L’économie à l’épreuve de la Covid-19 : les réflexions d’Emmanuel Combe

L’économie à l’épreuve de la Covid-19 : les réflexions d’Emmanuel Combe


Voilà près d’un an maintenant que la covid-19 a fait son apparition dans les pays occidentaux. Par son ampleur et ses conséquences, plusieurs questions économiques sont au centre de la crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons actuellement. Il n’est donc pas exclu que ces questions économiques que la crise a mises en avant soient le point de départ des sujets de concours 2021 en ESH. Dans cette perspective, il est essentiel de savoir faire le lien entre les parties du programme d’ESH et la crise actuelle. Certains économistes, comme Emmanuel Combe, nous aident à créer un raisonnement pertinent et structuré autour de ces enjeux.


I) Concurrence, monopole, barrières à l’entrée : quand le pouvoir des multinationales inquiète

A l’heure de la Covid-19, la surpuissance de certaines entreprises sur leurs marchés respectifs est mise en exergue, suscitant des débats controversés. Certaines compagnies, telles qu’Amazon, ont-elles trop de pouvoir ? Est-il possible de les concurrencer, dans un monde où tout laisse à croire que ces entreprises peuvent capter toutes les parts de marché ? Dans une chronique publiée dans « L’opinion », Emmanuel Combe avance ces réflexions, évoquant les barrières à l’entrée. En effet, il explique que sur certains marchés, les entreprises déjà en place ont acquis des économies d’expérience et des effets de réseau rendant difficile, notamment dans les secteurs numériques, une concurrence de ces entreprises qui touchent déjà des millions d’utilisateurs. Quelle peut alors être la solution pour qu’une entreprise puisse s’implanter sur ces marchés où certaines compagnies semblent avoir toutes les parts, et tous les droits ? L’idée est évoquée par Clayton Christensen en 1997 dans The innovator dilemma. Il y présente la notion d’innovation disruptive, qui consiste à ce qu’un nouvel entrant sur un marché propose un service qui ne s’y trouve pas encore, et qui pourrait inciter de nouveaux agents à consommer pour ce nouveau service en particulier. C’est notamment le cas, d’après Emmanuel Combe, des compagnies aériennes low-cost, qui ont permis à des personnes qui n’avaient pas la possibilité de voyager de le faire, contournant de ce fait le canal traditionnel des compagnies aériennes historiques, qui avaient déjà leurs clients. Ainsi, faut-il réellement craindre le pouvoir trop important de certaines entreprises telles qu’Amazon ? Ces entreprises ne peuvent-elles pas être menacées par de nouveaux entrants qui profiteraient de l’innovation disruptive pour s’implanter dans de nouveaux marchés ? Les barrières à l’entrée sont-elles si fortes que cela ? Malgré les travaux de Clayton Christensen, nous ne pouvons répondre de manière catégorique que les grandes entreprises peuvent être menacées. En effet, rappelons qu’il n’est pas rare que certaines entreprises, notamment les géants du numérique, n’hésitent pas à racheter certaines entreprises naissantes qui auraient la volonté d’appliquer l’innovation disruptive sur un marché. Ainsi, toutes ces questions peuvent être avancées dans un contexte actuel de tensions entre les petites entreprises et les géants du numérique, dont l’Etat semble être le point central afin de trancher sur ces points de confrontation.


II) Reprise économique, une affaire de création destructrice ?

La crise de la Covid-19 a également montré que certaines barrières dépendent également des politiques économiques mises en place. Schumpeter nous a indiqué dans son ouvrage Business Cycles (1939) que l’entrepreneur est au centre de la croissance. Grâce à la mise en place de nouvelles activités et à sa capacité d’innovation, il créé des gains de productivité essentiels à la croissance économique. Néanmoins, lorsqu’une crise survient comme c’est le cas actuellement, un assainissement de l’économie est essentiel. En effet, conformément à ce que nous explique le cycle du crédit, le moment de retournement de la conjoncture (le moment Minsky) doit entraîner la faillite des entreprises qui avaient déjà des difficultés à être rentables et productives avant la crise. La disparition de ces entreprises créé un assainissement de l’économie, favorable à l’émergence de nouvelles entreprises plus productives qui vont relancer l’activité économique. Nous parlons alors de la fameuse « création destructrice » évoquée par Schumpeter. Or, dans un entretien accordé à BFM Business, Emmanuel Combe explique que ce processus n’est pas possible actuellement. En effet, les taux d’intérêt bas découlant des politiques monétaires expansives de la BCE maintiennent financièrement des entreprises qui ont cessé de générer des gains de productivité, pourtant essentiels à la reprise de la croissance économique. Ces entreprises sont appelées « entreprises zombies » et ont pour effet néfaste d’empêcher de nouvelles entreprises plus productives à entrer sur les marchés dans lesquels elles évoluent (seulement 35% de ces entreprises auraient fait faillite et auraient permis l’arrivée sur un marché de nouvelles compagnies très productives). Ce phénomène des « entreprises zombies » est notamment évoqué dans l’ouvrage de Paul Krugman intitulé Arguing with zombies (2020) dans lequel les entreprises zombies sont au centre de la réflexion, montrant l’importance croissante de cette tendance dans nos économies. Cela pose alors la question de la reprise économique à l’issue de la crise sanitaire. Autrement dit, dans quelle mesure la politique keynésienne de relance de l’Etat peut-elle fonctionner si derrière, la théorie schumpetérienne de la croissance économique n’est pas effective ? La crise, initialement conjoncturelle, ne va-t-elle pas entraîner des conséquences économiques structurelles si le problème des entreprises zombies n’est pas résolu ? Quel est le rôle de l’Etat à cet égard ?


