L’économie du bien-être : Avant-propos d’un courant contemporain

Le psychologue Ed Diener dans le livre happiness unlocking the mysteries of psychological wealth disait ceci. « le bien-être est une recette. Certains ingrédients sont absolument essentiels au bien-être : avoir un emploi, une famille, des amis, vivre en démocratie… Ces ingrédients répondent à des besoins universels. D’autres ingrédients donneront une certaine saveur à la recette, mais peuvent varier d’un individu à l’autre, d’un pays à l’autre. »

Par cette citation on voit la dualité du bien-être. Des aspects objectifs, mesurables et des aspects subjectifs relatifs à leur vie personnelle.

L’économie s’est donc intéressée depuis longtemps à l’aspect mesurable du bien-être. Cela a commencé plus tôt que ce que l’on ne croit. Les défenseurs néoclassiques de la valeur utilité contre les classiques de la valeur travail parlaient déjà du bien-être. C’est la satisfaction qu’apporte la consommation d’un bien qui en fait sa valeur.

C’est d’ailleurs de cette opposition que naissent les théorèmes du bien-être de Pareto (Manuel d’économie politique). A savoir que tout équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto et tout optimum est un équilibre concurrentiel. Mais cette « science du plaisir » selon Francis Edgeworth s’est peu à peu perdue. Le débat est resté stérile de longues années, les économistes pensants qu’il était infaisable et non nécessaire de mesurer le bien-être.

Jusqu’en 1920 où l’économiste Arthur Cécile Pigou relance le débat en formalisant une définition claire de l’économie du bien-être. L’économie du bien-être consiste « en cette catégorie de satisfactions et d’insatisfactions qui peuvent être mises en rapport avec une mesure monétaire ».

50 ans après, l’économiste Richard Easterlin publie l’article fondateur des recherches sur le bien-être en économie. Il disait que l’augmentation de la richesse au cours des années 1960 aux Etats-Unis ne s’est pas traduite par une satisfaction accrue. A partir de cet article, les recherches et les mesures se sont multipliés récompensant même deux économistes pour leurs recherches sur le bien-être : Daniel Kahneman en 2002 et Angus Deaton en 2015.

Aujourd’hui « vivre bien » est devenu une finalité mais aussi une impasse de la science économique. Les outils de mesure du bien-être se sont multipliés, notamment l’eurobaromètre. Et cet essor du mouvement a fait apparaitre de grandes questions. Les économistes se sont demandé et se demandent toujours. Quels sont les liens de causalités et de corrélation entre économie et bonheur ? en quelque sorte, comment l’économie contribue au bien-être et comment le bien-être contribue à l’économie ?

Cet article sera donc une préface de l’économie du bien-être. Ses enjeux, ses questions et ses débats.

Comment l’économie stimule-t-elle le bien-être ?

Le courant des économiste du bien-être c’est d’abord la réponse à de grandes problématiques. L’argent rend-il heureux, faut-il travailler pour être heureux mais surtout quelle place pour l’Etat dans le bien-être d’une population ?

 

Les grandes questions

  • L’argent fait-il le bien-être ?

C’est le paradoxe d’Easterlin qui a ouvert cette question. Il disait : « si les riches se disaient souvent plus heureux que les autres, à long terme, leur bonheur n’augmentait pas proportionnellement à leur richesse. »

C’est une question qui fait débat. Après ce paradoxe, bien qu’il ait fait l’objet de nombreuses critiques et remise en question. Des nouvelles explications sont apparues renforçant ce paradoxe.

La croissance serait un jeu à somme nulle. C’est-à-dire que le revenu accroit le bien être des uns, et accroit la jalousie et l’envie des autres. L’argent ne serait donc pas la solution.

Au niveau de chaque individu, Kahneman remarque que le revenu a beaucoup plus d’importance sur la satisfaction globale dans la vie que sur la joie, les sourires et les rires d’une journée. Au niveau microéconomique, la relation revenu bonheur est alors une relation de long terme et non de court terme.

A l’échelle mondiale, le world Hapiness report remarque une tendance générale au bien être pour les pays plus riche (USA, Australie…) sauf quelques exceptions comme le Costa Rica pays pauvre mais heureux.

Force est de constater que toutes les formes de croissance ne peuvent être bénéfiques au bien-être. La richesse peut réellement nous rendre heureux mais elle fait naitre d’autres aspirations et inspire la jalousie. Il faudrait alors une croissance inclusive qui réduit les inégalités, augmente le revenu mais aussi respecte l’environnement…

  • Faut-il travailler pour être heureux ?

Dans la théorie néoclassique, le travail est une désutilité, puisqu’il faut arbitrer entre travail et loisir. Pour ce courant, le travail n’est pas une source de satisfaction il n’y a que le loisir qui peut rendre heureux.

Mais une vision contemporaine du travail a été apportée. Avoir un emploi apporte des droits sociaux, une intégration, des rencontres, de l’enrichissement et un revenu qui permet la satisfaction de nos envies.

