Les faibles taux sont-ils un risque pour l’économie?

Depuis la crise qui a frappé l’économie mondiale en 2008, les taux directeurs des banques centrales demeurent à des niveaux historiquement bas (aux alentours de 1 à 2% ). Les taux des comptes deposit facility avoisinent les 0% également et il semblerait qu’une trappe à liquidité s’est bien ancrée dans les systèmes financiers de nombre de pays de l’OCDE. Il est donc primordial de se demander si ces faibles niveaux de taux ont un impact négatif sur l’économie. Sont-ils nécessaires à une structure économique mondiale complètement différente ? Ou sont-ils davantage le signe d’une santé économique fébrile et ralentie? Ce qui aurait alors un effet négatif à moyen terme.

 

Contexte historique des faibles taux directeurs

Tout d’abord, la crise des subprimes est venue exacerber les fragilités économiques. Les banques centrales ont donc décidé de maintenir les taux faibles afin de maximiser les niveaux de consommation et réduire le chômage autant que faire se peut. La BCE et la FED ont toutes deux décidé de réduire leurs taux directeurs, bien que la BCE a choisi de contrecarrer la crise des dettes publiques de la zone euro en relevant légèrement les taux.

Par ailleurs, les économies de l’OCDE se retrouvent pour la plupart, bloquées dans une trappe à liquidité. Cette situation a clairement été analysée par l’économiste britannique J-M Keynes. On parle en effet de trappe à liquidité lorsque les banques commerciales décident de ne pas laisser leur liquidité à l’économie réelle et préfèrent les garder sur des comptes deposit facility. Ce concept a également été modélisé par Hicks, Mundell et Fleming dans le modèle IS-LM-BP

Enfin, les taux directeurs stagnent à un faible niveau à cause des structures économiques mondiales. Selon Wicksell (Intérêt et prix, 1898), le juste taux directeur est celui qui égalise le “taux naturel”. Autrement dit, le taux directeur doit se fixer relativement à la quantité d’épargne disponible. Le niveau d’épargne mondial est à un niveau historiquement élevé. Le “non-SMI” pousse les pays émergents à conserver le plus d’épargne possible et le vieillissement de la population accroît ce pléthore d’épargne disponible. Les taux directeurs sont donc nécessairement faibles compte tenu de la situation structurelle des économies.

 

Les taux faibles sont-ils une mauvaise nouvelle pour l’économie ?

Il est clair que les taux faibles doivent, comme le démontre le modèle IS-LM, hausser le niveau de demande globale et assurer un retour à la normale des économies. C’est en effet ce qui s’est produit aux Etats-unis, l’inflation est repartie et le chômage a diminué. Cependant, la situation n’a pas suivi la même tendance en Europe. Jezabelle Couppey-Soubeyran démontre bien dans son chapitre del’économie mondiale 2020du CEPII que l’Europe n’a pas su trouver la bonne stratégie financière pour sortir du marasme dans lequel elle se trouvait.

Pour quelles raisons la BCE n’a pas réussi sa relance monétaire contrairement à la FED? La raison est que la FED a su utiliser les politiques « non conventionnelles” afin de pousser son économie à la reprise. La BCE, quant à elle, a fait le choix d’une rigueur probablement excessive en patientant trop avant d’utiliser les politiques “non conventionnelles”.

Enfin, quels sont les risques d’un prolongement des trop faibles taux? Patrick Artus l’explique clairement, le risque est pluriel : Il existe un risque d’étranglement des banques qui ont de moins en moins de possibilité de réaliser des profits. Ceci entraine un risque majeur pour les financements de l’économie. La France souffre d’un tissu productif trop vieillissant et a besoin de financements flexibles et facilités pour les PME et START-UPs. Patrick Artus souligne également le risque de création “d’entreprises zombies”. Autrement dit, des entreprises qui vivent grâce au “crédit facile” à faible taux. Ces entreprises captent une part des liquidités qui rend l’économie de moins en moins optimale. Ces entreprises zombies ont un lourd impact économique. Ces dernières ont une propension plus élevée à recevoir les crédits selon P. Artus. La raison en est que ces entreprises dépendent des banques. Les banques savent alors que si elles coupent les crédits, elles récupéreront instantanément leurs créances avec la liquidation de l’entreprise. Il y a donc un biais inhérent au système du crédit à taux faible.

 

Que faut-il souhaiter pour l’avenir ? Quelle politique monétaire pourrait être choisie ?

La politique monétaire est centrale depuis que les politiques budgétaires sont désuètes. La politique monétaire permet d’ailleurs de soutenir un déficit public chronique en permettant son financement à faible taux.

Comme nous l’avons montré, les Etats-unis s’en sont sortis à moyen terme grâce aux politique monétaires non conventionnelles. Le débat est donc de savoir si oui ou non, il faut “rendre conventionnel le non conventionnel”. Doit-on plutôt accepter que le quantitative et qualitative easing soit de plus en plus utilisé ? Ou doit-on plutôt revenir à “la normale” ? Jezabelle Couppey-Soubeyran explique clairement que la situation ne pourra pas revenir à la normale. À peine les Banques centrales tentent de rehausser les taux, la situation s’aggrave presque instantanément. 

 

Conclusion

Lors de dissertation, il est important de montrer que la situation dans laquelle se retrouvent les banques centrales est complexe, résultant à la fois de facteurs structurels comme conjoncturels. Cependant la situation de taux faibles n’est pas non plus une solution, elle peut amener à des déséquilibres macroéconomiques. Il est donc nécessaire de comprendre les enjeux des niveaux de taux d’intérêts afin de décider des politiques monétaires à recommander.

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