III) Faut-il s’inquiéter du niveau de la dette publique à l’issue de la crise ?

La dette publique a toujours été un sujet très débattu. En France, la crise de la covid-19 que nous traversons a fait augmenter très fortement le poids de la dette, puisque le troisième trimestre de l’année 2020 s’est soldé par une dette publique de 116,4% du PIB. La grande question qui taraude nos économies, notamment celles de la zone euro, est de savoir s’il faut annuler la dette publique. En effet sur le plan théorique, cela permettrait de diminuer le poids relatif de la dette dans un pays, et éviter ainsi une potentielle crise de la dette comme ce fut le cas dans la zone euro en 2012 avec la Grèce. Mais les choses sont-elles si simples ? En zone euro, des règles très strictes encadrent la dette. Une de ces règles est d’interdire la monétisation de la dette des pays membres par la BCE. C’est par ailleurs une des règles qui figurent dans le triangle d’incompatibilité d’Agnès Benassy-Querré ; lequel indique qu’il ne peut y avoir simultanément une monétisation de la dette, une interdiction de défaut de paiement, et une clause de « no bail out » (non-renflouement d’un pays par d’autres pays de la zone). Or, ces trois règles sont implantées en zone euro, provoquant nécessairement l’abolition d’une de ces règles en cas de crise. Lors de la crise des dettes souveraines, c’est la clause de « no bail out » qui a été écartée pour éviter l’implosion de la zone euro. Néanmoins, certains auteurs préconisent une monétisation de la dette (annulation de la dette), à l’image de Jézabel Couppey-Soubeyran, pour qui l’augmentation très forte de la dette publique liée à la crise actuelle fait courir le risque de la mise en place de politiques d’austérité dans le futur.

Ainsi, à l’heure où les dettes publiques sont en train d’augmenter de manière exponentielle, ces mesures d’annulation de la dette publiques sont-elles nécessaires ? La situation est-elle si critique qu’elle suppose des mesures jusqu’alors défendues par les autorités européennes ? Pour Emmanuel Combe, ces questions restent à nuancer. En effet aujourd’hui et depuis quelques années déjà, les taux d’intérêt auxquels se financent les Etats sont excessivement bas. Ils sont dus à un excès d’épargne structurel, et devraient ainsi rester bas pour un moment. Le seul enjeu pour les Etats selon l’économiste est qu’ils parviennent à éviter une prime de risque en restant crédibles auprès des marchés financiers sur lesquels ils se financent. Ce faisant, ils peuvent continuer à s’endetter à taux très bas, voire négatifs. Dans ces conditions, le montant de la dette ne pose pas alors forcément de problèmes, dans la mesure où il existe de surcroit un auto-refinancement de la part de l’Etat.


Pour conclure, toutes ces réflexions très actuelles sont à travailler, notamment car les sujets de concours tournent très souvent autour de questions d’actualité. Les points de départ des réflexions évoquées dans cet article se trouvent sur le site d’Emmanuel Combe, qui n’est autre que… le concepteur des sujets ESCP ! Nous ne pouvons donc que vous conseiller d’aller jeter un coup d’œil sur son site de temps en temps et de développer, tel que nous l’avons fait, des raisonnements autour des questions qu’il aborde. 

👉 Le site d’Emmanuel Combe 👈

Arthur Costa

Ancien étudiant ECE désormais à l'EDHEC Business School, j'écris des articles dans mes matières de prédilection pour vous aider tout au long de vos années prépa !

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