme est couteux en terme de croissance économique.

Le protectionnisme créé des effets de distorsion au profit des entreprises les moins performantes. La concurrence externe est ce qui permet d’inciter les entreprises à innover, à améliorer leur rentabilité et à mieux répondre aux besoins des consommateurs. Dans une économie protégée, les entreprises nationales sont moins performantes et cette perte d’efficacité pénalise le niveau de vie.

 

II. LE PROTECTIONNISME EST L’AVEU D’UN ECHEC

Le protectionnisme s’est imposé dans le débat public français à la faveur de questions sur le déclin de la compétitivité des entreprises françaises et le recul de la capacité de la France à attirer des IDE.

A)Un déficit de compétitivité des entreprises françaises

La compétitivité est le fait de faire face à la concurrence étrangère grâce à une maitrise de ses prix et/ou une meilleure qualité des produits.

Le recul de la compétitivité est marqué par des pertes de parts de marché même dans les domaines où la France excelle. Sur la période 2009-2011, 4% des entreprises industrielles ont procédé à des délocalisations selon l’INSEE ce qui représente 20 000 emplois perdus sur 3 ans.

1ere destination : l’Europe de l’Ouest

2ème destination : l’Europe de l’Est

3ème destination: la Chine

4ème destination: l’Inde

La France s’est positionnée sur des biens de qualité moyenne et sur ce segment, elle s’expose à la concurrence frontale des pays émergents parce que la concurrence est essentiellement une concurrence par les couts de production. C’est très différent du choix allemand : choix de la montée en gamme dans des productions où la concurrence est moindre : ne plus faire du made in Germany (trop cher) mais du assemblé en Allemagne et monter en gamme en fabriquant des biens qui ont une valeur ajoutée beaucoup plus importante (moins de concurrence).

B) Un déficit d’attractivité de la France

La position de la France est la suivante : c’est le 7ème rang mondial en terme de stocks d’IDE. C’est le 19ème rang mondial en terme de flux d’investissements entrant. Les IDE représentent pour la France 1,7 millions d’emplois dans les entreprises étrangères (18 000 filiales de groupes étrangers). Il est évident que le protectionnisme risque de décourager un petit peu plus les investissements étrangers. Jusqu’aux débuts des année 2000, l’économie française a été attractive. Si l’économie française est moins attractive, c’est parce que les autres pays ont su se rendre plus attractifs que la France. Par exemple, toutes les mesures sur la fiscalité des entreprises sont timides ou compliquées (CICE). D’autres pays ont choisi des mesures plus directes. En France, les grandes entreprises payent moins d’impôts sur leurs bénéfices que les PME ⇒dispositifs pas efficaces.

 

III. LE PROTECTIONNISME EST L’ACCEPTATION D’UN TRANSFERT DE RICHESSES

Le protectionnisme se traduit par une augmentation du prix des produits importés qui a une incidence négative sur les acheteurs de biens de consommation finale, c’est-à-dire les consommateurs. Cela désavantage aussi les entreprises qui achètent des biens intermédiaires.

A)Une dégradation des termes de l’échange = appauvrissement

Le protectionnisme réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Ceci est surtout sensible s’il n’existe pas de produit de substitution sur le marché national. Etude faite par le CEPII sur les produits chinois et a montré que pour les ménages qui substitueraient des produits made in China par des produits made in France, cela représenterait un surcout de 1270 à 3620 euros par an et par ménage.

En protégeant l’économie française par une dévaluation, cela aurait pour conséquence de déprécier la valeur de nos exportations exprimées en devise (vendre moins cher ce que l’on produit). C’est un appauvrissement pour un prix unitaire.

B) Une politique coûteuse

Un pays qui adopte des mesures protectionnistes s’expose à des mesures de rétorsion de la part de ses partenaires sous la forme de relèvement des droits de douanes →guerre commerciale.

Aujourd’hui, la DIPP (division internationale du processus productif ou fragmentation des chaînes de valeur) est très présente. Un pays qui exporte des biens manufacturés, c’est aussi un pays qui importe beaucoup parce que le processus de production est décomposé avec une implantation multiple des FMN en fonction des coûts de production et enfin assemblage final dans un pays. ex : l’iPhone en Chine, composants exportés de partout (Allemagne, Japon, Italie, Taiwan…). Le protectionnisme renchérit le cout des biens intermédiaires et cela réduit la compétitivité.

 

Conclusion

C’est moins les objectifs du protectionnismes qui sont inadaptés ou condamnable que les moyens du protectionnisme qui posent problèmes. Si l’objectif est de restaurer l’équilibre extérieur français, c’est un objectif qui doit être poursuivit mais pas à ce prix là. Le cout du protectionnisme au sein de l’UE représente 90 milliards d’euros, c’est-à-dire 6% du PIB de l’UE et 220 000 euros par empois sauvés. N’y a t-il pas des moyens moins couteux et plus efficace de créer des emplois au sein de l’UE ?

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