Les dessous de la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc

Après avoir annoncé une révision de ses relations diplomatiques avec le Maroc le 19 août 2021, l’Algérie a décidé de les rompre quelques jours plus tard, le 24 août. Ceci illustre la relation tumultueuse qu’entretiennent les deux Etats depuis de longues années. 

 

Quelles sont les raisons de cette rupture ? 

L’Etat algérien a invoqué plusieurs raisons pour justifier cette décision. Tout d’abord, on peut noter les accusions de l’Algérie quant à une supposée implication du Maroc dans les incendies qui ont ravagé le nord du pays. Ces accusations de la part de l’Algérie interviennent donc dans un contexte de crise pour le pays et elles sont à mettre en lien avec le soutien apporté par le Maroc au MAK (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie). En effet, lors d’une réunion du mouvement des non-alignés qui s’est déroulée les 13 et 14 juillet à New-York, la délégation marocaine a évoqué la question de l’indépendance de la Kabylie, ce qui n’a pas manqué de provoquer la colère de l’Algérie. Si cet évènement a contribué à la dégradation récente des relations entre les deux pays, il n’est pas le seul. Parmi les raisons de la rupture, on peut également citer l’affaire « Pegasus », qui a révélé l’espionnage pratiqué par l’Etat marocain sur plus de 6000 numéros de téléphone algériens, parmi lesquels des hauts responsables militaires, des personnalités politiques ou encore des journalistes. Le dernier élément essentiel de la décision prise par l’Algérie est le rapprochement du Maroc avec Israël (avec la signature des accords d’Abraham), que l’Algérie voit comme une grande menace. Les propos de la diplomate israélienne Yaïr Lapid lors d’une visite à Casablanca à l’égard de l’Algérie ont aussi contribué à détériorer un peu plus la situation. 

 

Une relation historiquement difficile entre les deux Etats

Les relations entre l’Algérie et le Maroc se sont certes détériorées au cours des derniers mois, cependant, elles n’ont jamais été au beau fixe. En effet, dès l’indépendance de l’Algérie les hostilités sont lancées avec la « guerre des sables » de 1963 initiée par le Maroc et son roi Hassan II afin de contester le tracé des frontières français. Grâce à un « Traité de fraternité », les relations se normalisent un temps, avant que LE sujet principal de discorde entre les deux Etats ne naisse suite au retrait espagnol de son ancien protectorat : le Sahara Occidental. Le Maroc revendique ce territoire, qu’il annexe avec la Marche Verte lancée par Hassan II en 1975, alors que l’Algérie soutient le Front Polisario qui espère un Etat indépendant. En 1976, le Maroc décide donc de rompre les relations diplomatiques avec son voisin pour la première et unique fois jusqu’au mois d’août 2021. Cela dure 12 ans. Un nouvel épisode décisif dans cette relation chaotique intervient en 1994 lorsque le Maroc accuse son voisin d’être à l’origine d’un attentat à Marrakech. Celui-ci débouche sur la fermeture des frontières entre les deux Etats, toujours en vigueur aujourd’hui. 

 

Comment analyser cette décision prise par l’Algérie ? 

Les relations ont donc toujours été fraiches entre les deux voisins, mais voyons ce qui a pu pousser l’Algérie à prendre une décision aussi radicale. Le pays traverse une grave crise politique, sociale ou encore sanitaire et le gouvernement du président Abdelmadjid Tebboune espère probablement réveiller la fibre nationaliste des algériens en s’attaquant au voisin pour détourner l’attention et masquer les difficultés internes. Par ailleurs, l’Algérie souhaite réaffirmer sa puissance afin de revendiquer un certain leadership dans la région. Pour ce faire, affaiblir le Maroc apparait comme une option et le gazoduc Maghreb-Europe semble faire office de levier de pression pour l’Algérie. Le pays souhaiterait vraisemblablement éviter le Maroc afin d’acheminer son gaz directement vers l’Europe. Cela constituerait un véritable coup dur pour le Maroc car cette infrastructure joue un rôle important dans l’économie et alimente la production d’électricité du pays. Ainsi, la décision prise par l’Algérie pourrait bien revêtir un caractère stratégique non-négligeable.  

 

Les réactions des partenaires face à cette rupture 

Face à cette situation de tension très forte entre les deux puissances maghrébines, les différents partenaires réagissent et prônent une désescalade, à commencer par le monde arabe. En effet, ce sont l’Organisation de la Coopération Islamique, la Ligue Arabe, l’Arabie Saoudite et la Libye qui ont appelé le Maroc et l’Algérie au calme et à la retenue. Ils ont même mis en exergue la nécessité pour les deux pays d’entrer en dialogue afin d’éviter de franchir un nouveau cap dans les tensions. Enfin, la décision prise par l’Algérie sème le doute chez certains partenaires internationaux à l’instar de la France dans le cadre de la coopération anti-terroriste au Sahel qui pourrait se retrouver fragilisée par ces tensions entre Algérie et Maroc. 

 

Conclusion

Cette situation critique entre les deux pays est donc le fruit d’une histoire très conflictuelle  depuis leur indépendance respective avec en toile de fond la question du Sahara Occidental. Elle témoigne également d’une volonté de l’Algérie de trouver des solutions en cette période de grave crise. La capacité ou non de l’Algérie et du Maroc à dialoguer afin d’apaiser les tensions aura donc un impact considérable sur les mécanismes en place dans la région. 

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