Mais surtout le chômage est un malheur. Les personnes aux chômages sont plus malheureuses que les personnes avec un emploi. 77% des actifs soutiennent que le travail rend heureux, et 44 % disent qu’ils sont heureux au travail.

 

Le rôle de l’Etat

  • Le bien-être prospère en démocratie

Les économistes Bruno Frey et Alois Stutzer soulignent que les referendums populaires et la participation à la vie civique rend les gens plus heureux. C’est ce qu’ils appellent l’« Utilité procédurale » la manière dont la système politique est voté rend heureux les citoyens.

  • Les sociétés confiantes et solidaires sont des sociétés heureuses

Les pays ou le degré de confiance en autrui est le plus élevé sont des sociétés plus heureuses. Les pays ou la défiance règne ou les habitants estiment leurs institutions corrompues sont malheureux. De plus la redistribution améliore le bien être, les sociétés solidaires sont plus heureuses dans Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous de Richard Wilkinson.

Parmi l’étude de plusieurs baromètres. Seuls 22% des Argentins ont confiance en leur gouvernement, ce qui les rendrait moins heureux. Alors que 74 % des Indiens déclarent avoir confiance en leur Etat.

  • L’Etat-providence assure le bien-être

Bien qu’ils ne soient pas populaires les impôts ne sont pas associés à une perte de bien être. Il faut nuancer le terme de ras le bol fiscal. Les Etats qui assurent une protection sociale, des services publics et de la régulation sont plus heureux. Il est plus facile d’être heureux dans un pays qui assure l’éducation et la santé.

  • La destruction de l’environnement nuit au bien-être

La destruction de l’environnement impacte le bien-être subjectif mais aussi et surtout physique. Pour rendre une population plus heureuse, les Etats doivent donc agir contre l’environnement. Notamment protéger contre les conditions climatiques extrêmes mais aussi assurer un air plus propre et des conditions de vie plus saines.

L’intérêt de l’Etat à préserver le développement durable est pluriel. Non seulement pour assurer le bien-être mais aussi dans l’optique d’enjeux de prospérité et de puissance économique !

Selon une étude de l’UNICEF. La dégradation de l’environnement met fortement en péril la santé mentale des jeunes français puisque 86 % d’entre eux sont inquiets face au réchauffement climatique. A tel point qu’un tiers d’entre eux hésitent à avoir des enfants. L’action du gouvernement en la matière n’est d’ailleurs pas de nature à les rassurer. 49 % se sentent trahis par le gouvernement sur la question climatique.

 

Comment le bien-être anime-t-il l’économie ?

Si l’économie contribue au bien-être, ce n’est pas une relation unilatérale. Le bien-être anime l’économie dans la vie de tous les jours. Le bien-être est indispensable aux performances économiques, à la productivité, à la croissance. L’Etat à donc tout intérêt à préserver une population heureuse.

 

Le rôle du bien-être sur les indicateurs de performance économique

  • Les entreprises où les salariés sont heureux, sont plus performantes.

Les entreprises ou les salariés sont plus heureux, sont plus performantes. Quand on regarde les 100 entreprises où les salariés sont les plus heureux. Ce sont des entreprises qui ont vu leur capitalisation boursière augmenter, car la productivité augmente quand les salariés sont heureux. Ce que les économistes appellent un « Choc de bonheur positif ».

  • Être heureux veut dire consommer plus et faire plus de loisirs

Le bien être d’une population facilite sa propension à consommer. Notamment des loisirs qui reste la principale source de bien-être. Ainsi, une population heureuse consomme plus de loisirs qu’une population malheureuse ce qui stimule la consommation, composante de la croissance économique.

Croissance économique et bien être étant intimement lié : un article passionnant à lire absolument.

L’intérêt du bien-être pour l’Etat

  • Encourage le développement de véritables politiques pour la santé mentale

Le courant contemporain de l’économie du bien-être qui s’est développé ces dernières années à insuffler une véritable révolution dans les choix d’objectifs et de politiques nationales.

Aujourd’hui, les politiques publiques se réoriente de plus en plus vers des enjeux de santé mentale que ce soit à travers l’école, la sécurité sociale ou la gouvernance. A l’image du roi du Bhoutan qui à annoncé faire du bien-être, l’objectif national.

En tout état de cause, la croissance n’est plus l’objectif principal en 2023.

  • La recherche de nouveaux indicateurs

Finalement, le développement de l’économie du bien-être a poussé les chercheurs à renouveler les indicateurs de mesure des performances d’un pays. Le PIB ne prend pas en compte la qualité de vie, dès  lors il a fallu trouver des indicateurs.

Dans la mesure des performances économiques et du progrès social s’ajoute donc depuis 2008 (Commission Stiglitz Sen Fitoussi) un axe bien-être.

Martin Guerville

Je m'appelle Martin Guerville, je suis passionné d'économie et j'ai à coeur de transmettre ce savoir aux étudiants de prépa !

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