Le sport : nouvelle stratégie de l’Arabie saoudite

Dirigé par le prince héritier Mohammed Ben Salmane, le royaume d’Arabie Saoudite ne cesse de faire parler de lui à l’international. La normalisation des relations avec l’Iran orchestrée en avril par la Chine, et plus récemment avec la Syrie, traduisent la volonté de Riyad de peser à l’international et ce notamment en tentant de diversifier une économie reposant essentiellement sur le pétrole (42% du PIB saoudien). Ainsi, le sport, et particulièrement le football, est devenu un véritable levier pour améliorer l’image du royaume dans le monde.

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Le sport comme nouveau moyen de puissance pour le royaume saoudien

Depuis 2016 et le lancement du projet “Vision 2030” par le gouvernement saoudien, l’objectif est  clair : sortir le pays de sa traditionnelle rente pétrolière. Cela passe par le soutien au secteur privé, l’ouverture aux capitaux étrangers (la Saoudi Aramco, première compagnie pétrolière au monde en termes de production, est introduite en bourse en 2019) ou encore l’investissement dans les secteurs clés comme le développement durable, les nouvelles technologies ou enfin le sport.

En effet, le sport devient un enjeu majeur d’influence pour le royaume saoudien qui ne cesse d’investir grâce au fonds d’investissement souverain d’Arabie Saoudite, le PIF (Public investment fund), qui, à terme, prévoit de porter ses actifs à 2 000 milliards de dollars. En octobre 2021, le PIF rachète ainsi le club de football anglais de Newcastle pour environ 330 millions d’euros. Ce rachat est le premier véritable “gros coup” saoudien dans le monde du sport occidental. S’en suit la signature de la légende portugaise Cristiano Ronaldo à Al Nassr qui vient répondre à cette volonté d’associer des stars du ballon rond au projet politico-sportif saoudien.

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Une ambition qui ne cesse de grandir

Cependant, c’est véritablement cet été 2023 qui illustre la montée en puissance du projet sportif saoudien avec la signature d’une vingtaine de grands noms du football dans le championnat local (Karim Benzema et Neymar pour ne citer qu’eux), attirés par des salaires mirobolants pouvant s’élever à plusieurs centaines de millions de dollars à l’année. La présence de la Mecque, ville sacrée des musulmans, joue aussi un rôle dans la venue de sportifs musulmans en Arabie Saoudite.

Le royaume accueille également, depuis peu, des événements d’envergure comme la Supercoupe d’Espagne et d’Italie, respectivement depuis 2020 et 2023, qui permettent de mettre en avant les infrastructures et le championnat local. Ce mardi 8 août 2023, impressionné par le projet local, le groupe Canal+ a signé un accord de diffusion du championnat saoudien en France, une visibilité non négligeable pour le royaume.

Par ailleurs, l’activité saoudienne ne s’arrête pas au football : en plus du Rallye Dakar depuis 2020, l’Arabie Saoudite organise désormais son propre grand prix automobile comptant pour le championnat du monde de Formule 1, sport de plus en plus suivi.

Ce désir de s’affirmer par le biais du sport est renforcé par la concurrence du Qatar dans ce domaine. En effet, en plus de leur relation contrastée, avec une concurrence géopolitique et économique au niveau régional et plus généralement au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et le Qatar font tous les deux preuve d’activisme sportif : après avoir racheté différentes organisations sportives (le fonds d’investissement Qatar sports investments rachète le PSG en 2011) et tenté de développer son propre championnat, le Qatar a eu l’opportunité d’organiser la Coupe du monde de football 2022, un événement certes controversé, mais qui a permis de mettre en lumière les infrastructures et la richesse du Qatar.

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Des objectifs élevés 

Toutefois, malgré cette volonté d’affirmation internationale, l’Arabie saoudite est parfois rattrapée par des affaires qui entachent son image. Jamal Khashoggi, journaliste saoudien entré en dissidence, est assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul sur ordre de Riyad en 2018. Cette affaire rappelle au monde entier la nature autoritaire du régime saoudien et douche les espoirs des occidentaux quant à la libéralisation du pays. L’Arabie saoudite doit donc mettre les bouchées doubles pour redorer son image et compter sur le soft power pour faire oublier les nombreuses
critiques.

Ainsi, début octobre 2022, le Conseil olympique d’Asie a confié l’organisation des jeux asiatiques d’hiver de 2029 au royaume saoudien : une victoire pour le gouvernement saoudien qui y voit la consécration du très polémique mégaprojet de ville futuriste The Line. Cette ville, qui doit être achevée en 2026, comprendra des pistes de ski ouvertes toute l’année, un lac artificiel d’eau douce, des chalets, des manoirs et des hôtels de luxe…

A terme, l’objectif de l’Arabie Saoudite est clair : continuer de développer l’image du pays pour accueillir la Coupe du monde de football 2034, à l’instar du Qatar en 2022, un événement majeur qui mettrait l’Arabie saoudite sous le feu des projecteurs.

Louis Grégoire

Après deux ans de prépa au Lycée Saint-Vincent à Rennes, j'intègre Audencia avec l'envie de vous aider en géopolitique ainsi qu'en langues

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