Les déserts dans la géopolitique mondiale : ce qu’il faut savoir

Les déserts prennent une place prépondérante dans la géopolitique mondiale. Décryptage tous les enjeux géostratégiques dans cet article tiré d’un extrait du livre Géopolitique de l’Afrique et du Moyen-Orient  ! 

De l’Atlantique aux bastions avancés de l’Himalaya, la grande diagonale désertique vit au rythme de changements radicaux qui résultent de la combinaison de trois facteurs : 

  • La découverte des réserves pétrolières les plus importantes au monde
  • Les recompositions territoriales après la Première Guerre mondiale
  • La révolution des transports et des communications.

Ces facteurs, d’origine exogène, interfèrent avec un substrat endogène, engendrant des situations d’une grande complexité.

 

Des espaces-temps bouleversés 

Le désert a longtemps vécu au rythme lent du nomadisme pastoral et des caravanes chamelières au long cours, associant étroitement vie humaine et vie animale.

 

Les caravanes et la nostalgie du désert 

Le pastoralisme, régi par les variations saisonnières des ressources en eau et en pâturage, n’est important que sur les franges du désert, espaces saharo-sahéliens ou piedmonts du Hedjaz dans la péninsule Arabique. Ces zones de contact ont toujours été structurellement des espaces de tension et de friction.

La traversée du désert a été de tout temps une épreuve. Le contexte diffère entre l’immense Sahara et les déserts du Moyen-Orient. Ces derniers, discontinus, peuvent être contournés, ce qui n’est pas le cas de la masse saharienne qui, de l’Atlantique à la mer Rouge, sépare l’Afrique du Nord de l’Afrique subsaharienne. Le Sahara constitue-t-il pour autant une barrière ? Pendant un millénaire, du ve siècle avant J.-C. au ve siècle de notre ère, les Gara- mantes et leurs chariots attelés de chevaux circulaient entre la Méditerranée et le Sud saharien.

De l’or, de l’ivoire et des esclaves provenant d’Afrique noire arrivaient jusqu’à Rome. Dès le viiie siècle, des commerçants arabes commencèrent à diffuser l’islam dans les villes qui servaient de relais aux caravanes. Les géographes arabes du Moyen Âge ont laissé de nombreux témoignages de la prospérité des empires situés dans les espaces saharo-sahéliens (Ghana, Mali) et de leurs relations commerciales et religieuses avec l’Arabie. La diagonale désertique s’inscrit de longue date dans un vaste ensemble de circulation et de réseaux d’échanges plus ou moins actifs selon les époques, mais qui n’ont jamais cessé de fonctionner. Il n’en demeure pas moins qu’au temps des caravanes, le volume des biens transportés restait très faible, les déserts étant avant tout des espaces à traverser.

 

Le désert et la traite des esclaves

Les échanges en provenance d’Afrique noire ont été dominés, jusqu’à l’extrême fin du xixe siècle, par la traite des esclaves. Les tribus nomades – Maures, Touaregs et Arabes, notamment – organisaient la traite transsaharienne en direction soit du Maghreb, soit du Moyen-Orient via la mer Rouge. Le désert suffisait à lui seul à dissuader les esclaves de tenter de s’enfuir. Pendant des siècles, les caravanes de captifs ont rythmé la vie du désert. Le souvenir de la traite est resté vivace parmi les populations noires qui en furent les victimes : cette mémoire participe des tensions géopolitiques dans les espaces de contact entre les milieux saharo-sahéliens et soudaniens (de l’arabe «soudan», qui signifie «noir»). La traite des Noirs vers le Moyen-Orient a très peu modifié le peuplement, à la différence du Sahara et du Maghreb méridional, car elle était surtout masculine et destinée à la fonction d’eunuque.

 

Le désert motorisé

La motorisation a donné une nouvelle dimension à l’espace-temps du désert. Routes et autoroutes traversent les déserts du Moyen-Orient, reliant les grandes villes entre elles, comme entre Dammam, sur le golfe Persique, et Djedda, sur la mer Rouge, en passant par Riyad et La Mecque. La traversée du Sahara est moins aisée ; une route asphaltée relie désormais le Maroc au Sénégal via la Mauritanie, mais la traversée du Sahara central attend toujours

une transsaharienne accessible à tous types de véhicules. Les 4×4 s’affranchissent toutefois des routes « en dur », rebattant les cartes de la mobilité. Les contraintes de déplacement sont de moins en moins environnementales, de plus en plus géopolitiques, du fait de l’insécurité devenue endémique tant au Sahara (l’annulation de l’édition 2008 du Paris- Dakar, pour des raisons de sécurité en Mauritanie, en a été un signe annonciateur) qu’au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Yémen). La substitution des véhicules motorisés aux dromadaires a modifié les conditions techniques d’une insécurité qui demeure une composante structurelle du désert.

 

Les déserts et l’Islam

La religion prend une place prépondérante dans la géopolitique des déserts, c’est ce que nous allons décrypter sans plus attendre ! 

