Les femmes et le marché du travail depuis 1945

« Séduire et être mère, c’est pour cela que la femme est faite ». Cette déclaration du sénateur Alexandre Bérard en 1919 reflète l’opinion de l’immense majorité des Français au début du siècle. La femme a un espace prédéfini et ne peut en échapper. Cette situation connaîtra des changements au cours du XXe siècle. En effet, ce dernier est le siècle de la croissance et des fortes mutations que les 30 Glorieuses illustrent. Tout au cours du XXe siècle, les femmes ont donc progressivement conquis la sphère économique, sociale et politique. Ainsi, si cette conquête apparaît inachevée du fait des iniquités et des disparités qui persistent à tous les niveaux, elle n’en reste pas moins importante lorsque nous considérons une comparaison de la situation des femmes entre le début et la fin du XXe siècle. Dans cet article, nous constaterons ces évolutions en se concentrant sur le marché du travail depuis 1945.

 

Changer les mœurs 

En 1942, de Gaulle déclare qu’une fois le territoire libéré, les femmes comme les hommes éliront l’Assemblée nationale, alors que par opposition, le régime de Vichy impose une conception réactionnaire de la place de la femme dans la société. La Seconde Guerre mondiale fut un élément extrêmement important en France qui permit aux mentalités de l’époque de comprendre que la femme était légitime d’avoir les mêmes droits que les hommes. En effet lors de la Seconde Guerre mondiale, le rôle des femmes s’affirme dans la Résistance où elles représentent quasiment 20 % des effectifs des réseaux de Résistance. Les mœurs évoluent et l’action des mouvements féministes se fait très importante dans la France d’après-guerre. Des ouvrages majeurs de cette époque comme Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir dénoncent la place des femmes dans la société et sont vendus dans le monde entier. Néanmoins, si c’est à cette époque que de plus en plus de femmes commencent à travailler, il faut toutefois attendre 1965 pour qu’elles aient enfin le droit de détenir un compte bancaire ou d’exercer une profession sans l’autorisation de leur mari. De plus, leur présence sur le marché du travail demeurait faible car la majorité des activités effectuées par les femmes à cette époque étaient des activités qui n’étaient pas le plus souvent rémunérées. Il s’agissait pour une grande partie des tâches ménagères qui nécessitaient un travail conséquent de par un manque de technologies efficaces pour faire un gain de temps.

 

La norme n’est plus celle de la femme au foyer

Les évolutions de la place de la femme sur le marché du travail de 1960-1980 résultent, dans un certain cas, de l’intégration à la sphère marchande d’un travail invisible et gratuit (mais elles ne s’y réduisent pas !). Dans ce cas précis, les inventions technologiques favorisant le gain de temps lors des tâches ménagères en plus d’une évolution des mœurs conduisent à une forte intégration de la femme sur le marché du travail en comparaison avec le début du siècle. De plus, c’est à partir des années 1960 que l’on observe de plus en plus de femmes faire des études. Cela permet ainsi à ces dernières de posséder un capital humain plus important afin d’obtenir des postes plus rémunérateurs facilitant l’accès à une indépendance financière et à une indépendance tout court. Ainsi, parmi les cadres, 42 % sont des femmes en 2015, au lieu de 30 % en 1990 et cette progression ne cesse de continuer d’après l’INSEE.

Depuis le début des années 1960, les femmes ont massivement investi le marché du travail. Le taux d’activité des femmes a fortement augmenté : de 46 % au début des années 1960, il est passé à 70 % en 2021 pour les femmes de 15 à 64 ans. C’est un changement majeur qui change même la nature au sein des couples. La norme n’est plus celle de la femme au foyer, mais celle du ménage à double apporteur de revenu.

 

Mais des inégalités subsistent

La participation croissante des femmes au marché du travail ne s’est pas accompagnée d’une plus grande mixité des emplois : dans les secteurs où les femmes étaient majoritaires il y a vingt ans (le tertiaire), leur part s’est accrue. Mais là où elles étaient minoritaires (industries), leur part a baissé. En 2018, le secteur tertiaire employait 77 % de femmes, l’industrie et la construction 20 % et l’agriculture 3 %. Les femmes occupent en majorité des fonctions d’éducation, de soin, de nettoyage, d’assistanat, etc… et demeurent surreprésentées dans les emplois peu qualifiés, fréquemment instables, pouvant conduire à la précarité. Parmi les salariés peu qualifiés, 63 % sont des femmes en 2010. Cette proportion s’est accrue puisqu’elle était de 56 % en 1990.

Enfin, en moyenne, les écarts de salaire femme-homme sont de 20 % environ. Ce fort écart s’explique en partie par la durée du travail puisque les femmes occupent en moyenne des postes qui nécessitent le plus souvent d’être à temps partiel. Mais même les salaires à plein temps sont inférieurs. En moyenne, à qualification égale, pour un même poste et dans les mêmes conditions, une femme serait payée 7% moins qu’un homme et ce notamment parce qu’elles sont soupçonnées avant tout d’être mère (donc enceinte) c’est-à-dire moins rentables économiquement.

 

 

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