 

Les monothéismes et le désert

Il n’est pas anodin que les trois grands monothéismes soient nés dans la proximité du désert. Moïse a traversé des contrées désertiques avant d’atteindre le pays « où coulent le lait et le miel ». Le Christ s’est retiré dans le désert avant d’affronter la Passion. Mahomet s’est appuyé sur les tribus du désert pour vaincre ses adversaires. Le désert semble propice au mysticisme, à la quête d’absolu, quand bien même ce que l’on nomme les « religions du Livre » ont d’abord prospéré en milieu urbain. L’islam a été formalisé dans les villes, certaines devenues des lieux saints et des enjeux politiques : La Mecque, Médine, Jérusalem, Kerbala, etc.

Le désert et les villes bordières ont toujours entretenu d’étroites relations. Judaïsme et christianisme, bien que depuis longtemps minoritaires dans un monde dominé par l’islam, participent eux aussi d’une géopolitique régionale fortement marquée par les appartenances religieuses, le poids politique d’Israël étant sans commune mesure avec son poids démographique.

 

L’eau et la pratique de l’islam

Les rituels quotidiens de l’islam confèrent à l’eau purificatrice une place essentielle. Le baptême des chrétiens – réitérant celui du Christ dans les eaux du Jourdain – participe d’un même rite de purification. Il n’est pas de pratique de l’islam sans les ablutions. L’eau, source de vie, et le désert se trouvent ainsi intimement liés par la religion dans toute l’aire géographique couvrant l’Afrique septentrionale et le Moyen-Orient. La diagonale désertique en constitue la colonne vertébrale. Du Maroc au Pakistan, l’adhésion à une même foi globale se lit dans l’importance accordée à l’eau, dans la sphère privée comme dans l’espace public des mosquées, ou encore dans les représentations du paradis.

Ce fonds commun n’empêche pas les divisions de l’islam, principalement entre sunnites et chiites, d’être partie prenante de l’instabilité politique et des conflits régionaux

 

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Les déserts, sources d’énergie 

Ces espaces désertiques ont été et vont être convoités pour le développement de sources d’énergie. Pourtant, les sources d’hier ne sont pas nécessairement celles de demain. 

 

Le temps du pétrole

Longtemps considérés comme des marges inhospitalières de l’œkoumène, sans intérêt économique (« des terres légères où le coq gaulois trouverait de quoi gratter », raillait en 1890 lord Salisbury, Premier ministre de la reine Victoria), les déserts ont été soudainement valorisés par la découverte des hydrocarbures. Le partage des décombres de l’Empire ottoman suite aux accords secrets Sykes-Picots de 1916 a placé le Moyen-Orient sous la coupe des intérêts pétroliers des puissances occidentales, principalement anglo-saxonnes. Plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, l’émergence de nouveaux pays producteurs de pétrole (Algérie, Libye) a renforcé le poids du Grand Moyen-Orient dans la géopolitique mondiale des hydrocarbures. Les déserts sont désormais intégrés à un complexe économique, politique et culturel où interfèrent les enjeux de l’islam, de l’énergie et du terrorisme mondial.

 

Déserts : l’avenir du solaire

Bénéficiant de 3 500 à 4 000 heures d’ensoleillement annuel, les déserts représentent une source inépuisable d’énergie. Capter cette énergie permettrait, en théorie, de répondre aux besoins de la planète entière.

Un projet ambitieux, porté depuis 2009 par la fondation Desertec (regroupant des pays d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient), a envisagé la construction de centrales solaires thermodynamiques et photovoltaïques, et d’un réseau de distribution de l’électricité à l’intérieur du vaste ensemble EU-MENA (Union européenne, Moyen-Orient et Afrique du Nord). Le coût exorbitant d’un projet jugé utopique, notamment parce qu’il supposerait la mobilisation d’importantes ressources en eau, a ramené les ambitions initiales à quelques initiatives locales plus réalistes. La mise en service, en février 2016, de la centrale thermo-solaire Noor I, près de Ouarzazate dans le sud du Maroc, d’une puissance de 160 MW, marque une inflexion des politiques énergétiques en faveur du solaire au moment où les combustibles fossiles, responsables d’émissions de gaz à effet de serre, sont considérés comme une des causes majeures du réchauffement climatique.

L’extension du projet s’est cependant révélée décevante car trop onéreuse, sans pour autant remettre en cause l’intérêt de l’énergie solaire. Il ne fait guère de doute que, à terme, les progrès techniques attendus feront du solaire l’un des grands enjeux géopolitiques de l’après-pétrole. L’avenir des déserts repose sur la valorisation de l’eau et du soleil.

C’est un extrait de l’ouvrage « Géopolitique de l’Afrique et du Moyen-Orient » aux Editions Nathan sous la direction de Roland Pourtier. Chapitre 4 : Désert et Hydropolitique -Partie III : Les déserts dans la géopolitique mondiale

Dorian Zerroudi

Rédacteur chez Mister Prépa, j'ai à coeur d'accompagner un maximum d'étudiants vers la réussite !

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